Category Archives for "Histoire du soir pour 8 ans+"

La terrible bataille des anges pour Noël, histoire pour enfants

Un jour, quelques années avant l’an zéro, il y eut un grand remue-ménage dans le Ciel. On disait que le grand patron, le chef des chefs, le roi suprême, celui qui commande aux archanges[1] qui commandent aux myriades d’anges, avait décidé de descendre sur Terre.

Lui, sur Terre !

Une histoire impensable.

Si cela devait avoir lieu, quel déménagement ! Le cortège de Dieu devait traverser l’Univers. Il faudrait que les anges s’y mettent sérieusement, ce serait comme lors de la Création du Monde, un travail titanesque ! Pis que titanesque : angélique, archangélique ! Cent montagnes à déplacer ou mille écuries d’Augias à récurer eussent été une tâche autrement plus légère !

Déplacer le patron, déménager le Big One ! Vous imaginez ? Nous autres, ici bas, on se fait tout un pataquès de déplacer un président de la République en province, alors pensez : déplacer Dieu ! Autant essayer de balayer les étoiles à gauche de l’Univers et les trous noirs à droite. Autant se servir d’un pied de biche pour soulever Saturne ou de transporter mars à coups de brouette. Dieu, il a quelques millions de galaxies dans la poussière de l’ourlet de son pantalon. Pour le bouger, il allait falloir quelques milliards d’armées de tractopelles !

On murmurait chez les anges. Jusqu’aux plus hauts des anges, la stupéfaction emplissait tout. Il n’y avait que le petit groupe des Sept autour du trône[2], le groupe des archanges dont… La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

Guillaume Tell Histoire de grand homme

Guillaume Tell raconté aux enfants

L'Histoire que voici est une histoire qui mêle des faits historiques et une part de légende. Il est très difficile de savoir ce qui s'est exactement passé. Mais dans cette histoire de Guillaume Tell racontée aux enfants, j'ai essayé de vous esquisser le cœur le plus intéressant de l'histoire.

La dure saison d’hiver approchait, chassant le soleil.

Le lac se couvrait de lourdes vagues soulevées par un vent glacial et menaçant.

Guillaume Tell raconté aux enfants

Les pêcheurs rentraient leurs barques et se préparaient à réparer leurs filets. Les nuages tombant sur eux, les vachers du canton d’Unterwald dirent adieu aux pâturages. Dans un tintement de cloches et de meuglements, les troupeaux redescendaient dans la vallée.

Les monts et les plaines revêtaient leur manteau de neige et de glace. Les chasseurs de chamois du canton d’Uri entendaient le tonnerre gronder derrière les sommets des montagnes. Du haut des sentiers verglacés, la vallée s’étendait à leur pied comme une mer de brume.

Cela se passait au 13e siècle au pays d’Helvétie (que l’on appelle maintenant la Suisse). Les trois cantons de Shwytz, d’Huri et d’Unterwald formaient un petit monde à part sur les bords du lac de Lucerne.

Le lac de Lucerne http://lhistoiredusoir.com guillaume tell raconté

Le lac de Lucerne

On y vivait en paix, dans le droit et la justice. Jadis, l’empereur d’Allemagne, Rodolf de Hasbourg, avait autorisé les citoyens des trois cantons à se gouverner eux-mêmes, en récompense de leur fidèle attachement à l’Empire… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). .

A la mort de Rodolf, son fils Albert, le Duc Noir, avait reçu le duché d’Autriche en héritage. Il ne respecta pas les édits accordés par son père, et traita les cantons suisses en pays conquis. Il y installa des baillis autrichiens, qui gouvernaient en son nom. Certains d'entre eux, dit-on, se montrèrent injustes.

C’est ainsi qu’un jour, au début de l’hiver, il y eut un incident. Sur la rive du lac, un batelier sifflotait en rangeant sa barque dans son abri, aidé de son ami, un certain Guillaume Tell, connu pour être un chasseur adroit. Soudain, ils entendirent les pas d'un homme qui accourait.

— Eh ! mais voilà notre camarade Baumgarten ! s’écria le batelier.

Baumgarten, hors d’haleine, s’arrêta près d’eux.

