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La chanson de Roland : Partie 2

Ganelon le félon a trahi Charlemagne : il a reçu du roi Marsile de l’or et de l’argent pour faire mettre Roland à l’arrière-garde et lui tendre un piège.

Marsile a mandé par l'Espagne ses barons, comtes, ducs et capitaines. En trois jours, il en rassemble quatre-cent-mille, et par Saragosse fait retentir ses tambours.

Tous ses barons ont promis :

— A Roncevaux, j'irai combattre. Si j'y trouve Roland, il est mort, et morts Olivier et les douze pairs et tous les Français. L'Espagne restera libre.

Les soldats sarrasins

Les Sarrasins lacent leurs heaumes et ceignent des épées d'acier. Ils chevauchent, passent les vaux, passent les monts : enfin ils voient les oriflammes de France. Clair est le jour et beau le soleil : au soleil, les armes flamboient. Mille clairons sonnent. Les Français entendent ce grand bruit.

Olivier est monté sur une hauteur et voit venir les païens. Le plus vite qu'il peut, il vient aux Français, leur raconte tout.

— Du côté de l'Espagne, je vois venir tant de hauberts qui brillent, tant de heaumes qui flamboient ! Vous aurez une bataille, telle qu'il n'en fut jamais. Ganelon le savait, le félon, qui devant l'empereur nous désigna.

Roland l’encourage :

— Nous devons tenir, pour notre roi. Amis, que Dieu vous donne sa force !
Honni soit qui s'enfuit ! répondent tous les chevaliers.

Roland est preux et Olivier sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Olivier se penche vers son compagnon :

— Roland, sonnez votre olifant ! Charles l'entendra et les Français reviendront.
Jamais, répond Roland, je ne sonnerai mon cor pour des païens.  J'aime mieux mourir que choir dans la honte !

Puis, ils chevauchent sus aux Sarrasins et les affrontent sans trembler.

Durandal, lancée par Roland avec la force de l'archange Michel, serait aujourd'hui, plus de mille ans plus tard, fichée dans un rocher, à Rocamadour

Dans la bataille, Roland frappe avec Durendal, sa bonne épée. Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs.

L'un attaque, l'autre défend. Tant de bons Français y perdent leur vie ! Les païens meurent en foule et par milliers.

Marsile fait sonner ses cors, puis chevauche avec le reste de sa grande armée. Les chrétiens sont en grande détresse. Roland voit le grand massacre des siens. Il appelle Olivier, son compagnon :

— Ami, voyez tant de vaillants qui gisent là contre terre ! Je sonnerai l'olifant. Charles l'entendra, les Francs reviendront.
Ce serait déshonneur  ! répond Olivier. Quand je vous demandais de le faire, vous n'en fîtes rien.
Notre bataille est dure ! Je sonnerai mon cor, le roi Charles l'entendra.
Compagnon, c'est votre faute, si les Français sont morts. Si vous m'aviez écouté, Charles serait revenu ; cette bataille nous l'aurions gagnée ; le roi Marsile eût été tué. Aujourd'hui prend fin notre amitié.

Turpin l'archevêque les entend qui se querellent. Il vient jusqu'à eux et les reprend  :

— Sire Roland, et vous, sire Olivier, je vous en prie de par Dieu, ne vous querellez point ! Sonner du cor ne nous sauverait plus. Et pourtant, sonnez, ce sera mieux. Que vienne l’empereur, il nous vengera.

Roland porte l'olifant à ses lèvres. Il sonne à pleine force.

Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente grandes lieues on l'entend qui se prolonge.

Charles l'entend et l'entendent tous ses  chevaliers.

— Nos hommes livrent bataille ! C'est le cor de Roland !

Ganelon répond :

— De bataille, il n'y a point. Vous connaissez bien le grand orgueil de Roland, jamais il ne sonnerait pour appeler à l’aide. C’est un lièvre qu’il poursuit.

Roland sonne l'olifant.

Charles l'entend, et ses Français l'entendent.

— Ce cor a longue haleine !

Le duc Naimes répond :

— Roland livre bataille, j'en suis sûr. Il lance son appel. Celui-là même l'a trahi qui maintenant vous demande d'y faillir.

Le roi fait saisir le comte Ganelon. Il l'a remis aux cuisiniers de sa maison. Il appelle Besgon, leur chef :

— Garde-le-moi bien, comme on doit faire d'un félon.

L'empereur fait sonner ses cors. Les Français s'arment de hauberts, de heaumes et d'épées. Tous les barons de l'armée montent sur les destriers. Ils se disent l’un à l'autre :

— Si nous revoyions Roland encore vivant, avec lui nous frapperions de grands coups !

A quoi bon les paroles ? Trop de temps a passé. Le jour avance, sous le soleil resplendissent les armures. L'empereur chevauche, vif de colère et abattu d’angoisse.

Hauts sont les monts et ténébreux les vaux. A l'arrière, à l'avant, les clairons sonnent et tous ensemble répondent à l'olifant.

Roland regarde par les monts. Il voit tant de Français qui gisent morts, et les pleure en gentil chevalier :

— Seigneurs barons, que Dieu vous fasse merci ! Qu'il octroie à toutes vos âmes le paradis !

Roland est retourné à la bataille. Durendal frappe et résonne sur les cuirasses adverses. Les Francs sont hardis comme des lions.

— Je sais bien maintenant que nous n'avons plus guère à vivre. Frappez, seigneurs, des épées ! 

Marsile éperonne son cheval, il frappe Olivier en plein dos. Olivier sent qu'il est frappé à mort. Il tient son épée Hauteclaire.

Montjoie ! crie-t-il, ce qui est le cri des chevaliers.

Il appelle Roland, son pair et son ami:

— Sire compagnon, venez vers moi, tout près ; à grande douleur, en ce jour, nous serons séparés.

Olivier se couche contre terre. A haute voix, les deux mains jointes, il prie Dieu qu'il lui donne le paradis et qu'il bénisse Charles et douce France et Roland, son compagnon.

Olivier est mort, le preux Roland le pleure, de douleur et de colère empli. Au plus fort, il se remet à frapper.

Quatre cents Sarrasins se rassemblent. Roland, quand il les voit venir, se fait plus fort, plus fier, plus ardent. Il ne leur cédera pas tant qu'il sera en vie. Il monte son cheval Veillantif et combat avec son épée. Les païens s'enfuient. Le comte Roland chute et ne peut leur donner la chasse : il a perdu Veillantif, son destrier. Il est blessé et il sent la mort prochaine.

