Category Archives for "Histoire du soir inventée pour 5 ans et moins"

Un voyage mouvementé histoire pour les petits

Un voyage mouvementé histoire pour les petits

Aujourd’hui est un grand jour : Pierre et sa petite sœur Jeanne prennent le train pour la première fois. Le parrain du petit garçon vit en Provence, dans le Sud de la France, et a proposé aux deux enfants de passer leurs vacances chez lui. Malheureusement, ni Maman ni Papa ne pouvaient se libérer de leur travail durant les congés scolaires, et ils ont accepté avec reconnaissance cette gentille invitation.

Mais quelle inquiétude ! Papa est en voyage d'affaire à l'étranger, et Maman ne peut s'absenter pour accompagner elle-même  ses deux petits. Elle se voit obligée de les laisser entreprendre seuls le long trajet vers la Provence, le sud de la France ensoleillé.

Levés très tôt, Pierre et Jeanne ont encore les yeux tout ensommeillés lorsqu'ils arrivent à la gare. Ils serrent bien fort la main de leur mère, car s'ils sont enchantés de partir en vacances, ils regrettent de s'en aller sans elle. Jeanne cache même quelques larmes dans la douce fourrure de son doudou. Elle a décidé qu'elle se montrerait courageuse pour ne pas inquiéter plus encore Maman.

Arrivée un peu en avance, la petite famille s'engage sur le quai, à la recherche du wagon dont le numéro est indiqué sur les billets. Les enfants se serrent un peu plus encore contre leur mère car autour d'eux règne une grande agitation. De tous côtés on s’embrasse, on s’exclame, on se dépêche, on court même pour être sûr de monter dans le train à temps !

quai- Voici votre wagon les enfants, suivez-moi ! s'écrie soudain Maman d'un ton joyeux. Bien sûr, elle se force à paraître enjouée car son cœur maternel redoute de laisser ses petits partir seuls.

Une fois à bord du train, elle installe Pierre et Jeanne à leur place et, se redressant, cherche du regard un visage bienveillant. Non loin de la rangée où sont assis les enfants, une vieille dame à l'air avenant, la peau ridée comme une pomme oubliée dans une coupe à fruits, se cale confortablement dans son fauteuil et sort des aiguilles à tricoter de son sac de voyage.

- S'il vous plaît, Madame, demande poliment Maman en s'approchant… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

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L’Île au trésor histoire pour enfants

« Debout, Jim! » lance sa maman depuis la cuisine. « Il faut nettoyer l'auberge. »

« Encore et toujours nettoyer l'auberge » marmonne Jim en glissant hors du lit.

Il descend à la cuisine, où sa mère Rose l'accueille d'un baiser sur le front. « Déjeune rapidement, fiston. Tu dois préparer la chambre d'invité, car nous avons un client. »

Jim soupire. « J'allais jouer aux pirates avec les amis du village » maugrée-t-il.

Sa maman rit doucement. « Ce sera pour une autre fois. Allez, mange ton gruau, et au travail ! »

Jim avale son repas et court chercher les draps propres sur la corde à linge dans la cour.

Il s'arrête net à la porte. Un homme lui bloque le chemin. Il porte un long manteau sombre à large collet, un chapeau cornu et une barbe épaisse. « Un pirate ! » pense Jim.

« Ouste, chenapan! » grommelle l'homme avant de se mettre à tousser. Il a un œil abîmé, presque blanc.

Treasure island L'Île au trésor

C'est le client attendu de l'auberge. Jim propose son mouchoir propre à l'invité. L'homme le saisit et se mouche bruyamment. « Bernard le Borgne te remercie, matelot, » lui dit-il.

En changeant les draps dans la chambre, Jim observe les quelques biens de l'homme : une grosse malle et un petit coffre orné de ferrures. « Un trésor de pirate », murmure le garçon.

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« Qu'as-tu dit ? » tonne soudain une grosse voix derrière lui depuis le chambranle de la porte. Jim se tourne pour voir l'invité le regarder avec suspicion et, il faut le dire, comme avec une menace dans les yeux. « Hors de ma chambre ! » lui ordonne-t-il. « Ce n'est pas un petit marin d'eau douce comme toi qui va me ravir... mon trésor. » Il a dit ces mots presque en les murmurant. Finalement, l'étranger chasse Jim de la chambre et verrouille la porte de sa chambre derrière lui.

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Le lendemain, l'inquiétant étranger ne descend pas pour le petit déjeuner.

« Jim, va cogner doucement à sa porte » lui demande sa mère.

trou_serrureJim monte et cogne à la porte, mais pas de réponse. Il regarde par le trou de la serrure. L'homme n'est pas étendu dans son lit, mais sur le sol.

Il descend à la cuisine. « Maman, le monsieur semble aller mal ! »… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

« Cours chercher le docteur. »

Le médecin du village accourt, monte à l'étage et doit forcer la porte de la chambre pour entrer, mais il est trop tard pour aider Bernard le Borgne. « La pneumonie l'a emporté » dit gravement le docteur. « Je vais demander aux hommes du village de l'enterrer au cimetière. » Il couvre l'homme d'un drap. « Il faut annoncer son décès à sa famille. Rose, vous devrez trouver dans ses affaires de quoi savoir où envoyer les lettres.
- Je vais devoir fouiller les affaires d'un mort ? se dit la pauvre maman.
- Si vous avez une autre idée... »

Quand les hommes sont partis en emportant le mort, Jim et sa mère forcent les serrures de la malle et du petit coffre. Ils ne trouvent aucune lettre de proches de l'homme mort. Mais le petit coffre contient un objet : une carte.

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« Maman, on dirait... une carte au trésor. »

Rose rit et prend la carte pour l'observer de plus près. Mais à présent, elle fronce les sourcils.
- Jim... Je crois que tu as raison. Va aux quais pour la montrer à Anna.
- Ton amie ?
- Oui, elle saura te le dire.

Jim court jusqu'aux quais du village. Il demande à quelques matelots où trouver Anna. L'un d'eux pointe du doigt le haut du mât d'un navire amarré. Perchée dans le cordage à dix mètres de haut, la fameuse Anna est dans la mâture et vérifie des nœuds.

