Au temps du Paradis

Chers petits amis,

Je suis le Prince du Palais du Royaume des Lettres. C'est ici que je suis né et c'est ici que je vis. C'est un endroit merveilleux où je ne m'ennuie jamais, tant il y a de choses à découvrir. Surtout ne m'imaginez pas avec une longue barbe blanche et ne me prêtez pas deux cents ans ; je suis jeune et d'ailleurs, je rajeunis à chaque jour qui passe !

Je me trouve en ce moment, dans la grande bibliothèque du palais, confortablement installé. Tout autour de moi, reposent, sur des étagères qui vont jusqu'au plafond, des milliers de livres de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Et savez-vous pour qui sont tous ces livres ? Pour vous, chers petits et pour tous les enfants du monde entier, car je vous invite  aujourd’hui dans mon Royaume, pour vous raconter les passionnantes histoires qu'ils renferment.

J'ai choisi de  vous raconter la toute première histoire du monde, celle sans laquelle on ne pourrait en raconter aucune autre. Je la raconte à ma manière. J'aime à penser que c'est ainsi que tout a commencé. Ouvrez grand vos oreilles et écoutez l'histoire des premiers temps du paradis.

«Il y a très, très longtemps, en quelque mystérieux endroit de la Terre, deux belles fleurs discutaient. Elles s'épanouissaient dans un merveilleux jardin appelé Eden, d'où s'exhalaient les plus agréables parfums. Une brise les berçait tendrement.

L'une était rose, dressée droite sur sa tige solide, et ses pétales s'enroulaient en corolle. L'autre était blanche immaculée, penchée vers la lumière et ouvrait des pétales si grands qu'on voyait ses étamines.

Les deux fleurs étaient nées la veille, sur une simple parole de Dieu et elles s'étaient aussitôt liées d'amitié.

Quatre fleuves arrosaient ce jardin parfait, s'écoulant vers le nord, le sud, l'est et l'ouest. Ils donnaient à ce lieu un caractère de fécond enchantement.

Ce jour là, le cinquième de cette mémorable semaine où étaient apparus le jour et la nuit, le ciel et la mer, la terre et les plantes, le soleil et la lune, il s'était passé quelque chose.

– Regarde, regarde, là haut sur la plus haute branche de ce bel arbre ! Ne vois-tu rien s'agiter ? disait la fleur blanche à son amie.
– Si, je vois bien des choses étranges, toutes différentes, qui volent, sautillent et portent un magnifique costume de plumes multicolores  !

Des chants variés, d'une beauté encore inconnue à nos deux amies, s'élevaient dans l'air ; les premiers chants d'oiseaux. Tous louaient Dieu dans une joie débordante.

L'un des oiseaux qui voletaient là se posa auprès de nos amies et leur dit ces mots, avec grâce :

– Bonjour, Mesdemoiselles, que vous fleurez bon ! Qui êtes-vous ?
– Nous ne le savons pas ! Et vous ?
– Je ne sais pas non plus. Mais qu'il fait bon vivre !  j'ai vu la mer et quantité de poissons qui sautaient de joie. Où suis-je ?
– Au Paradis, répondit la fleur blanche et sais-tu ce qui se passe ? Le soir, après la brise, un astre brillant dont j'ignore le nom - quelque chose qui ressemble à rien d'autre ! - s'allume dans le ciel et répand une clarté étrange, puissante en pleine journée, et douce le soir.
– Tu oublies les milliers de points lumineux qui se sont allumés avec la nuit et que nous avons admirés si longtemps cette nuit, ajouta la fleur rose.
– Mes amies, fit l'oiseau, puis-je rester auprès de vous pour goûter ce spectacle, s'il recommence, en votre compagnie ?
– Oui, oui ! Avec plaisir, répondirent-elles à l'unisson, si heureuses de partager leur bonheur, mais avant, s'il te plaît, parle-nous de la mer...

Nos trois nouveaux amis s'endormirent tard, le soir de ce cinquième jour de la Création. Ce qui se passa le lendemain fut encore plus surprenant ; de partout surgissaient toutes sortes d'animaux dont personne ne connaissait les noms ; il y en avait à quatre pattes, à deux pattes, sans pattes ! à poils longs, à poils courts, à fourrure, à laine... Quelle magnifique variété !