— Pour l’amour de Dieu, batelier, ressors ta barque ! Transporte-moi vite de l’autre côté du lac !
— Eh, là ! l’interpella Guillaume. Qu’est-ce qui te presse tant, camarade Baumgarten ?
— Ah ! c’est toi, Guillaume ! répondit l’homme. Les soldats me poursuivent. Je suis un homme mort s’ils m’attrapent. Je viens de tuer le bailli d’Unterwald d’un coup de hache !
— Tué, le bailli ? fit Guillaume Tell. Voilà une mauvaise affaire. Du moins pour toi. Ce maudit bailli a fait trop de mal pour que je le regrette, que Dieu ait son âme ! Mais te voilà en danger, désormais.
— Oui, fit Baumgarten, il me faut passer le lac, et vite. Batelier ! Mène-moi donc sur l’autre bord !
— Mais comment voulez-vous que je fasse ?! s’exclama le batelier. Le vent est déchainé ! Voyez comme le lac se soulève !
— Il y va de ma vie, batelier ! le supplia Baumgarten. Pense à ma femme et à mes enfants !
— Moi aussi, j’ai femme et enfants ! fit le batelier. Je ne veux pas risquer de me noyer ! Aucun homme de bon sens ne tenterait de traverser le lac aujourd’hui !

Alors Guillaume Tell dit calmement, avec un calme étrange d'ailleurs :

— Il faut venir en aide à celui qui demande du secours. Donne-moi ton bateau, ami ! Allons, Baumgarten, nous allons traverser ensemble.
— Merci, Guillaume, tu me sauves la vie.
— De nos jours, reprit Guillaume Tell, il vaut mieux confier sa vie aux mains de Dieu qu’à celle des hommes.Lire davantage

Découverte de la grotte de Lascaux racontée aux enfants

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Un jour, des amis aventureux partaient avec en tête l'idée de trouver un trésor. La légende qui circulait parmi les gens du village voulait que le seigneur de Lascaux, dont le château aujourd'hui en ruine dominait la ville de Montignac, eût caché ses richesses dans le souterrain traversant la colline.

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Cette histoire commence comme un roman d’aventures, mais c’est une histoire vraie. Elle s’est passée en 1940, quand vos grands-parents étaient encore, je suppose, des bébés au berceau ou même pas nés. D'ailleurs, quand sont nés vos parents ? Et leurs parents, le savez-vous ?

Cette année-là, la France était en guerre. Mais le Périgord, cette belle région du Sud de la France, était en zone sans guerre, loin du front et du bruit des armes.

Une innocente ballade entre amis allait finir par changer beaucoup de choses.

Ce dimanche de septembre, six garçons, presque des hommes, s’étaient promenés sur les collines, dans les châtaigneraies, au travers les prairies grasses parsemées de fleurs. Ils avaient flâné agréablement, cherchant, comme tant d’autres garçons avant eux, la mystérieuse entrée du souterrain au trésor. L’heure s’avançant, ils s’en retournaient au village, discutant gaiement et jetant machinalement des cailloux sur le côté ou mâchouillant un brin d'herbe.

Un chien aux longs poils roux, tournant autour d’eux à se faire presque marcher dessus, jappait après les papillons, reniflant la piste d’un… (...) la suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.Lire davantage

Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique

Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique

Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique

Histoire pour enfant Egypte antique

Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique

Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

Histoire pour enfants Egypte antique
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L’Île au trésor histoire pour enfants

« Debout, Jim! » lance sa maman depuis la cuisine. « Il faut nettoyer l'auberge. »

« Encore et toujours nettoyer l'auberge » marmonne Jim en glissant hors du lit.

Il descend à la cuisine, où sa mère Rose l'accueille d'un baiser sur le front. « Déjeune rapidement, fiston. Tu dois préparer la chambre d'invité, car nous avons un client. »

Jim soupire. « J'allais jouer aux pirates avec les amis du village » maugrée-t-il.

Sa maman rit doucement. « Ce sera pour une autre fois. Allez, mange ton gruau, et au travail ! »

Jim avale son repas et court chercher les draps propres sur la corde à linge dans la cour.

Il s'arrête net à la porte. Un homme lui bloque le chemin. Il porte un long manteau sombre à large collet, un chapeau cornu et une barbe épaisse. « Un pirate ! » pense Jim.

« Ouste, chenapan! » grommelle l'homme avant de se mettre à tousser. Il a un œil abîmé, presque blanc.

Treasure island L'Île au trésor

C'est le client attendu de l'auberge. Jim propose son mouchoir propre à l'invité. L'homme le saisit et se mouche bruyamment. « Bernard le Borgne te remercie, matelot, » lui dit-il.

En changeant les draps dans la chambre, Jim observe les quelques biens de l'homme : une grosse malle et un petit coffre orné de ferrures. « Un trésor de pirate », murmure le garçon.

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« Qu'as-tu dit ? » tonne soudain une grosse voix derrière lui depuis le chambranle de la porte. Jim se tourne pour voir l'invité le regarder avec suspicion et, il faut le dire, comme avec une menace dans les yeux. « Hors de ma chambre ! » lui ordonne-t-il. « Ce n'est pas un petit marin d'eau douce comme toi qui va me ravir... mon trésor. » Il a dit ces mots presque en les murmurant. Finalement, l'étranger chasse Jim de la chambre et verrouille la porte de sa chambre derrière lui.