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« Anna ! » crie Jim, moulinant des bras pour attirer son attention. Anna lève la tête, lui fait signe, puis descend du beaupré aussi habilement qu'une acrobate.
- Bonjour, Jim. Quoi de neuf ?
- Un client de l'auberge est mort la nuit dernière.
- Pauvre gars, dit Anna.
- Mais regarde ce qu'on a trouvé dans ses affaires.
Et Jim déplie la carte.Lire davantage

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Les bêtises d’Angélique et Arthur histoire pour enfants

Angélique et Arthur sont des enfants très énergiques. Ils ont une forme du tonnerre ! Ce sont les rois de la farce et même, dit leur père, les rois des bêtises. En fait, les bêtises, c'est leur royaume. Ce sont des sortes de spécialistes. Il n'y a rien dans la maison qu'il n'aient remué, secoué, retourné, ébréché, fendu, gribouillé, renversé, vidé, abîmé, cassé ou perdu.

Tenez, un jour, ils ont mis du sucre dans l'eau des pâtes; les nouilles étaient plutôt immangeables. Ça les a beaucoup amusés de surveiller la tête de Papa et Maman qui étaient en pleine discussion et qui ne se sont rendus compte de rien avant un petit moment. Les enfants ont éclaté de rire quand Papa a fini une phrase en disant : "En tous cas, je n'ai qu'une envie, c'est de partir en vacances... Dis donc, tu ne trouves pas qu'elles ont un drôle de goût, ces pâtes ?"

Une autre fois, ils ont dépareillé toutes les paires de chaussettes de Papa et toutes les paires de bas de Maman.

Mais ce n'était pas d'assez grosses bêtises pour Arthur et Angélique.

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Ils se sont dit que les disques CD de Papa et Maman feraient de très bons patins à glace. Ils ont sorti les petits disques de leurs boîtes et ils ont glissé dessus. Ils s'en sont servis pour traverser le salon et la cuisine de long en large. La moitié de la collection y est passée, entièrement rayée. Quand maman est revenue des courses, elle a mis ses deux mains sur la bouche et s'est écriée: "Angélique ! Arthur !"
- On aime bien le patin à glace, maman ! On pourrait aller en faire à la patinoire ?

Un autre jour… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

raj

Hita et le petit singe histoire pour enfants

An-impressive-image-from-the-Fort-of-Jodhpur-over-the-city-in-Jodhpur Hita et le petit singe

Jodhpur

      Le soir touche à sa fin dans la ville indienne de Jodhpur. Le soleil couchant teinte de violet les murs de la cité. Elle est connue dans le Rajasthan et même dans toute l’Inde pour ses maisons peintes.

Tailleur indien Hita et le petit singe

Un tailleur indien

La nuit tombe. Dans la boutique, le tailleur Anil pleure en silence devant sa lampe.

Il pensait transformer bientôt sa vie et celle de sa fille Hita. Ah ! sa fille, la merveille des merveilles, la prunelle de ses yeux, qu’il élève seul depuis le décès de son épouse. Il aime cette enfant, avec sa peau couleur de pain d’épices, ses yeux langoureux bordés de longs cils effilés. Lorsqu’il la regarde, il voit en elle l’image de sa maman qu’il aimait tant.

Maharajah Hita et le petit singe

Un Mahârâjah

Pour elle, il s’était lancé dans un grand défi : remporter la récompense promise par le Mahârâjah de Jodhpur. Radjulari, la fille du Mahârâjah, va se marier mais ne trouve aucune robe digne d’elle. Son père a promis d’offrir la plus grosse émeraude de son trésor à celui qui confectionnerait la robe la plus somptueuse jamais vue dans toute la région.

Anil aimerait cette émeraude, car elle assurerait un avenir à sa fille Hita. Il a donc tenté de relever le défi, il a vendu tout ce qu’il possédait pour acheter la soie la plus colorée et la plus douce, les fils les plus brillants et les plus solides, les perles les plus étincelantes pour broder les tissus multicolores.

Pendant des jours, il a cousu, brodé, faufilé, surfilé. Il a enfilé des milliers de points, des milliers de perles. Il a assemblé des pièces d’étoffe. Et sous ses doigts est apparue peu à peu, jour après jour, la plus belle robe qu’il ait jamais créée.

Il travaillait devant son échoppe ouverte, sous l’auvent relevé, et les femmes de son quartier s’arrêtaient chaque matin pour admirer son ouvrage et rêvaient d’être un jour vêtues d’aussi beaux atours.

Mais ce soir, dans son atelier, Anil pleure : il y a quelques instants, il s’est assoupi pendant son travail, trop près de la lampe. Sa robe, la si belle robe, s’est enflammée. Lorsque l’odeur a réveillé Anil, il s’est précipité pour éteindre le début de flamme, mais le mal était fait : la robe était brûlée, ses belles couleurs étaient ternies par la fumée, les perles tachées par la suie. Son ouvrage n’était même plus digne d’un serviteur.

« J’ai tout dépensé pour cette robe, pense-t-il, jusqu’à ma dernière roupie. Maintenant, j’ai tout perdu. Je voulais protéger ma fille et je n’ai plus rien. Nous n’étions pas riches mais désormais, nous sommes ruinés ».

Et dans son atelier, à la pâle lueur de la lampe, Anil s’effondre en pleurs dans… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

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Saku et Kaya, les couleurs de la banquise, histoire pour enfants

Il existe, au-delà des murs de ta chambre et des rebords de ton lit, d'incroyables pays.

Bien plus loin que de l'autre côté des grands océans, l'un de ces pays mystérieux et sauvage est tout blanc. Oui, oui, je t’assure tout blanc. D’ailleurs, regarde bien toi-même l'image…

Tu es là au milieu de la neige, bien au chaud dans ton épais manteau. Le vent glisse le long de tes joues rougies par le froid. Tu regardes les yeux presque fermés, et que vois-tu ? Tout le paysage est d’un blanc éclatant, immaculé ! Ce blanc étincelant fait de tous côtés rebondir la lumière du soleil en mille petites étoiles brillantes. C’est vraiment un spectacle fascinant, comme une crème chantilly constellée de paillettes. Devant toi, sur le côté, derrière, partout enfin, le paysage s’étire en blanc.