Alors que nos deux amies s'émerveillaient en observant ces créatures inconnues, elles virent revenir l'oiseau qui était allé visiter les environs; il paraissait très excité et son ramage était bouleversant d'émotion:

– J'ai vu une autre créature, celle-ci très nouvelle ! Dieu tout puissant ! Elle se tient debout grâce à deux longues jambes, possède deux bras terminés par des mains qui semblent habiles, deux yeux profonds - beaux, je dois dire, plus beau que ce qu'on a jamais vu - et pourvu d'un langage que nous ne connaissons pas. Chose infiniment surprenante et vous ne me croirez pas, mais elle parle avec Dieu Lui-même !
– Parler à Dieu ?
– Oui. Cet être debout, Dieu l'a nommé Adam. C'est-à-dire celui qui vient en premier, ou "ce qui commence", quelque chose comme ça.
– Le premier ? s'exclamèrent nos deux fleurs dont les pétales s'étaient épanouis. Mais le premier de quoi ?
– Je l'ignore. Et cependant il doit s'agir d'une grande chose car cet Adam a reçu grand pouvoir ! J'ai entendu Dieu lui demander de donner un nom à chacun d'entre nous et ce sera lui notre maître à tous, le roi de notre Terre. Il est pourvu d'une belle intelligence.
– Qu'est-ce donc que cela, l'intelligence ?
– Justement ! de quoi parler avec Dieu. Aussi je pense qu'il va bientôt passer par ici... Rien que pour nous, quel bonheur !

A peine avait-il prononcé ces mots qu'Adam s'approcha et posa son doux regard sur nos trois amis, muets et très intimidés. Il s'agenouilla doucement auprès de la fleur rose et lui dit :

– Toi, tu es belle comme l'aurore naissante, je te donne donc le nom de ta couleur et tu t'appelleras Rose. Tu seras précieuse aux yeux de Dieu.

Rose rougit de reconnaissance et salua d'un gracieux mouvement de sa tige.

– Toi, dit-il ensuite à la fleur blanche, toute offerte et immaculée, je te nomme Lys. Ton nom sera glorifié tout au long des siècles.

Lys tressaillit de modestie et ses étamines baissèrent leurs têtes en remerciement.

– Quant à toi bel oiseau, ta longue queue qui s'abaisse vers cette terre bénie et la beauté de tes couleurs me suggèrent de t'appeler... Paradisier. Tu seras admiré dans le monde entier.

Le chant de louange qu'entonna l'oiseau fit sourire Adam qui se leva gracieusement et continua la mission dont Dieu l'avait chargé.

Nos trois amis croyaient leur bonheur achevé avec cet événement, mais il n'étaient pas au bout de leur surprise.

Paradisier était parti à la découverte de ce jardin extraordinaire et ses deux amies l'attendaient patiemment, lorsqu'elles aperçurent Adam accompagné d'une créature qui lui ressemblait trait pour trait et qui pourtant leur parût plus belle encore que lui ; elle avait de longs et magnifique cheveux, une grâce incomparable dans sa démarche et quand elle parlait, sa voix était caressante et douce. Lys et Rose n'en finissait pas de s'émerveiller de tant de charme et cela les rendait muettes.

Adam et sa jolie compagne se promenèrent longtemps le long des fleuves, dans les allées soignées, sur les coteaux boisés et dans les ravissantes fondrières ; ils allèrent enfin s'asseoir au pied d'un de ces charmants arbres fruitiers qui ornaient le Jardin. Ils y restèrent longtemps, à partager la tendresse qu'ils avaient l'un pour l'autre car on voyait qu'ils se plaisaient l'un l'autre et que rien ni nul être au monde n'aurait pu les distraire de se regarder au fond des yeux.

La vie s'écoula ainsi pendant de nombreux jours et de nombreuses nuits, paisible, toujours heureuse, sous le regard de Dieu. Adam et sa femme entretenaient le jardin avec facilité, beaucoup d'habileté et de savoir. Paradisier, Rose et Lys s'entendaient à merveille; l'oiseau volait et chantait toute la journée, s'empressant de donner tous les renseignements que ses amies voulaient de lui sur ce que faisaient l'Homme et la Femme, et lui, se réjouissant de les rendre heureuses. Rose et Lys avaient les yeux grands ouverts sur tout ce qui les entourait et s'en trouvaient rassasiées; leur délicat parfum leur attirait beaucoup d'amis et leur gentillesse bien davantage.

Tout n'était que joie et contentement et quand, à la brise du soir, Dieu parlait à Adam et à sa femme, toute la création restait embaumée du parfum de la divine Visite.