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Le lendemain, l'inquiétant étranger ne descend pas pour le petit déjeuner.

« Jim, va cogner doucement à sa porte » lui demande sa mère.

trou_serrureJim monte et cogne à la porte, mais pas de réponse. Il regarde par le trou de la serrure. L'homme n'est pas étendu dans son lit, mais sur le sol.

Il descend à la cuisine. « Maman, le monsieur semble aller mal ! »… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

« Cours chercher le docteur. »

Le médecin du village accourt, monte à l'étage et doit forcer la porte de la chambre pour entrer, mais il est trop tard pour aider Bernard le Borgne. « La pneumonie l'a emporté » dit gravement le docteur. « Je vais demander aux hommes du village de l'enterrer au cimetière. » Il couvre l'homme d'un drap. « Il faut annoncer son décès à sa famille. Rose, vous devrez trouver dans ses affaires de quoi savoir où envoyer les lettres.
- Je vais devoir fouiller les affaires d'un mort ? se dit la pauvre maman.
- Si vous avez une autre idée... »

Quand les hommes sont partis en emportant le mort, Jim et sa mère forcent les serrures de la malle et du petit coffre. Ils ne trouvent aucune lettre de proches de l'homme mort. Mais le petit coffre contient un objet : une carte.

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« Maman, on dirait... une carte au trésor. »

Rose rit et prend la carte pour l'observer de plus près. Mais à présent, elle fronce les sourcils.
- Jim... Je crois que tu as raison. Va aux quais pour la montrer à Anna.
- Ton amie ?
- Oui, elle saura te le dire.

Jim court jusqu'aux quais du village. Il demande à quelques matelots où trouver Anna. L'un d'eux pointe du doigt le haut du mât d'un navire amarré. Perchée dans le cordage à dix mètres de haut, la fameuse Anna est dans la mâture et vérifie des nœuds.

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« Anna ! » crie Jim, moulinant des bras pour attirer son attention. Anna lève la tête, lui fait signe, puis descend du beaupré aussi habilement qu'une acrobate.
- Bonjour, Jim. Quoi de neuf ?
- Un client de l'auberge est mort la nuit dernière.
- Pauvre gars, dit Anna.
- Mais regarde ce qu'on a trouvé dans ses affaires.
Et Jim déplie la carte.Lire davantage

couvent

Hildegarde de Bingen racontée aux enfants

Hildegarde_von_Bingen Hildegarde de Bingen http://lhistoiredusoir.com

Hildegarde de Bingen

Le 17 septembre 1179, voici que deux arcs-en-ciel apparaissent dans le ciel, s’élevant des quatre coins de l’horizon. Là où les arcs se croisent, une croix rayonne dans une vive lumière. D’abord de petite taille, la croix grandit puis emplit l’immensité du ciel.

Cette clarté surnaturelle enveloppe toute la colline de Saint-Rupert, au cœur de la vallée du Rhin au sommet de laquelle se dresse une abbaye où une religieuse vient de mourir. C’est Mère Hildegarde, l’abbesse de la communauté.

Les sœurs qui l’entourent ne sont pas surprises de cette étonnante vision. Mère Hildegarde n’avait-elle pas annoncé la date de sa mort quelques jours auparavant ? N’est-elle pas célèbre dans toute l’Europe pour les récits de ses visions divines ?

Cette histoire vraie se passe il y a presque mille ans, en Allemagne.

Dans le château de Bermersheim, vivait une noble famille de chevaliers. Hildebert et Mathilde avaient dix enfants. La benjamine, Hildegarde, était très pieuse. Elle aimait contempler la nature, le Rhin qui serpentait dans la vallée, les champs de blés dorés par le soleil, de même qu'elle aimait se promener dans les forêts verdoyantes.

A l’âge de quatre ans, en promenade dans les champs avec sa nourrice, elle s’exclama joyeusement :

— Nourrice, regarde cette vache, là-bas !
— Oui, mon enfant, répondit la nourrice. Elle va bientôt mettre bas, un petit veau va naître.
— Vois, nourrice, comme il est joli, le veau qui est dans cette vache ! Il est tout blanc, avec de nombreuses taches noires sur le front, les pattes et le dos !

La nourrice, stupéfaite, raconta cela à la maman, Mathilde, au retour de la promenade. Celle-ci désira qu’on lui apporte le veau à la mise bas, à la naissance. Il fut comme Hildegarde l’avait annoncé ! Ce fut sa première vision.