Intrigué, tu regardes alors la terre sous tes pieds pour vérifier. Est-elle blanche elle aussi ? Mais oui, elle aussi : blanche comme un nuage glacé. Ce n’est pas de la terre, mais de la glace. Aussi blanche que tes petites dents lorsque ton sourire dit bonjour au jour présent.

Seul, le ciel, au-dessus de toi, brille d'un beau bleu pur et infini. C’est apaisant un ciel tout propre. C’est comme une grande mer azur qui semble tenir en l’air toute seule, une grande mer bleue flottante. Il est vraiment incroyable, ce lieu inconnu. Voudrais-tu savoir quel est son nom ?

Eh bien, dans les livres, on appelle cette grande étendue blanche et plate comme une assiette, « la banquise ». J’aime bien ce nom. Il donne envie de partir en voyage.

La banquise, c'est le pays des grands ours blancs et des bébés phoques tout aussi blancs qu’eux. groenland-banquise couleurs de la banquise

Mais la banquise, c’est aussi le pays d’un garçon qui s’appelle Saku et de sa sœur Kaya. Ce sont des enfants aïnus, des petits esquimaux comme on dit parfois.

Ces deux enfants-là aiment beaucoup vivre dans ce pays de nuage et de chantilly.

Après avoir fait leurs leçons de l’école, ils s’amusent et font les quatre-cent coups ensemble, imaginant toutes sortes d’aventures.

Par exemple, ils partent sur les pistes dès qu’ils le peuvent pour de grandes promenades à pieds avec des chaussures spéciales, des mocassins, équipées de raquettes. M2005.35.1.1-2-R2 couleurs de la banquiseCes raquettes ressemblent à de grandes raquettes de tennis avec un manche très court et un treillis en peau de chevreuil, autrement dit, une sorte de grillage en cuir. Elles permettent à Saku et sa sœur de ne pas s’enfoncer dans la neige, alors que sans raquettes, ils s'enfoncent jusqu’aux genoux. C’est bien plus facile de marcher longtemps avec ces chaussures-là.

 Par grand beau temps, lorsque le soleil réchauffe la glace, au milieu des vapeurs qui dansent sous le vent, Saku prépare fièrement le traîneau. Ah ! le traîneau, ça, c’est de l’aventure !couleurs de la banquise

Le traîneau tiré par des chiens permet de se déplacer facilement sur la glace. Cela fait penser à une chaise en bois posée sur deux patins qui sont des sortes de skis. Les patins glissent sur la neige comme de l’eau sur une vitre. Ils sont très longs, plats et bien lisses comme les pages d’un livre.

Les chiens sont des Husky, husky_siberien2des Malamutes, Malamutesdes Groenlandais groenlandaisou bien des Samoyèdes.

samoyedes

Ils ont un pelage magnifique : une robe double, épaisse et douce composée de sous-poils doux, denses et duveteux couchés contre la peau et un poil de couverture lisse et doux lui aussi. Cela leur permet d’être toujours bien au chaud car sur la banquise, on ne plaisante pas avec le froid ! Ces valeureux chiens sont très musclés et les charges lourdes ne leur font pas peur. Mais surtout, plus que tout, ils aiment courir. Pour les balades, on les attache au traîneau avec une ligne, c'est-à-dire une longue corde très solide pourvue de harnais qu’on leur enfile comme un pull. Sur la banquise, ils sont ensuite placés par colonnes de deux, ou en éventail, selon le paysage qu’on traverse. Avec 8 chiens, on peut aller aussi vite que sur un… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

bouquiniste

Le billet perdu, histoire pour enfants

Paul Matthieu habitait une grande ville, la capitale de la France : Paris. Figurez-vous que ce petit garçon habitait tout près de la Seine, le grand fleuve, en plein cœur de Paris. Tout près de ce qu’on appelle l’Ile de la Cité. Quelle chance ! En été, la Seine brillait. Paul pouvait la voir aussi souvent qu'il voulait puisque son appartement donnait juste au-dessus, sur les quais.

De sa chambre, il pouvait voir la Conciergerie, un bâtiment important et surtout la Seine, qui a connu tous les rois, les Romains et les Gaulois, toute l'Histoire de la France. Dans la rue, le matin, le midi, le soir, il y avait toujours de l’animation, les gens allaient et venaient. Le bruit montait jusqu'à sa fenêtre, c'est pourquoi il valait mieux la laisser fermée. Les trottoirs étaient remplis de monde. Et dans la rue, il y avait aussi beaucoup de voitures.

Le soir, dans sa chambre, quand la nuit arrivait, il ne faisait jamais tout noir, il y avait toujours une lumière qui se coinçait au plafond. Plusieurs fois dans la nuit, il y avait une grande lumière qui balayait toute la chambre, c'était les bateaux-mouches qui naviguaient à travers Paris.

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Les bateaux-mouches sur la Seine

Avec son chat allongé sur ses jambes ou en travers de son cou, Paul s'endormait doucement.

Parfois, avant de s'endormir, Paul se relevait et allait à la fenêtre. Mistou (c'est le nom de son chat) le rejoignait et grimpait debout sur ses épaules. Paul admirerait les boutiques du soir qui s’allumaient et la multitude de fenêtres des immeubles qui s'éteignaient une à une. Quand il pleuvait, du jaune, du rouge, du rose, du marron ou du blanc se reflétaient sur le goudron de la rue et du trottoir, par-ci, par-là.

Depuis quelques semaines, Paul avait un grand secret dans son cœur qui le faisait brûler de joie et d’impatience. Ce secret, il ne l’avait dit qu’à Mistou. Cette année, pour la première fois, il allait faire un cadeau. Un cadeau à l’occasion de l’anniversaire de sa maman. C’est toujours un grand événement de fêter l’anniversaire de ceux qu’on aime, n’est-ce pas ? Pour une fois, Paul avait décidé d’offrir, lui tout seul, un présent à sa chère maman. Tout seul, sans l’aide de son papa. Oui, une surprise qu’il offrirait.