Il prie Dieu pour ses pairs et puis pour lui-même. Sur l'herbe verte, il est tombé.

Hauts sont les monts, hauts sont les arbres.

Or un Sarrasin le guette : il a fait le mort  ! Il se redresse, se saisit de l’épée de Roland.  Roland sent qu'il lui prend son épée. De son olifant, il frappe le sarrasin qui meurt.

— Durendal, que tu es belle et sainte ! dit Roland. Ton pommeau d'or est plein de reliques : une dent de saint Pierre et des cheveux de monseigneur saint Denis et du vêtement de sainte Marie. Il n'est pas juste que des païens te possèdent. Puisses-tu  ne jamais tomber aux mains d'un couard ! Par vous, j'aurai conquis tant de larges terres.

Devant lui est une pierre. Il y frappe dix coups, plein de deuil et de rancœur. L'acier grince, ne se brise ni ne s'ébrèche.

Roland sent que la mort le prend : sous un pin il s'est couché sur l'herbe verte. Sous lui il met son épée et l'olifant. Il a tourné sa tête du côté de l’Espagne : il a fait ainsi, voulant que Charles dise qu'il est mort en vainqueur. Pour ses péchés, il demande à Dieu pardon.

Roland est mort ; Dieu a son âme dans les cieux.

L'empereur parvient à Roncevaux. Il n'y a route ni sentier, pas une aune de terrain où ne gise un Français ou un païen.

Charles s'écrie :

— Où êtes-vous, Roland et Olivier ? Où est l'archevêque ? Où, le comte Olivier ? Où, le comte Bérengier ? Ivon que je chérissais tant ? Qu'est devenu le preux Anseïs ? Où est Gérard de Roussillon ?  Où sont-ils, les douze pairs ?

De quoi sert qu'il appelle, quand pas un ne répond ? Il tourmente sa barbe ; ses barons chevaliers pleurent ;

Le duc Naimes dit à l'empereur :

— Regardez en avant, à deux lieues de nous ; vous pourrez voir les sarrasins. Or donc, chevauchez ! Vengez cette douleur !

L'empereur fait sonner ses clairons ; puis il chevauche, le preux, avec sa grande armée. Les païens fuient, les Francs leur donnent la chasse. Au Val Ténébreux ils les atteignent, les tuent tous à coups frappés de plein cœur.

Les païens s'enfuient, car Dieu le veut. Les Francs, et l'empereur avec eux, les pourchassent.

Charles a gagné la bataille. Il a tombé les portes de Saragosse.

L'empereur s'est couché dans un pré. Cette nuit il n'a pas voulu se désarmer ; il garde son blanc haubert ; il garde lacé son heaume aux pierres serties d'or, et son épée Joyeuse ceinte.

Claire est la nuit et brillante, la lune. Charles est couché, mais son cœur est lourd, pour Roland et Olivier, ses douze pairs et les Français qu'à Roncevaux il a laissés morts.

Pour sa trahison, Ganelon fut tué, l’empereur fit justice.

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L’invention de la mongolfière

Voici l'histoire du premier homme dans le ciel.

Un voyageur de Lyon, venu présenter sa marchandise s’arrêtait un soir dans une auberge des faubourgs d’Avignon, à l’enseigne du « Bon repos ».

Poussant la porte, s'installant, il commanda un dîner qui se devait, selon lui, d'être copieux et de ne pas attendre.
— Fort bien, Monseigneur
, dit l’hôte avec un accent typique de la Provence, en s’inclinant. Nous ferez-vous l'honneur de loger à l'auberge cette nuit ?
Oui, mon cher, mais appelle-moi Monsieur. Je reste chez toi si tu as une chambre convenable et propre.
— Monsieur, toutes mes chambres le sont.
— J'entends: sans blatte, sans cafard, balayée, draps frais, rideaux opaques, couloir silencieux et une fenêtre côté cour. Voici de la monnaie sonnante et trébuchante, finit le voyageur qui semblait savoir ce qu'il voulait, en extrayant un demi-louis d’or de sa bourse.
— C'est bien trop, Monseigneur, vous me comblez.
— Pas du tout, tu me rendras la monnaie. Que crois-tu ?
— C'est ce que je voulais dire. Une nuit trente sols et un repas sept sous. Du vin avec ça ?
— A combien ?
— Cinq sous la pinte.

— Donne-m'en de six.
— Pardon ?
— Donne-m'en de six sous la pinte. A cinq sous, je crains que ton vin soit du vinaigre.
— Oui, j'ai un vin de six sous. Il est meilleur.
— S'il est plus cher, c'est assez naturel, non ?
— Monsieur est perspicace.
— Très.
Mets-m'en pour trois sols.
— Une demi-pinte pour Monseigneur
, dit l’aubergiste en s’inclinant légèrement, affable. Le voyage de Monseigneur a-t-il été agréable ?
— Il a été long. Mais la route est belle.
— Sans doute, je ne la connais pas, je n'ai jamais quitté le bourg, de toute ma vie.
— Le bourg ? Mais mon pauvre ami, ne veux-tu pas voir l'Italie, l'Angleterre, les Alpes vertigineuses ?
— Certainement pas ! si du moins Monseigneur me permet. Ces endroits sont peuplés de gens qui, pour ce qu'on en dit, nous ont fait trop de malheurs; quant aux montagnes, elles sont infestées de loups.
— Tu es une bonne bête, mais tu ne verras rien du monde !
— Monseigneur voyage; moi, je ne vaque qu'à mes affaires...
— Cesse donc de m'appeler Monseigneur, je te l'ai dit, je ne suis qu'un sujet du roi, comme toi. J’ai nom Joseph Montgolfier, humble fabricant de papiers.

Ce Joseph Montgolfier-là n'imaginait pas une seconde comment, dans quelques heures, lui viendrait une idée qui amènerait un changement complet dans la direction du monde. Il découvrirait une invention.

Installé à une table de bois noirci, près de la cheminée, étendant avec plaisir ses jambes engourdies par le long trajet en diligence, le papetier se restaure d'un repas correct. Après le repas, rassasié, il s’attarde un instant à contempler les braises rougeoyantes. Le lendemain, il aurait à finir sa route pour présenter ses papiers aux riches bourgeois d’Avignon. Pour l'heure,il se sent bien, au chaud.

Après une nuit calme, Monsieur est réveillé à l’aube par les pépiements des moineaux dans l’olivier devant sa fenêtre. Un soleil timide perce à peine derrière les nuages et l’air est très frais. Enroulé dans une couverture, il se lève en frissonnant pour aller ranimer le feu qui lui a fait tant de bien la veille au soir. Jetant des brindilles sèches, puis calant une bûche, il reste près du foyer pour se réchauffer un peu, regardant les flammes rouges et or s’élever.