Il arriva, un jour, hélas, une terrible, terrible chose qui remplit toutes les créatures d'effroi et de stupéfaction.

Un soir, alors que tout invitait à la paix et à la douceur de vivre, il se fit un silence pesant, on n'entendait plus les chants des oiseaux, le gargouillis des eaux, le bruissement des feuillages, balancés par la brise... C'était comme si tout le monde suspendait sa respiration.

Rose et Lys étaient toutes tendues sur leur tige et attendaient Paradisier qui était parti pour savoir quelque chose. Que se passait-il donc ? L'attente se faisait longue, lorsque soudain on le vit, voletant  devant Adam et sa femme qui marchaient tout courbés vers la terre ; de leurs yeux jaillissaient de l'eau, les premières larmes de repentir de la création et ils avaient sur le visage une expression qu'on ne leur avait jamais vue. Mais qu'est ce que tout cela voulait dire ? On les vit se diriger vers la porte du Jardin et disparaître ; alors des anges splendides portant des épées de feu se postèrent à la porte et annoncèrent qu'ils garderaient le Paradis afin de les empêcher d'y rentrer à jamais.

Paradisier bouleversé, se posa près de ses amies qui étaient consternées.

– Mes amies, mes amies, c'est terrible ! Nous ne verrons plus jamais Adam ni sa femme ; Dieu les a chassés ! Ils ont perdu le Paradis !
– Chassés ? mais pourquoi ? demanda Lys.
– Vous vous rappelez cet arbre que je vous ai décrit et qui se trouvait au centre du jardin, au pied duquel ils reposaient souvent car son ombre était fraîche.
– Oui, bien sûr, dit Rose et tu nous as même dit qu'ils n'en mangeaient jamais les fruits car Dieu le leur avait interdit, afin qu'ils puissent Lui témoigner leur amour par cette obéissance.
– Alors, alors, que s'est-il passé ? repris Lys.
– Eh ! bien, voilà; alors que la femme attendait Adam qui devait la rejoindre au pied de l'arbre, un serpent est venu la trouver pour lui dire que si elle mangeait les fruits de cet arbre, elle saurait toute chose, serait comme Dieu et ne mourrait pas.
– Et elle l'a cru ?
– Hélas ! oui, elle a mangé le fruit et en a donné à Adam qui a accepté car il ne lui refusait jamais rien.
– Et alors ?
– Dieu qui venait à leur rencontre comme chaque soir, ne les trouva pas et les appela; ils se cachaient de honte d'être nus, face à leur faute, car à peine avaient-il mangé du fruit défendu, que le serpent leur dit « vous mourrez, vous mourrez parce que vous avez désobéi, j'ai réussi, je triomphe ! »
– C'est affreux, s'exclama Rose ! Quel odieux reptile, j'espère qu'il sera puni ! Mais s'ils sont chassés, c'est que ce doit être très grave car Dieu est si Bon et Il les aime tant !
– Tu as raison, c'est grave, dit l'oiseau et Dieu les a envoyés dans le monde où ils vont connaître les conditions terribles de la vie naturelle, hors du jardin, ils connaîtront le travail à la sueur du front, la souffrance et la mort en ce monde.
– Qu'est-ce que c'est ? demanda Rose.
– Je ne sais pas, cela n'existe pas ici, répondit l'oiseau aussi étonné que son amie.

Lys et Rose versèrent des larmes à leur tour, mais c'était des larmes de pitié, semblables à des gouttes de rosée.

– Ne soyez pas si tristes, mes amies, je crois que tout va s'arranger pour eux et que l'Amour sera le vainqueur. J'ai entendu Adam demander pardon et appeler sa femme Eve. Ils vont donc sûrement avoir des enfants ! Mais il y a plus encore : on dit qu'ils vont aller sur un long chemin, parfois difficile, loin d'ici, et que ce chemin conduit à Dieu.
– Oh ! oui, et alors nous les reverrons un jour ! Quelle fête ce sera et quel bonheur pour nous ! s'exclamèrent ensemble Rose et Lys, agitant gaiement leurs pétales comme pour applaudir, déjà à la joie de ces futures et lointaines retrouvailles et oubliant toute leur peine.

Ce soir là, à l'heure de la brise du soir, nos trois amis, réconfortés par la Divine Présence, comprirent, que dans sa très grande Miséricorde, Dieu avait prévu depuis toujours un moyen de tout arranger...  »

Et voilà, chers petits, la première histoire du monde racontée à ma façon. J'espère qu'elle vous a plue.

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