C’était pour lui un immense secret mais une aventure aussi car il se demandait : « Quel cadeau vais-je choisir et ne faut-il pas de l’argent pour l’acheter ? Si, bien sûr, mais combien ? Et quoi acheter ? » Tout cela tournait dans la tête de Paul.

Quel cadeau ? Cette question fut réglée très vite, par chance. Il faut dire que Paul avait été très observateur. Un après-midi, de grand beau temps, Paul était parti avec sa maman se promener près des bouquinistes, les marchands de livres le long de la Seine, et elle s’était arrêtée devant une gravure, c'est-à-dire une grande image, qui lui avait beaucoup plue. Elle l’avait reposée. Elle n'y avait pas passé beaucoup de temps et si Paul avait regardé ailleurs, il ne s'en serait même pas rendu compte. Mais cette fois-là, il l'avait observée et il avait bien vu que cette image lui plaisait. Cette gravure, c’était des jeunes filles qui jouaient au piano ; mais attention, pas n'importe quelles jeunes filles : celles d’une peinture du célèbre peintre Auguste Renoir. Sa maman l’avait regardée avec envie, cette image-là et puis elle l’avait reposée. C'était décidé: Paul allait offrir cette gravure à Maman.

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Renoir: Jeunes filles au piano

La seconde interrogation, où trouver l’argent, avait également une réponse : la grand-mère de Paul lui avait offert à un petit billet de banque tout neuf pour ses étrennes, à Noël. Paul avait placé cet argent dans une petite enveloppe dans son livre préféré, sur sa table de nuit, fier mais sans savoir alors ce qu'il en ferait. Le garder précieusement ? Acheter des bonbons ? Faire le tour de la terre avec toute sa famille ? Mais lorsque son papa avait rappelé, il y a quelques jours, en chuchotant, qu’il ne fallait pas oublier l’anniversaire de maman, Paul sut tout de suite comment il allait utiliser son argent. Mais attention ! personne ne devait le savoir et il n'en parla qu'à Mistou, son chat qui, avec ses coups de langue et son perpétuel ronronnement, était toujours d'accord avec lui.

On voyait les bouquinistes, depuis la fenêtre de sa chambre. Paul allait vérifier toutes les heures que son billet était toujours caché dans son livre sur sa table de chevet.

Paul emmenait son précieux argent quand il sortait, pour être sûr de ne pas le perdre. Il faillit le dépenser, lorsqu’ils allèrent au zoo de Vincennes puis au Jardin des Plantes, dans la boutique des souvenirs.

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Le Jardin des Plantes

Il faut dire que les jouets et les carambars étaient très tentants. Mais il avait résisté ; oui, il était resté fidèle à son projet : « Pour Maman, je garde tout. » Et son cœur bondissait de joie à l’approche de ce grand jour.

Mais il fallait encore acheter la gravure discrètement, et tout seul. Sans que personne ne s'en aperçoive. Comment faire ?

L’occasion se présenta. Un beau matin, monsieur Matthieu proposa à Paul de refaire cette jolie promenade le long de la Seine et de chiner, c'est-à-dire de chercher de jolies choses intéressantes :

— On va voir les bouquinistes ? Ils vendent toutes sortes de livres, de dessins, parfois uniques et en tous cas très anciens. Il fait grand soleil, et il y a beaucoup de monde, plein de touristes qui se pressent sur les trottoirs, viens avec moi, ce sera chouette !

Paul avait accepté.

— Je sais ce que c’est, les bouquinistes, papa.

Il furent rapidement sur le trottoir. C’est vrai qu’il y avait des touristes, qui se reposaient sous les grands arbres d’un tendre vert, ou bien déambulaient sur les quais de la Seine. Il faisait déjà chaud.

En marchant sur le trottoir, Paul prêta l’oreille. « Bonjour, je vous rappelle pour notre rendez-vous », disait un monsieur moustachu très bien habillé et très sérieux au téléphone. Un tout petit chien à la queue frétillante vint renifler de sa truffe humide le mollet de Paul. Il y eut un autre chien assez grand, qui ne fit pas attention à lui et sortait une grande langue humide, il avait soif. Et les pigeons, les fameux pigeons de Paris, gris-vert, qui roucoulent à tout bout de champs. A travers l’agitation, ils parvenaient toujours à picorer d’invisibles miettes, ou des graines d’arbres.

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Paul se fit bousculer et attrapa rapidement la main de monsieur Matthieu pour ne pas le perdre de vue. Les bouquinistes, enfin. Là, s’étalaient des multitudes de revues, de toutes les couleurs, certaines avaient l’air même un peu sales, car elles étaient jaunies, vieillies, mais il y avait aussi de belles cartes postales.

histoire4Avec tout ce monde, Paul craignait que la gravure ne soit déjà vendue, car c’était celle-là qu’il voulait et non une autre. Par bonheur, le bouquiniste était là, la gravure trônait toujours en bonne place. Ils s’arrêtèrent. Paul dit :

— Attends, p’pa, je vais regarder ces livres-là.

— Vas-y, vas-y, prends ton temps, mon fils.

Monsieur Matthieu regarda des livres de son côté.

Paul s’approcha du vendeur ; il dut se mettre sur la pointe des pieds car il était petit et s’accrocha au comptoir couvert de revues qui semblaient le soutenir:

— S’il vous plaît, monsieur, dit-il assez doucement, je voudrais acheter cette image.

De son côté, le bouquiniste était fort intrigué de voir un petit garçon lui faire cette demande, il se contenta de hausser ses épais sourcils en signe d’étonnement.

— Celle-ci ? 5 euros. Tu les as ?

Paul fit oui de la tête.

Le marchand la décrocha de son présentoir, et l’enroula soigneusement, puis, il l’entoura d’un petit papier blanc. C’était drôle de voir un monsieur, aussi large et grand, être si délicat avec une si petite chose. Le vœu de Paul était en train de se réaliser : il était en train d’acheter un cadeau pour sa maman et tout seul. Sa main était toute moite quand elle s’enfonça dans sa poche droite pour prendre le billet.