— Peste ! tôt ou tard, il va me falloir enfiler mes habits tout froids… Tiens, mais si je les réchauffais un instant près du feu ?

Aussitôt dit, aussitôt fait. Attrapant sa chemise par le col, il étend le bras dans la cheminée, tenant son vêtement bien au-dessus des flammes. Un moment après, la chemise réchauffée se gonfle comme un ballon et se fit toute légère. Joseph en est très surpris.

— Dame ! Mais elle se serait envolée ! pense-t-il en s’habillant.

Il part faire la tournée de ses clients. En fin de matinée, il se présente chez le gouverneur militaire de la ville, le sieur Dubretol, où un autre incident le rendra plus songeur encore.

Joseph de Montgolfier

Montgolfier, notre cher fournisseur ! entrez ! tenez, asseyez-vous là en attendant que mon épouse nous rejoigne, elle veut un nouveau papier pour les murs de sa chambre.
Je l'attendrai avec vous, Excellence.
— Voulez-vous un café ? Il vient de Paris, il est de mode, paraît-il.
— Volontiers, Monsieur, fait le papetier. Puis, comme le silence se fait et que le gouverneur tient en main un gravure qu'il observe en oubliant son visiteur, Joseph se racle la gorge et son hôte se redresse aussitôt :
— Pardonnez-moi, cher ami ! Je manque à mes devoirs. Ceci est une gravure qu'on vient de me faire parvenir et qui me laisse songeur. Voulez-vous y jeter un coup d’œil ?
— Si votre Excellence le juge utile.
— Que voyez-vous ?
— Une... ville; des troupes. Un siège militaire, je suppose ?
— Les Espagnols font le siège de Gibraltar. La voici sous vos yeux. Une ville fortifiée, entourée de remparts. Encercée, mais sans résultats ! Les murs sont trop épais pour les boulets, less canons ne sont pas assez puissants. Que dites-vous de cela. Ah ! naturellement, si l'on pouvait voler…
Voler ? répéta avec surprise Montgolfier.
— Pure spéculation, ou plaisanterie enfantine, pardonnez-m'en.
— Pure spéculation, dites-vous. Eh ! bien. A vrai dire...
— Hm ?
— La chose, je veux dire voler, semble en effet impossible, mais il vient de m'arriver un petit incident...
— De quel ordre ?
— D'ordre aérien. Voler est peut-être possible, voyez-vous !
— Vous vous moquez, sans doute. Ce qui est plus lourd que l'air ne vole pas.
— Mais les oiseaux volent. Et ils sont plus lourds que l'air.
— Ma foi, vous avez raison. Mais... ils sont pourvus d'un appareillage, leurs ailes, leurs muscles, impossibles à reproduire !
— Supposons maintenant une feuille de papier. Elle s'envole, quand elle est prise dans le vent. Est-elle plus lourde ou plus légère que l'air ?

Le gouverneur se sent un peu dépassé par une conversation sans doute amusante, mais purement imaginative.

— Ce n'est pas avec une feuille de papier que nous gagnerons la guerre, mon cher. A moins qu'il s'agisse de l'ordre de reddition de l'ennemi ! Mais vous êtes un garçon intéressant, imaginatif. Attention que vos idées ne vous conduisent pas à la misère; ça s'est vu ! Mais je suis votre ami, et toujours ravi de causer avec vous.

A ce moment, l'épouse du gouverneur fait son entrée et l'on s'en tient là. Mais Montgolfier est maintenant plongé dans la plus profonde réflexion, ou plutôt dans la plus technique des réflexions. Car c'est un esprit pratique, bricoleur, concret. Il se voit fabriquer une voile suspendue au-dessus d'un feu, ce feu porté sur une plateforme et la voile soulevant la plateforme. Poids, équilibre, solidité de la voile, tout se bouscule dans son esprit tumultueux et il lui faut impérativement courir à ses calculs, à ses papiers, à ses matières en papier.

Ces deux incidents, celui de la chemise soulevée au-dessus du feu et cette phrase qu'a eu le gouverneur l'ont inspiré.

Il fut sans tarder de retour chez lui, à Annonay, village de la plaine du Rhône. A peine sautant de voiture:

— Etienne ! Etienne ! appelle-t-il son frère, je crois que j’ai eu une idée !
Encore ! soupire Etienne qui sort de sa maison à sa rencontre. Monsieur mon frère, allez-vous bien, tout d'abord ?
— Mais oui, à merveille ! fait Joseph, pressé de parler, jetant les deux mains vers son frère comme s'il allait lui déverser une livre de fleurs. Tenez, que je vous explique...
— Comment fut la route ?
— Mais oui, vous dis-je !
— Mais oui quoi ?
— Parfaite. Donc...
— Du danger ?
— Bien sûr, bien sûr...
— Quoi, des encombres, des brigands?
— Mais pas du tout !
— Aucun danger ?
— Mais qu'allez-vous me raconter avec votre danger ? Je vous dis que...
— Vous me dites "bien sûr", quand je vous demande s'il y a eu du danger...
— Mais je vous dis oui à tout si c'est ce que vous voulez entendre !
Je...
— Avez-vous, enfin, rempli le carnet de commandes ?
— Des commandes, il y en a. A la fin, me laisserez-vous parler ?
— Tant que le carnet de commandes est plein...
— Il est bien question de carnet de commandes !
Au diable les commandes !

Cette fois, Etienne se tait, un sourcil relevé.

— Ecoutez plutôt : nous allons fabriquer des ballons en papier. Des ballons volant. Entendez-vous ? Connaissez-vous Gibraltar ? L'Espagnol en fait le siège avec ses troupes.

Etienne essaye à nouveau :

— Ouh ! là, en voilà des discours ! Expliquez-vous. Gibraltar, des ballons, des troupes ?
— Oui. Des ballons, des troupes, c'est ça, exactement ! Imaginez que ces troupes puissent passer les murs sans encombre ?
— Avec des ballons volants ?
— Avec des ballons volants.
— Et comment un ballon volerait-il ?
— Avec de la chaleur.
— Laquelle ?
— Celle d'un feu. La chaleur monte, j'en ai fait cette expérience malgré moi: ma chemise, au-dessus de feu, elle s'est soulevée !
— Oui, la chaleur monte, on le sait. Mais, mon pauvre ami, vous me parlez de ballon en papier, pour passer des murs. Trois coup de mousquet de la part des soldats assiégés et votre ballon est par terre !
— Evidemment... Mais, insista Joseph après avoir regardé un court moment vers l'horizon, si le ballon pouvait s'élever loin, haut, hors de portée des fusils ?
— Sans doute, mais quel intérêt ?
— Voir ! Connaître la dispositions des défenseurs. Ses réserves en munition. Son organisation. Le côté où il est le plus faible ! Mille choses enfin que les soldats ont besoin de savoir. Et si ce ne sont pas les soldats, voir Paris, ses rues, ses faubourgs ! voir les montagnes, en faire les relevés cartographiques. Voir la mer et deviner les bateaux avant qu'il soient à portée des côtes !

Etienne se tait. Il comprend enfin ce que signifie cette agitation chez Joseph. Il a effectivement eu une idée. Voilà qui vaut de s'y arrêter.

— Je vois ce que vous voulez dire. Enfin, je le crois.
— Préparez du tissu de taffetas, du cordage et vous verrez l'une des choses les plus étonnantes du monde !
Tenez, voyez mon dessin. Nous allons coudre des larges pièces de tissu, pour former une énorme boule. Il faudra laisser une ouverture en bas par laquelle la chaleur d'un feu entrera. L'enveloppe du ballon en sera gonflée, l'ensemble allégé, puis, si je ne m'abuse, on devrait le voir s'envoler.
— Voyons cette brillante idée, fit Etienne, renonçant à résister à une telle impétuosité.

Dans la manufacture des Montgolfier, tous s’unissent pour fabriquer le ballon.

— Commençons d’abord par fabriquer un petit modèle, décrète Joseph.
Tenez, cher ami, lui propose sa femme Thérèse, voici une grande pièce de tissu en soie de Florence. Je la gardais pour doubler des gilets, mais elle conviendra à votre projet.

C'est décembre 1782 et dans la cour de la manufacture, tous les ouvriers assistent à la première. Un feu brûle et produit sa chaleur. L'enveloppe en tissu se gonfle effectivement. Puis, à la stupéfaction générale, le ballon s’élève !

— Il vole, il vole ! crie Joseph, fou de joie, qui prend son frère dans les bras, passe à un autre, danse en rond.
— M
on frère, pour cette fois, en effet, quelle idée vous avez eue ! Le monde va en être révolutionné...
— C'est la première fois de l'histoire que cela se produit. Entendez-vous ? C'est donc qu'on peut voler !
— Tout au moins, pour l'instant, on peut envoler un objet. Un homme, c'est autre chose. C'est un fameux poids.
— Fabriquons-en un autre. Plus gros !
— Vous ne comptez pas faire voler un homme ?
— Non, bien sûr, faisons un poids équivalent à un homme, pour commencer, et voyons quelle force il faut pour l'envoler. Et puis, pourquoi pas, une bête, un mouton par exemple !
— Oui, bien sûr, c'est ce qu'il faut faire.
— Mais, s’inquiète Adélaïde, l'épouse d’Etienne, il ne sera pas facile de trouver assez de soie.
Nous ferons l'enveloppe en grosse toile, répond Joseph, renforcée par une épaisseur de papier qui la rendra aussi imperméable que la soie.

Après plusieurs mois de travail, un ballon considérable fut enfin prêt. Dans la cour du couvent des Cordeliers, on alluma un grand feu. Les bûches se mirent à flamber, et petit à petit, le ballon se gonfla, enfla, se déploya dans les airs. Il était entravé par de solides cordes, retenues par huit ouvriers.

— Regardez, Etienne ! s’écria Joseph au comble de l’enthousiasme.
Oui, mon frère, mais quelle fumée ! répondit l’autre en toussant.

Le ballon, qui ne portait aucun homme mais une charge équivalente, s’éleva du sol, se mit à tendre les cordes que les hommes tenaient fermement.

— Il veut s’envoler, monsieur Montgolfier !
Lâchez tout ! ordonna Joseph.

Aussitôt, le ballon s’envola dans le ciel et commença son voyage aérien. Tous les spectateurs, poussant des cris d’étonnement, le suivirent des yeux. Le ballon monta à mille mètres de haut, avant de redescendre et de s’affaler au sol à trois kilomètres de là, sans aucun accident.

Le second essai de cette spectaculaire invention avait attiré de nombreux spectateurs.

— Quelle est cette diablerie ? s’étonnaient les uns.
Quelle invention merveilleuse ! se réjouissaient les autres. On dit que cela s'appelle un aérostat. Ce sont les frères Montgolfier qui l'ont inventé.

On en parla tant que la nouvelle arriva jusqu’aux oreilles du roi Louis XVI. Le roi, qui avait grand goût pour les inventions, invita les deux frères à faire une démonstration de leur œuvre devant lui et la Cour. Les Montgolfier firent assembler un autre ballon, encore plus grand, auquel une grande cage était solidement arrimée.

Un fermier s’approcha, y fit grimper un mouton, qui bêlait d’un air apeuré, puis un coq, qui battait des ailes et enfin un canard, qui lançait des « coin-coin » indignés et qui semblait ne pas trouver convenable qu'on le forçat à monter.

— Quel vacarme ! Que faites-vous donc de ces pauvres bêtes ? s’inquiéta madame de Montgolfier, resserrant autour d’elle les pans de son long châle jaune.
Chère amie, nous avons convenu de les faire voyager par air. Je veux voir s’ils vont survivre à si haute altitude !

Le vol fut une réussite ; le mouton, le canard et le coq revinrent en parfaite santé.
Bravo, Messieurs ! les félicita le roi. C'est un jour dont l'Histoire gardera mémoire, je vous l'assure. Mais, selon vous, verra-t-on un jour des hommes aller ainsi dans le ciel, après ces bonnes bêtes ?
— Certainement, Sire, si un gouvernement le décide.
— Qui oserait cette aventure risquée ?
Moi ! s’écria un jeune homme assez téméraire pour s'avancer au milieu de la foule, moi, je le ferai ! J’ai toujours rêvé de m’envoler dans les airs, dit-il d'un air enjoué en s'approchant, c’est une chance que je ne laisserai pas passer !
— Et qui êtes-vous ?
— Je me nomme Pilâtre du Rozier, Sire.
— Si ce jeune homme vous paraît convenable, Messieurs... Eh !
bien, c’est d’accord. Vous conduirez cet essai au château de la Muette. Faites le nécessaire, Messieurs, pour que Monsieur... du Rozier, c'est cela ? nous revienne sain et sauf. Je ne veux pas que l'un de mes sujets ait à payer le prix de l'innovation que vous avez eu la grâce de me présenter.