Mais voilà que même tout au fond de la poche, les doigts ne rencontrèrent pas de billet. Voyons dans l’autre poche. Rien non plus. Non, ce n’était pas possible. Les poches de son pantalon n’étaient pas trouées. Et Paul était sûr de l’y avoir mis. Le billet devait s’y trouver. Paul refit la manœuvre encore à droite, à gauche et encore une fois, à gauche et à droite et pour mieux chercher sortit les poches à l’extérieur : elles étaient vides. Le vendeur avec ses gros sourcils se voulait encourageant.

— Alors ?

— Je ne le retrouve pas !

— Cherche mieux, mon gars. Regarde par terre, sur le trottoir, quand tu as cherché dans ta poche… il a dû tomber.

Pendant ce temps, monsieur Matthieu ne se rendait compte de rien, il continuait à lire. Avec le vendeur, Paul regarda autour de l’échoppe, sur le sol. Ils fouillèrent du regard même le caniveau poussiéreux et repoussant : rien, pas de billet. Attendri par le malheur qui frappait Paul, le bouquiniste était presque aussi triste que le jeune garçon ; mais il n’avait pas le temps de s’attarder davantage. Il mit une tape amicale sur l’épaule de Paul anéanti et repassa derrière son étal.

— Eh bien, c’est perdu, mon gars.

— Mais... mais... fit Paul, qui n'arrivait à rien dire d'autre.

— Je suis désolé, dit le marchand. Mais écoute, voilà ce que je vais faire. Je vais garder la gravure dans un coin. Tu reviendras un de ces jours avec un autre billet et la gravure sera à toi.

Paul lui fit un petit sourire triste. Comment pourrait-il avoir un autre billet ? Mais où était-il passé ? Le billet avait disparu, peut-être tombé, peut-être même volé. Les yeux du petit Paul s’emplirent de larmes. Plus de billet, plus de cadeau, plus de surprise.

Monsieur Matthieu sortit de sa lecture, reposa le livre. En voyant Paul, il pensa qu’il s’ennuyait et décida de rentrer à la maison pour prendre un bon goûter. Le chemin du retour fut beaucoup, beaucoup, beaucoup moins joyeux. Paul ne regardait plus rien. Il n’écoutait plus personne. La boulangerie était fermée, et de toutes manières, Paul n’avait pas faim. Il revoyait en image la jolie gravure emballée que le vendeur avait cachée sous son présentoir après sa mésaventure.

A leur retour, quand madame Matthieu aperçut la sombre mine de son fils, elle se demanda quel malheur avait pu se produire ; avait-il fait une bêtise ? Etait-il malade ? Elle n’eut pas le temps de poser de question. Paul, en voyant le visage de sa Maman doux comme un petit pain et si plein de tendresse, se mit à courir pour se jeter dans ses bras : « Oh ! Maman, ton cadeau… »

Il ne put en dire davantage. Toute la maison résonnait de ses sanglots. L’horloge n’osait plus faire son tic-tac habituel, le chat Mistou se cacha presque honteux sous le canapé, alors qu’il n’avait rien fait.

Mais après avoir repris un peu de calme, Paul, entre deux sanglots, expliqua le petit billet de grand-mère, l’attente, le bouquiniste et surtout la gravure. Ils comprirent à leur tour et leurs yeux à eux aussi s’embuèrent de larmes. En apprenant tous les petits sacrifices que son petit garçon avait faits pour elle, au Jardin des Plantes, au Zoo de Vincennes, le cœur de la maman à elle aussi, se mit à battre très fort. Un mot jaillit de ses lèvres :

— Mon chéri, merci de tout mon cœur !

Paul, désespéré, secouait la tête.

— Mais, maman, pourquoi me dis-tu merci ? j’ai tout perdu et je n’ai plus rien à t’offrir.

Et de ses yeux, les larmes recommencèrent. Madame Matthieu entoura tendrement Paul de ses bras :

— Mais si, bien sûr que si, mon chéri. Ton cadeau, tu me l’as déjà fait.

— Quoi ?

Maman lui caressa le visage sans rien dire, quelques secondes. Puis, elle murmura:

— Ton cadeau, c’est l’amour que tu as mis à me préparer ta surprise. C’est le plus beau cadeau que j’aie jamais eu. Toute ma vie, je me souviendrai de tout ce que tu as fait pour moi, mon petit Paul, toute ma vie, je me souviendrai de mon plus bel anniversaire.

Alors, Papa, à son tour, prit Paul et sa Maman dans ses grands bras rassurants.

— Et moi, mon cadeau, c’est vous deux.

Mistou sortit à pattes de velours et vint se frotter à la jambe de Paul en ronronnant et avec ses petits coups de langue qui semblaient dire : « C’est bien vrai, tout ça. »

Lorsque les lumières de la ville s’allumèrent et que les bateaux-mouches pleins de lumière glissèrent sur la Seine, Paul s’endormit consolé, rassuré, avec le chat sur les pieds.

Le lendemain matin, quand il souleva son oreiller, que trouva-t-il en dessous ? Il n’en croyait pas ses yeux.  Un billet ! oui, un autre petit billet tout neuf. Il entendit la voix joyeuse de son papa qui ouvrait la porte : « Ça te dirait d’aller voir les bouquinistes ? » Paul courut à la fenêtre pour voir si les marchands de livres étaient ouverts. Ils étaient là. La gravure l’attendait.

La Seine semblait se réjouir, immobile, scintillant de mille feux.

Loire

Pêche sur la Loire, histoire pour les 5 ans et moins

Dans un petit coin de campagne, entre coteaux boisés et vertes prairies, serpente un long ruban argenté : la Loire. Au creux d’un méandre est nichée une vieille demeure de pierres blanches, au toit d’ardoises grises. C’est là que vit le grand-père de Louise.

Louise passe toutes ses vacances avec lui. Elle aime tant se promener dans les vignes ou au bord de l’eau.