C’est ainsi que, le 21 novembre 1783, le roi et près de trois cents curieux se rassemblent. Les frères Montgolfier, très émus et agités, supervisent les préparatifs du vol.

— Si le ballon allait ne pas s’envoler ! s’agite Joseph.
S’il allait ne pas redescendre ! rétorque Etienne, un peu pâle, ou atterrir dans la Seine, ou se prendre dans les arbres de la forêt de Marly !
A la grâce de Dieu ! lance Pilâtre du Rozier, impatient de s’envoler.

Il enjambe lestement la nacelle, nouant autour de son cou une vaste cape de laine.

— Il doit faire terriblement froid, là-haut ! Allons, houspille-t-il les ouvriers, faites donc flamber ce bois. Il faut qu’il ronfle comme en enfer !

La magie opère encore une fois. Soulevé par l’air chaud, le ballon s’envole dans les airs sous les applaudissements de la foule. Après avoir survolé la plaine de Chaillot, il redescend sur la Butte-aux-Cailles, près de Paris, sous les acclamations du peuple.

— Décidément, bravo, Messieurs de Montgolfier ! les félicite le roi, ravi, jovial presque, chaleureux et visiblement passionné. C’est la première fois, me dit-on, qu’un homme peut voler comme un oiseau. La France est fière de vous !
— C
omment allons-nous appeler cette engin volant ? demande la reine.
— Ma mie, ce sera... disons,
la "Montgolfière", qu'en dites-vous ?

La chanson de Roland : Partie 1

Oyez, mes enfants, la chanson de Roland le preux, qui perdit la vie pour défendre la douce France et son roi.

L’empereur Charles le Grand sept ans durant guerroya en Espagne. Il ne restait presque plus qu'une cité pour lui résister, c'était Saragosse, tenue par le roi Marsile, un païen.

En ce temps-là, Marsile s’inquiétait : allait-il perdre sa ville ? Il manda ses ducs et ses comtes et leur déclara :

— Voyez, seigneurs, quel mal nous guette. Notre armée n'est pas de force à vaincre les Francs. Conseillez-moi, hommes sages.

Blancandrin, un chevalier, lui répondit :

— Envoyez des paroles d’amitié à l’empereur Charles, envoyez-lui des cadeaux, de l'or. Promettez-lui  que, s’il s’en retourne dans son palais d’Aix, vous l’y rejoindrez pour recevoir le baptême des chrétiens et devenir son fidèle vassal. L’empereur une fois reparti dans son pays, nul ne pourra vous obliger à l’y rejoindre.

Une fois sa décision prise, le roi Marsile appelle ses barons Clarin de Balaguer, Priamon,  Guarlan le Barbu et Blancandrin :

— A Charlemagne, seigneurs barons, vous porterez des branches d'olivier, en signe de paix, et vous lui ferez mes promesses.

Les messagers partent vers Charles, avec l’intention de le tromper. L'empereur se tient dans un jardin, sur un trône d’or pur. Les messagers le saluent.

— Salut, Charles le Glorieux ! Entendez le message du roi Marsile. Il vous donnera ours et lions, sept cents chameaux et quatre cents mulets chargés d'or, si vous retournez à Aix. Le roi Marsile vous suivra pour recevoir le baptême et vous jurer obéissance, il vous le promet.

Le sacre de l'empereur Charlemagne

L’empereur renvoie son conseil et fait dresser des tentes pour les messagers.

Le lendemain de grand matin, l'empereur écoute la messe. Puis, il appelle ses barons : l'archevêque Turpin et Acelin le preux comte de Gascogne, Thibaud de Reims et son cousin Milon, le comte Roland et Olivier, son noble ami, enfin Ganelon.

— Seigneurs barons, dit l'empereur Charles, vous avez entendu hier les promesses du roi Marsile. Mais je ne connais pas le fond de son cœur.

Roland répond :

— Malheur à vous, si vous croyez Marsile ! Voilà sept ans, il a fait périr des messagers que vous lui aviez envoyés. Faites la guerre comme vous l'avez commencée ! Menez à Saragosse votre armée et vengez ceux que le félon fit périr.

L'empereur lisse sa barbe, arrange sa moustache et garde le silence. Ganelon, à son tour parle, d'une autre voix :

— Le roi Marsile promet qu'il deviendra votre vassal. Il a perdu la guerre : tous ses châteaux, vous les lui avez détruits ; ses bourgs, vous les avez brûlés. Aujourd'hui qu'il vous implore merci, ce serait péché que de poursuivre cette guerre.

Les barons français approuvent :

— Il a bien parlé !

Alors Charlemagne, qui sait que Marsile est félon, demande :

— Seigneurs barons, qui enverrons-nous à Saragosse ?

Roland, jeune et enthousiasme, se dresse : « Moi, j’irai, seigneur roi ».

Mais l’empereur Charles refuse :

— Toi, non. Je veux garder près de moi mes douze pairs ! Chevaliers, choisissez un baron de ma terre, qui porte à Marsile mon message.Il me faut un homme qui soit aussi roué que l'est Marsile, aussi rusé que lui.

Alors Roland dit : « Envoyez donc Ganelon !»

Le comte Ganelon est en effet un personnage malin; mais voilà que celui-ci blêmit, saisi de peur. Rejetant son manteau de fourrure, il se lève, superbe dans son bliaud de soie.

— Moi, y aller ? Tu veux ma mort, Roland ! Tu sais que Marsile peut me faire tuer quand il lui plaira.
— Et pourquoi parles-tu ainsi ?
Je n’ai pas peur quant à moi ! Si le roi le veut, j’irai à votre place.

L'affront cette fois est complet. Ganelon se sent injurié.

Tu n'iras pas à ma place ! répond Ganelon. Puisque Charles commande, j'irai à Saragosse ; mais ma colère contre toi ne fait que commencer.

L’empereur prend la parole.

— Ganelon, approchez ! recevez le bâton et le gant. Vous l'avez entendu : les Francs vous ont choisi.
Sire, dit Ganelon en sa fureur, c'est cause de ce que Roland m'a nommé !

L'empereur lui tend son gant, mais Ganelon le laisser tomber au sol. Les Français s’exclament :

— Dieu ! quel signe est-ce là ? De cette rencontre nous viendra-t-il un malheur ?

Le comte Ganelon a fixé des éperons d'or à ses pieds, il ceint Murgleis, son épée. Sur Tachebrun, son destrier, il monte et se met en chemin. Sous de hauts oliviers, il rejoint les messagers sarrasins. Or voici qu’avec Blancandrin, l’ami du roi Marsile, il cherche déjà à se venger de Roland.

Tant chevauchent-ils par voies et chemins qu'à Saragosse ils arrivent. A l'ombre d'un pin, un trône est dressé, enveloppé de soie d'Alexandrie. Autour du roi Marsile, vingt mille Sarrasins font silence pour ouïr les nouvelles.

— Salut, ô roi ! commence Blancandrin. Nous avons porté votre message à Charles. Voici Ganelon, un noble baron qui vous apprendra si vous aurez la paix ou non.

— Qu'il parle ! ordonne Marsile.

Saragosse, aujourd'hui

Ganelon a fort bien préparé sa réponse :

— Salut, au nom de Dieu ! Voici ce que vous mande Charlemagne, le preux : si recevez la sainte loi chrétienne, il vous donnera la moitié de l'Espagne en fief. L'autre moitié, Roland l'aura. Si vous refusez, vous mourrez de mort honteuse et vile.

Le roi Marsile a frémi de colère, il a failli se jeter sur l'homme, mais les Sarrasins, à grand peine, l’ont retenu. Marsile se calme et parle en secret avec ses conseillers.

— Ganelon nous servira, dit Blancandrin, il me l'a juré.  

Il prend Ganelon par la main droite et le conduit jusqu'au roi. Là, ils débattent la trahison.

Les Sarrasins

— Beau sire Ganelon, lui dit Marsile,  parlez-moi de Charlemagne. Il est vieux ; quand sera-t-il las de guerroyer ?
Jamais, répond le traître, tant que vivront son neveu Roland et Olivier, son compagnon, et les douze pairs, que Charles aime tant.
Mais, sire chevalier, dit le roi de Saragosse, j'ai une grande armée de quatre-cent mille chevaliers ; dites-moi si je puis battre Charles et les Francs ?
Que nenni ! répond Ganelon. Vous y perdriez vos soldats. Donnez à l'empereur tant de cadeaux qu'il repartira vers la France. Derrière lui il laissera son arrière-garde de vingt mille hommes, là seront Roland et Olivier. De vos païens, envoyez-leur cent mille et qu'ils leur livrent une bataille. Roland mourra et Charles ne voudra plus guerroyer contre vous.

Marsile prend Ganelon par l'épaule et lui dit :

— Je vous donnerai dix mulets chargés d'or fin. Arrangez-vous pour que Roland soit bien à l'arrière-garde. Je lui ferai livrer une bataille à mort.

Ganelon promet :

— Sur ma foi, je le ferai.

Puis il monte à cheval et reprend sa route.

Il arrive au camp de l’empereur un matin que le jour se lève. Devant sa tente, Charles se tient debout sur l'herbe verte. Roland est là, Olivier et beaucoup des autres.

Ganelon avec ruse se met à parler :

— Salut, ô roi de par Dieu ! Je vous apporte les clefs de Saragosse et un grand trésor. Sire, rentrez en votre pays et soyez sûr que, d’ici un mois, Marsile vous suivra au royaume de France. Il se fera chrétien et deviendra votre vassal.

Charles le Grand dit :

— Que Dieu soit remercié ! Vous m'avez bien servi, Ganelon, vous en aurez faste récompense.  

Par l'armée, on fait sonner mille clairons. Les Francs lèvent le camp. Vers douce France tous s'acheminent.

Le jour s'en va. Le comte Roland attache à sa lance le gonfanon et l'élève vers le ciel : à ce signe, les Francs dressent leurs tentes.

Or, par les larges vallées, les païens chevauchent, le heaume lacé, l'épée ceinte, l'écu au col. Dans une forêt, au sommet des monts, ils ont fait halte. Ils sont quatre cent mille. Dieu ! quelle malheur que les Français ne le sachent pas !

La nuit passe toute, l'aube se lève diaphane. Par les rangs de l'armée, l'empereur chevauche fièrement.

— Seigneurs barons, dit Charlemagne,  voyez les étroits passages : choisissez qui fera l'arrière-garde.

Ganelon répond :

— Ce sera Roland : nul n’est vaillant comme lui.

Roland s'est entendu nommer. Alors il parla comme un chevalier doit faire :

— Sire Ganelon, je vous remercie de me choisir pour l'arrière-garde. Charles n'y perdra ni palefroi ni destrier que je ne défende de mon épée. Sire empereur, donnez-moi vingt mille Français vaillants. En toute assurance passez les monts.

L'empereur garde la tête baissée. Il lisse sa barbe, tord sa moustache. Il craint un malheur car l'arrière garde est toujours le point faible de l'armée. Roland est en selle sur son destrier. Avec lui vient son compagnon, Olivier et Oton et Bérengier et Anseïs le fier et Gérard de Roussillon et avec eux, vingt mille autres chevaliers.

Hauts sont les monts et sinistres les défilés. Le vent s'y engouffre les poussant dans le dos. L'ombre les enveloppe bientôt. Les Français passent à grand peine. Quand ils ont franchi les Pyrénées et parviennent en France, il leur souvient que leurs fiefs et leurs nobles femmes les attendent. Pas un qui n'en pleure de tendresse. Mais Charles est plein d'angoisse : à l'arrière, loin encore dans les monts d'Espagne, il a laissé Roland et ses douze pairs.

(à suivre)

La terrible bataille des anges pour Noël, histoire pour enfants

Un jour, quelques années avant l’an zéro, il y eut un grand remue-ménage dans le Ciel. On disait que le grand patron, le chef des chefs, le roi suprême, celui qui commande aux archanges[1] qui commandent aux myriades d’anges, avait décidé de descendre sur Terre.

Lui, sur Terre !

Une histoire impensable.

Si cela devait avoir lieu, quel déménagement ! Le cortège de Dieu devait traverser l’Univers. Il faudrait que les anges s’y mettent sérieusement, ce serait comme lors de la Création du Monde, un travail titanesque ! Pis que titanesque : angélique, archangélique ! Cent montagnes à déplacer ou mille écuries d’Augias à récurer eussent été une tâche autrement plus légère !