Lorsque l’on descend les marches du perron, à l’arrière de la maison, et que l’on traverse les dalles de la terrasse, s’ouvre un petit chemin qui traverse la pelouse, descend en pente douce jusqu’aux rives de la Loire. Dans une cabane en bois sommeille tout l’attirail de pêcheur, c'est-à-dire les instruments pour la pêche.

La barque flotte à trois pas de la cabane, retenue à la rive par une vieille corde. On peut monter à bord grâce à un petit ponton fait de quelques planches. Les moments que Louise affectionne particulièrement, c’est l’attente, les longues heures de pêche sur la Loire, en espérant prendre des sandres ou des brochets.

photo_brochet_2 Pêche sur la Loire

Le brochet

sandre120607 Pêche sur la Loire

La sandre

Mais ce matin, Louise est en colère. Occupé dans son potager, Grand-père a repoussé la partie de pêche promise. Les tomates sont mûres à point et il s’est mis en tête de les récolter tout de suite :

« Ma petite chérie, je sais que nous devions aller pêcher ce matin, je te l’ai dit hier. Mais ce matin, j’ai fait un tour dans le jardin. Une grande quantité de tomates sera perdue si nous ne les ramassons pas.

— Mais Grand-père, allons pêcher d’abord, nous pourrons toujours les ramasser en rentrant. Du poisson pour aller avec les tomates, ça serait parfait ! a répliqué Louise, sûre que son astuce convaincrait Grand-père.

Il a secoué la tête en se grattant le menton :

— Il faut aller au potager avant que le soleil ne soit trop haut dans le ciel. Sinon, les tomates seront gâtées par la chaleur et nous, nous risquerions une insolation à travailler en plein midi !

tomates

— Mais, cet après-midi, il sera trop tard aussi pour la pêche ! Les poissons descendront au fond de l’eau pour chercher la fraîcheur et nous n’attraperons rien !

— Ma petite, les poissons resteront dans la Loire, alors que demain, les tomates seront abîmées. Ce matin, c’est jardin. La pêche se fera un autre jour, peut-être demain. Tu viens m’aider ?

Mais Louise n’a pas entendu la demande de Grand-père : elle a déjà claqué la porte et dévale les marches du perron. Elle court tout le long du chemin menant à la Loire, les yeux plein de larmes. Maintenant, elle arpente la rive, grommelant toute seule et jetant des bâtons dans l’eau. Pendant qu’elle récrimine, son regard tombe sur la barque. Elle oscille près du bord. Une idée germe dans son esprit :… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

Les bonbons de Melchior, histoire pour enfants

regard enfant Les bonbons deSais-tu enfant que tu ne perdras jamais ton joli regard ?

Le regard, c’est comme la parole des yeux. Tes yeux, en effet, montrent ce que tu as dans ton cœur. Par exemple, si tu perds ton jouet préféré tu as les yeux tristes, peut-être même qu’ils pleurent. Mais si tu retrouves ton jouet perdu, alors tes yeux sourient, ils sont heureux.

Regarde à côté de toi : il y a une grande personne qui te lit cette histoire. Je suis sûr que ses yeux sont doux lorsqu’elle te regarde et dedans tu peux y voir beaucoup d'amour. Le regard, c’est donc très important, autant que ton doudou, les câlins et même les bisous.

Tes yeux à toi sont tout neufs mais ils sont très, très forts ! Si, je t'assure. Ils sont capables d'envoyer un filet pour attraper les personnes. Tu ne me crois pas ? Eh bien, ton premier regard de bébé a attrapé ta maman et ton papa, à ta naissance. Il a bondi vers eux et les a attrapés. Comme ta main dans un bocal à bonbons.

Hum ! les bonbons… Tes yeux les aiment beaucoup, eux aussi. Ils s’ouvrent grand et brillent d’un regard gourmand… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

Prairie_en_Meurthe-et-Moselle

Tsar dans la prairie conte pour enfants

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Jeannot et Trim, I, Les Loups, chap. I

Musique: Angela’s Ashes Soundtrack Suite (John Williams), The Towering Inferno Soundtrack Suite (John Williams)

   Il était une fois, il y a fort longtemps, vers l’an 1140, au temps des chevaliers et des croisades, un petit garçon que tout le monde appelait Jeannot, un enfant de Normandie, le pays occupé par les fiers Normands. Jeannot avait un ami inséparable, qui s’appelait Trim, avec qui il était comme un frère. Il aimait aller avec lui à la chasse aux alouettes, ou braconner des lièvres, ou attraper des lapereaux (des petits lapins). Là où était Jeannot, on trouvait presque toujours Trim, et là où était Trim, il y avait de fortes chances pour qu’on trouvât Jeannot.

Ce jour-là, après la leçon de latin que leur faisait la maman de Trim, les deux garçons partirent à la chasse au goupil, enfin, le renard; en ce temps-là, on disait un goupil pour un renard.

Le renard qui vivait aux alentours du village avait mauvaise réputation, il venait la nuit dans les poulaillers pour manger deux ou trois poules, et parfois dévorer le coq. Cela faisait un mois qu’il maraudait ainsi, et qu’il tuait les poules. Jeannot et Trim se proposèrent donc d’aller le débusquer pour l’attraper dans les bois. Les villageois acceptèrent, en leur conseillant la prudence, car maître renard est fort rusé, et ses morsures dangereuses; quand il mord, on peut attraper des maladies.

— Faites attention, tenez-vous au loin ! Et emmenez chacun un couteau long, dirent leurs papas.

Les garçons obéirent et suivirent ces conseils. Outre deux couteaux longs qu’ils portaient au côté, accrochés à leur ceinture, ils emmenèrent leur piège, une solide corde épaisse servant de bride accrochée à un cadre de bois. Quand on passait la tête dans le cadre de bois, on passait en même temps la corde au cou et si l’on tirait sur la corde, un nœud coulant vous serrait à la gorge.

Ils partaient donc dans la forêt à la recherche d’un terrier de renard.