Déplacer le patron, déménager le Big One ! Vous imaginez ? Nous autres, ici bas, on se fait tout un pataquès de déplacer un président de la République en province, alors pensez : déplacer Dieu ! Autant essayer de balayer les étoiles à gauche de l’Univers et les trous noirs à droite. Autant se servir d’un pied de biche pour soulever Saturne ou de transporter mars à coups de brouette. Dieu, il a quelques millions de galaxies dans la poussière de l’ourlet de son pantalon. Pour le bouger, il allait falloir quelques milliards d’armées de tractopelles !

On murmurait chez les anges. Jusqu’aux plus hauts des anges, la stupéfaction emplissait tout. Il n’y avait que le petit groupe des Sept autour du trône[2], le groupe des archanges dont… La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

Guillaume Tell Histoire de grand homme

Guillaume Tell raconté aux enfants

L'Histoire que voici est une histoire qui mêle des faits historiques et une part de légende. Il est très difficile de savoir ce qui s'est exactement passé. Mais dans cette histoire de Guillaume Tell racontée aux enfants, j'ai essayé de vous esquisser le cœur le plus intéressant de l'histoire.

La dure saison d’hiver approchait, chassant le soleil.

Le lac se couvrait de lourdes vagues soulevées par un vent glacial et menaçant.

Guillaume Tell raconté aux enfants

Les pêcheurs rentraient leurs barques et se préparaient à réparer leurs filets. Les nuages tombant sur eux, les vachers du canton d’Unterwald dirent adieu aux pâturages. Dans un tintement de cloches et de meuglements, les troupeaux redescendaient dans la vallée.

Les monts et les plaines revêtaient leur manteau de neige et de glace. Les chasseurs de chamois du canton d’Uri entendaient le tonnerre gronder derrière les sommets des montagnes. Du haut des sentiers verglacés, la vallée s’étendait à leur pied comme une mer de brume.

Cela se passait au 13e siècle au pays d’Helvétie (que l’on appelle maintenant la Suisse). Les trois cantons de Shwytz, d’Huri et d’Unterwald formaient un petit monde à part sur les bords du lac de Lucerne.

Le lac de Lucerne https://lhistoiredusoir.com guillaume tell raconté

Le lac de Lucerne

On y vivait en paix, dans le droit et la justice. Jadis, l’empereur d’Allemagne, Rodolf de Hasbourg, avait autorisé les citoyens des trois cantons à se gouverner eux-mêmes, en récompense de leur fidèle attachement à l’Empire… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). .

A la mort de Rodolf, son fils Albert, le Duc Noir, avait reçu le duché d’Autriche en héritage. Il ne respecta pas les édits accordés par son père, et traita les cantons suisses en pays conquis. Il y installa des baillis autrichiens, qui gouvernaient en son nom. Certains d'entre eux, dit-on, se montrèrent injustes.

C’est ainsi qu’un jour, au début de l’hiver, il y eut un incident. Sur la rive du lac, un batelier sifflotait en rangeant sa barque dans son abri, aidé de son ami, un certain Guillaume Tell, connu pour être un chasseur adroit. Soudain, ils entendirent les pas d'un homme qui accourait.

— Eh ! mais voilà notre camarade Baumgarten ! s’écria le batelier.

Baumgarten, hors d’haleine, s’arrêta près d’eux.

— Pour l’amour de Dieu, batelier, ressors ta barque ! Transporte-moi vite de l’autre côté du lac !
— Eh, là ! l’interpella Guillaume. Qu’est-ce qui te presse tant, camarade Baumgarten ?
— Ah ! c’est toi, Guillaume ! répondit l’homme. Les soldats me poursuivent. Je suis un homme mort s’ils m’attrapent. Je viens de tuer le bailli d’Unterwald d’un coup de hache !
— Tué, le bailli ? fit Guillaume Tell. Voilà une mauvaise affaire. Du moins pour toi. Ce maudit bailli a fait trop de mal pour que je le regrette, que Dieu ait son âme ! Mais te voilà en danger, désormais.
— Oui, fit Baumgarten, il me faut passer le lac, et vite. Batelier ! Mène-moi donc sur l’autre bord !
— Mais comment voulez-vous que je fasse ?! s’exclama le batelier. Le vent est déchainé ! Voyez comme le lac se soulève !
— Il y va de ma vie, batelier ! le supplia Baumgarten. Pense à ma femme et à mes enfants !
— Moi aussi, j’ai femme et enfants ! fit le batelier. Je ne veux pas risquer de me noyer ! Aucun homme de bon sens ne tenterait de traverser le lac aujourd’hui !

Alors Guillaume Tell dit calmement, avec un calme étrange d'ailleurs :

— Il faut venir en aide à celui qui demande du secours. Donne-moi ton bateau, ami ! Allons, Baumgarten, nous allons traverser ensemble.
— Merci, Guillaume, tu me sauves la vie.
— De nos jours, reprit Guillaume Tell, il vaut mieux confier sa vie aux mains de Dieu qu’à celle des hommes.Lire davantage

Découverte de la grotte de Lascaux racontée aux enfants

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Un jour, des amis aventureux partaient avec en tête l'idée de trouver un trésor. La légende qui circulait parmi les gens du village voulait que le seigneur de Lascaux, dont le château aujourd'hui en ruine dominait la ville de Montignac, eût caché ses richesses dans le souterrain traversant la colline.

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Cette histoire commence comme un roman d’aventures, mais c’est une histoire vraie. Elle s’est passée en 1940, quand vos grands-parents étaient encore, je suppose, des bébés au berceau ou même pas nés. D'ailleurs, quand sont nés vos parents ? Et leurs parents, le savez-vous ?

Cette année-là, la France était en guerre. Mais le Périgord, cette belle région du Sud de la France, était en zone sans guerre, loin du front et du bruit des armes.

Une innocente ballade entre amis allait finir par changer beaucoup de choses.

Ce dimanche de septembre, six garçons, presque des hommes, s’étaient promenés sur les collines, dans les châtaigneraies, au travers les prairies grasses parsemées de fleurs. Ils avaient flâné agréablement, cherchant, comme tant d’autres garçons avant eux, la mystérieuse entrée du souterrain au trésor. L’heure s’avançant, ils s’en retournaient au village, discutant gaiement et jetant machinalement des cailloux sur le côté ou mâchouillant un brin d'herbe.

Un chien aux longs poils roux, tournant autour d’eux à se faire presque marcher dessus, jappait après les papillons, reniflant la piste d’un… (...) la suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.Lire davantage

Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique

Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique

Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique

Histoire pour enfant Egypte antique

Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique

Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

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L’Île au trésor histoire pour enfants

« Debout, Jim! » lance sa maman depuis la cuisine. « Il faut nettoyer l'auberge. »

« Encore et toujours nettoyer l'auberge » marmonne Jim en glissant hors du lit.

Il descend à la cuisine, où sa mère Rose l'accueille d'un baiser sur le front. « Déjeune rapidement, fiston. Tu dois préparer la chambre d'invité, car nous avons un client. »

Jim soupire. « J'allais jouer aux pirates avec les amis du village » maugrée-t-il.

Sa maman rit doucement. « Ce sera pour une autre fois. Allez, mange ton gruau, et au travail ! »

Jim avale son repas et court chercher les draps propres sur la corde à linge dans la cour.

Il s'arrête net à la porte. Un homme lui bloque le chemin. Il porte un long manteau sombre à large collet, un chapeau cornu et une barbe épaisse. « Un pirate ! » pense Jim.

« Ouste, chenapan! » grommelle l'homme avant de se mettre à tousser. Il a un œil abîmé, presque blanc.

Treasure island L'Île au trésor

C'est le client attendu de l'auberge. Jim propose son mouchoir propre à l'invité. L'homme le saisit et se mouche bruyamment. « Bernard le Borgne te remercie, matelot, » lui dit-il.

En changeant les draps dans la chambre, Jim observe les quelques biens de l'homme : une grosse malle et un petit coffre orné de ferrures. « Un trésor de pirate », murmure le garçon.

malle

« Qu'as-tu dit ? » tonne soudain une grosse voix derrière lui depuis le chambranle de la porte. Jim se tourne pour voir l'invité le regarder avec suspicion et, il faut le dire, comme avec une menace dans les yeux. « Hors de ma chambre ! » lui ordonne-t-il. « Ce n'est pas un petit marin d'eau douce comme toi qui va me ravir... mon trésor. » Il a dit ces mots presque en les murmurant. Finalement, l'étranger chasse Jim de la chambre et verrouille la porte de sa chambre derrière lui.

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Le lendemain, l'inquiétant étranger ne descend pas pour le petit déjeuner.

« Jim, va cogner doucement à sa porte » lui demande sa mère.

trou_serrureJim monte et cogne à la porte, mais pas de réponse. Il regarde par le trou de la serrure. L'homme n'est pas étendu dans son lit, mais sur le sol.

Il descend à la cuisine. « Maman, le monsieur semble aller mal ! »… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

« Cours chercher le docteur. »

Le médecin du village accourt, monte à l'étage et doit forcer la porte de la chambre pour entrer, mais il est trop tard pour aider Bernard le Borgne. « La pneumonie l'a emporté » dit gravement le docteur. « Je vais demander aux hommes du village de l'enterrer au cimetière. » Il couvre l'homme d'un drap. « Il faut annoncer son décès à sa famille. Rose, vous devrez trouver dans ses affaires de quoi savoir où envoyer les lettres.
- Je vais devoir fouiller les affaires d'un mort ? se dit la pauvre maman.
- Si vous avez une autre idée... »

Quand les hommes sont partis en emportant le mort, Jim et sa mère forcent les serrures de la malle et du petit coffre. Ils ne trouvent aucune lettre de proches de l'homme mort. Mais le petit coffre contient un objet : une carte.

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« Maman, on dirait... une carte au trésor. »

Rose rit et prend la carte pour l'observer de plus près. Mais à présent, elle fronce les sourcils.
- Jim... Je crois que tu as raison. Va aux quais pour la montrer à Anna.
- Ton amie ?
- Oui, elle saura te le dire.

Jim court jusqu'aux quais du village. Il demande à quelques matelots où trouver Anna. L'un d'eux pointe du doigt le haut du mât d'un navire amarré. Perchée dans le cordage à dix mètres de haut, la fameuse Anna est dans la mâture et vérifie des nœuds.

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« Anna ! » crie Jim, moulinant des bras pour attirer son attention. Anna lève la tête, lui fait signe, puis descend du beaupré aussi habilement qu'une acrobate.
- Bonjour, Jim. Quoi de neuf ?
- Un client de l'auberge est mort la nuit dernière.
- Pauvre gars, dit Anna.
- Mais regarde ce qu'on a trouvé dans ses affaires.
Et Jim déplie la carte.Lire davantage

couvent

Hildegarde de Bingen racontée aux enfants

Hildegarde_von_Bingen Hildegarde de Bingen https://lhistoiredusoir.com

Hildegarde de Bingen

Le 17 septembre 1179, voici que deux arcs-en-ciel apparaissent dans le ciel, s’élevant des quatre coins de l’horizon. Là où les arcs se croisent, une croix rayonne dans une vive lumière. D’abord de petite taille, la croix grandit puis emplit l’immensité du ciel.

Cette clarté surnaturelle enveloppe toute la colline de Saint-Rupert, au cœur de la vallée du Rhin au sommet de laquelle se dresse une abbaye où une religieuse vient de mourir. C’est Mère Hildegarde, l’abbesse de la communauté.

Les sœurs qui l’entourent ne sont pas surprises de cette étonnante vision. Mère Hildegarde n’avait-elle pas annoncé la date de sa mort quelques jours auparavant ? N’est-elle pas célèbre dans toute l’Europe pour les récits de ses visions divines ?

Cette histoire vraie se passe il y a presque mille ans, en Allemagne.

Dans le château de Bermersheim, vivait une noble famille de chevaliers. Hildebert et Mathilde avaient dix enfants. La benjamine, Hildegarde, était très pieuse. Elle aimait contempler la nature, le Rhin qui serpentait dans la vallée, les champs de blés dorés par le soleil, de même qu'elle aimait se promener dans les forêts verdoyantes.

A l’âge de quatre ans, en promenade dans les champs avec sa nourrice, elle s’exclama joyeusement :

— Nourrice, regarde cette vache, là-bas !
— Oui, mon enfant, répondit la nourrice. Elle va bientôt mettre bas, un petit veau va naître.
— Vois, nourrice, comme il est joli, le veau qui est dans cette vache ! Il est tout blanc, avec de nombreuses taches noires sur le front, les pattes et le dos !

La nourrice, stupéfaite, raconta cela à la maman, Mathilde, au retour de la promenade. Celle-ci désira qu’on lui apporte le veau à la mise bas, à la naissance. Il fut comme Hildegarde l’avait annoncé ! Ce fut sa première vision.

Voyant son amour de Dieu et sa piété, ses parents l’envoyèrent grandir et étudier dans un monastère proche, comme c’était l’usage au Moyen-Age. Ainsi, la jeune Hildegarde âgée de huit ans, fit un beau matin ses adieux à sa famille et … La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

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