Les oiseaux des bois chantaient et parmi leurs chants mélodieux, on entendait celui d’une mésange, deux notes aiguës, mais voilà que le chant se transforme en gazouillement, sûrement un merle. Mais presque aussitôt, c’est un chant aigu, puissant et prolongé, un chant d’alouette assurément. Les garçons n’y comprennent rien, car immédiatement après, c’est un rossignol qu’on entend, avec son chant très varié, si caractéristique. Il n’est pas possible que tous ces oiseaux vivent au même endroit. Jeannot arrête ses pas, et un oiseau au plumage brun rougeâtre s’envole, filant comme une flèche.

— Une pie-grièche ! s’exclame-t-il. Tout s’explique.

La pie grièche

En effet, la pie-grièche, petit rapace, n’est pas très forte, mais elle est très rusée, et elle est capable d’attirer de nombreux oiseaux en imitant leur chant. Comme elle a bien réussi à les tromper !

Jeannot et Trim ne sont pas longs à trouver des laissées, c’est-à-dire des crottes de renard.

— Ça y est, il ne doit pas être loin, dit Trim, le plus jeune des deux.
— Tu penses ? son territoire peut être cent fois plus grand que le village ! Cherchons encore.

Ils fouillent le sous-bois. Parvenant au plus profond, ils trouvent une bonne quantité de lapins de garenne, qui se dispersent dans tous les sens.

— Cette fois, nous sommes peut-être proches, dit Jeannot, ces lapins en grand nombre sont souvent signe que le goupil est là.
— Ah bon ? Il ne les mange pas ?
— Non, goupil est malin, il laisse souvent des familles entières de lapins ou de lièvres se développer près de chez lui, car ainsi il est sûr d’avoir des réserves, s’il vient à manquer de nourriture.

Jeannot a raison, le terrier n’est pas loin. Les deux garçons fouillent les taillis et spécialement sur les buttes et les talus, où goupil aime à creuser son gîte. C’est dans un talus qu’ils trouvent le terrier de maître renard. Des lapins s’y cachent à leur approche, on voit leurs petites queues s’enfoncer dans le noir.

— C’est là ! s’exclame Jeannot.
— Il garde des lapins dans son terrier ?
— Oui, cela arrive. Regarde la taille du trou, c’est son terrier, à coup sûr. La nuit tombera dans une heure, c’est à ce moment-là qu’on l’attrapera.
— D’accord.

Jeannot dit vrai, c’est l’hiver et c’est à ce moment-là, à la tombée de la nuit, que goupil fait la plupart de ses sorties. Ils installent le piège. Puis, ils déroulent la corde jusqu’au bout, assez loin pour se cacher et attendre que goupil sorte. Une fois cachés, Jeannot fait un nœud simple au bout de la corde et prend le nœud bien en main. Enfin, ils patientent, sans bouger.

Notre renard apparaît, mais il ne sort que le bout de son museau et renifle à l’entrée du terrier. Il a détecté quelque chose d’anormal, il faut dire qu’il a l’odorat très développé, il peut sentir toutes les odeurs inhabituelles. Il refuse de sortir. Il reste là, s’assied sur son arrière-train et attend.

« — Il ne veut pas sortir. Qu’est-ce qu’on fait ? » murmure Trim.
« — Chut ! Ne fais pas un bruit, il pourrait t’entendre. Attendons, il va sortir. »

Une fois encore, Jeannot a raison. Renard a faim, cela lui remue le ventre et il est temps pour lui de se risquer dehors. Il passe la tête hors du terrier. Il sent la corde du piège tomber sur son cou. Effrayé, il s’élance devant lui. Le nœud coulant se referme aussitôt autour de son cou.

— Ça y est, on l’a ! s’écrie Trim.

La bride se tend, Jeannot la tient en main. Il la tire à lui. Maître renard fait un bond et une cabriole, mais il est pris. Les garçons se lèvent. Mais goupil est méfiant, il se remet sur ses pattes et s’élance vers le fond de la forêt. La corde se tend avec une telle force que Jeannot la lâche.

— Misère ! il nous échappe !

Le renard part tout droit dans les taillis, avec la corde traînant derrière lui !

— Cours, Trim, cours !

Et voilà les deux enfants à partir tout droit, sans savoir où ils vont. Ils courent comme des dératés, sautent par dessus des troncs d’arbre morts, par-dessus des taillis, des mares, des ruisseaux, et goupil de fuir comme une flèche toujours plus loin. Heureusement, la corde le gêne, il s’arrête pour se passer la patte sur le col et tenter de l’enlever. Mais le nœud coulant est bien serré. Les garçons surgissent. Alors, il reprend sa course.

Ça dure bien cinq minutes et Trim n’en peut plus.

— Courage, Trim ! J’ai fait un nœud au bout de la corde.
— Et alors ? J’en peux plus !
— Le nœud finira bien par se prendre dans un tronc d’arbre. Avance !

Et c’est en effet ce qui se passe. La corde se coince dans une brisure de tronc mort. Goupil est prisonnier.

— Victoire ! fait Trim.
— Attends ! crie Jeannot. Ne t’approche pas, il peut se montrer méchant et t’attaquer. Il faut juste attraper le bout de la corde et monter dans un arbre. De là-haut, nous tirerons dessus et il sera à nous.

La nuit commence à tomber. Ils passent sur un tronc d’arbre qui croise celui où est coincé la corde, et passent de l’un à l’autre en sautant avec agilité. Jeannot prend le bout de la corde et se dresse sur le tronc, en s’accrochant à une branche morte bien solide. Il enroule la corde autour. Goupil tire dessus de toutes ses forces quand il voit les garçons, pour s’enfuir. Il tire et tombe, se relève et tourne en rond.

— Te voilà, voleur ! Tu nous as pris des poules, c’est à nous de te prendre, maintenant !

Renard tourne en rond sur un terrain dégagé, au milieu des feuilles mortes.

C’est à ce moment-là que surgissent les loups.

*

*       *

Ils sont cinq, ces redoutables chasseurs loups. Ils ne sortent des bois que lorsqu’un grand froid menace. Ils sentent le froid arriver et s’approchent des villages, en descendant de la montagne, pour trouver leur pitance, pour trouver tout ce qu’ils peuvent dévorer, et rien ne les fait reculer.

Jeannot et Trim ne s’y attendaient pas. Le loup est bien plus dangereux que le renard. Il est intelligent et téméraire, lorsqu’il cherche ardemment du gibier. Les cinq loups s’approchent lentement de renard, qui est prisonnier au bout de sa corde. Ils grognent et montrent les crocs. Ils vont l’attaquer.

— Allez-vous en ! Laissez-le tranquille, cria Trim, pris de pitié pour le malheureux goupil.

Les loups, surpris à leur tour par ce cri d’enfant, détalent plus loin. Puis, ils se rassemblent et font un demi-cercle. Les enfants sont pour eux une menace, car messire loup sait que l’homme est le plus redoutable des chasseurs et qu’entre l’homme et lui, il n’y a pas de merci, on se bat à mort.

Les cinq loups reviennent en marchant lentement, la tête basse, jappant et grognant. L’un d’eux, qui semble le chef, plus vieux, s’assoit sur son postérieur et lance son cri lugubre : « Ou ououuuu ! »

Solitude face aux loups, Jeannot

C’est inquiétant. Il doit avoir compris qu’il n’y a là que deux enfants, c’est-à-dire des petits hommes qui ne sont pas aussi dangereux que leurs pères. Les plus jeunes loups reviennent vers goupil. Goupil ne bouge plus, tendu sur ses pattes courtes, il montre les crocs, lui aussi, prêt à se battre jusqu’au bout, mais il cesse ensuite et geint, puis halète, inquiet et doux, laissant pendre sa langue, regardant vers les enfants qui le retiennent prisonniers. C’est inégal, il est seul face à cinq loups.

Que faire ?

C’est ce que Trim demande :

— Qu’est-ce qu’on fait ? Le pauvre, il va se faire manger.

Jeannot réfléchit aussi vite qu’il le peut.

— Mon vieux, pour maître goupil, il est en danger, mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que nous le sommes aussi. Le loup que tu vois là-bas, il a appelé sa horde. Ils vont venir à cinq ou dix de plus. Et nous sommes bien loin de chez nous.

— Alors ? demande Trim.
— Alors, il faut qu’on arrive à s’échapper. Seulement, si nous partons maintenant, ces loups nous courront sus (c’est-à-dire qu’ils nous courront après), et Dieu sait ce qui peut arriver avant que nous n’ayons retrouvé le village.
— Alors ? redemande Trim.
— Alors, je réfléchis.
— Tu me fais peur.
— Non, n’aie pas peur, mon ami. La bonne Vierge nous protège. Tu as ton couteau long ?
— Oui.
— Nous allons nous faire un épieu chacun, un bâton bien pointu, pour nous défendre. Mais pas ici. On n’a pas le temps. Il ne faut pas rester ici. Nous devons repartir vers le village.
— Pourquoi ? Que veux-tu faire, Jeannot ?
— Nous sommes passés tantôt dans une clairière, tu te rappelles ? où il y avait un beau tas de bois. Je le connais, cet endroit, cette clairière, on l’appelle l’Œil. Le bois qui est là, on l’a coupé il y a longtemps.
— Et alors ?
— Et alors, le bois doit être bien sec.
— J’y comprends rien.
— Réfléchis, Trim. Les loups ont peur du feu. Si nous allons à la clairière et que nous nous mettons au milieu d’un grand feu, je veux dire, si nous nous entourons de feu, nous ne risquons rien. Enfin, je crois.

Trim ne semble pas rassuré. Mais il fait confiance à Jeannot, qui a toujours su les sortir de mauvaises situations.

— On ne va pas brûler, au moins ?
— Mais non, nigaud, on va faire un grand cercle de feu, de dix ou douze coudées.
— Alors, dit Trim, on va jusque là-bas et on y fait un cercle de feu et on se met dans le cercle ?
— Oui, c’est exactement ça, dit Jeannot.
— Mais les loups ne nous laisseront pas aller jusque là-bas !
— Justement, j’y ai pensé. Nous allons lâcher le goupil. Je défais le nœud de la corde, tu vois, comme ça, tiens la corde.

Trim obéit et tient fermement la corde, qui passe toujours autour d’une branche. Jeannot défait le nœud.

— Voilà. Nous allons le lâcher, je vais crier et il partira aussi loin qu’il pourra. Alors, les loups lui courront après. Goupil arrivera sûrement à se sauver parce qu’il est petit et menu, et qu’il arrivera bien à se glisser dans un trou. N’empêche, les loups resteront là-bas, de son côté, et pas du nôtre. C’est pendant ce temps-là que nous partirons vers la clairière, et quand nous y serons, nous ferons un cercle de feu et nos épieux.

Trim réfléchit à son tour. L’idée lui semble bonne. Mais il va falloir courir vite.

— Les loups reviendront quand ?
— Dès qu’ils en auront fini avec goupil, ils reviendront sur nos traces. Ça nous laisse un peu de temps. Mais pas beaucoup. Peut-être une moitié d’heure. Il faut que nous soyons prêts à les recevoir à ce moment-là. Tu comprends ?
— J’ai faim.
— Moi aussi, j’ai faim. Mais nous ne devons pas y penser. Il faut juste suivre le plan sans hésiter ni perdre de temps. Nous n’aurons que quelques instants. Tu comprends ?

Pendant ce temps, Goupil tire toujours sur sa corde. Les loups l’approchent, ils sont sur le point de se jeter sur lui.

Trim a compris, il faut courir sans se retourner et atteindre la clairière. Il ne répond rien. Les deux garçons se tiennent prêts.

— Si je tombe, tu m’attends, hein ? dit Trim.
— Bien sûr. N’aie pas peur. Prends ton couteau en main, au cas où tu en aies besoin. Quand je te le dis, tu te mets à courir vers là-bas. Mais pas avant que je te le dise, d’accord ?

Trim fait un signe de tête et se tourne vers l’endroit d’où ils étaient venus.

— Prêt à sauter ?
— Prêt.

(suite au prochain épisode)

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