Voyant son amour de Dieu et sa piété, ses parents l’envoyèrent grandir et étudier dans un monastère proche, comme c’était l’usage au Moyen-Age. Ainsi, la jeune Hildegarde âgée de huit ans, fit un beau matin ses adieux à sa famille et … La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

auvergne hiver

La Bête du Gévaudan racontée aux enfants

— « Au secours ! à l’aide ! » s’écrie Jeannette en courant à perdre haleine sur le chemin qui mène à son village.
— Ma Jeannette, que se passe-t-il ? s’exclame sa mère en sortant de leur ferme. Pourquoi tes habits sont-ils tout déchirés ? Et où sont les bœufs que tu dois garder ?
— Oh ! maman, répond la jeune fille tout essoufflée, une bête… une bête terrifiante m’a attaquée ! Je menais tranquillement les bœufs à paître dans le pré, lorsqu’elle a surgi du bois et s’est jetée sur moi. J’ai eu tellement peur, maman ! mais les vaches m’ont défendue. La Noiraude lui a donné de grands coups de cornes, et la brave Roussette ! vous auriez dû la voir grattant le sol avec ses sabots !
— Dieu soit loué, mon enfant, tu es saine et sauve ! dit la mère en serrant sa fillette dans ses bras.

C'était, au début de l’été 1764, la première attaque d'une bête mystérieuse qui effraya tout une région, une bête qu'on appellerait la "bête du Gévaudan". La paix de ces petits villages d’Auvergne, nichés au creux des vallées du grand "pays" du Massif Central, allait être troublée pendant plusieurs années.

ob_6bc90e_dsc06015-gf La Bête du Gévaudan

Après la vachère Jeannette, d’autres enfants furent attaqués et gravement blessés par la bête. Son poil roux était strié de bandes noires, et une tâche blanche apparaissait sur son poitrail. Ses courtes oreilles, son museau fin, et sa gueule armée de quarante-deux dents la rendaient terrifiante.

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Charlemagne, l’empereur des Francs raconté aux enfants

Histoire pour enfant Charlemagne, l'empereur des Francs

Voici ce soir une page très célèbre de l’Histoire de France, celle d’un grand roi franc, Charlemagne. Son nom signifie « Charles le grand roi », du latin « magnus rex », non pas parce qu’il était de haute taille, mais parce qu’il a été un roi très important et respecté.

Cette histoire commence le 9 octobre 768, il y a fort longtemps, plus de 1200 ans. Le roi des Francs, Pépin le Bref, vient de mourir.  Son fils aîné Charles arpente à grands pas la salle du palais. C’est un guerrier valeureux, de haute taille, âgé de 29 ans. Son ancêtre Clovis a été le premier roi des Francs, par qui la France est devenue chrétienne. On compte aussi parmi ses aïeux Clotaire II, le fils de la terrible Frédégonde, et l’intrépide Charles Martel, dont le courage à Poitiers a protégé la France de l’invasion arabe.

Charles est fier de cette noble et ancienne famille. Il est fort et ambitieux. Mais, comme le veut la coutume germanique, il doit partager le royaume avec son jeune frère Carloman.  Leur mère, la reine Bertrade, que l’on surnommera « Berthe aux grands pieds », est une femme douce mais ferme. Elle a fort à faire pour maintenir l’amitié entre les deux frères rois.

Histoire pour enfant Charlemagne, l'empereur des Francs http://lhistoiredusoir.com

Cet homme ressemble peut-être à Charlemagne. Ce qui est sûr, c'est que l'empereur à "la barbe fleurie" ne portait... pas de barbe.

— Carloman a un royaume plus riche et plus grand que le mien ! se révolte Charles. C’est injuste, je suis son aîné !
— Charles, lui répond sa mère, c’est la tradition et la volonté de votre père qu’il en soit ainsi.
— Et Carloman me refuse son aide pour combattre l’Aquitaine en révolte ! s’exaspère Charles. Qu’à cela ne tienne, je vais montrer à tous que je peux m’en sortir seul !

Charlemagne, l'empereur des Francs, carte de deux royaumes de Charles et Carloman http://lhistoiredusoir.com

Le royaume est partagé par les deux frères

Et il réussit à soumettre les Aquitains avec seulement son armée. Il en profite pour agrandir son royaume en Gascogne. Mais après seulement trois ans de règne, Carloman meurt. Maintenant, Charles gouverne seul, ayant écarté du pouvoir ses neveux, les enfants de son frère.

Le royaume des Francs est riche et très vaste, et de nombreux ennemis le convoitent, attaquant les … La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

Valckenborch_Winterlandschaft

Avant la nuit de Noël raconté aux enfants

Lorsque Marie et Joseph traversèrent Bethléem en quête d’un gîte et d’un couvert, ils rencontrèrent ses habitants.

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël le voyage de Joseph et Marie

Ils ne trouvèrent nulle part où se loger. Par charité, tout le monde a oublié les réponses des habitants de la ville, qui ne leur trouvèrent aucune place. Pourtant, Marie et Joseph n’étaient pas encombrants, ils n’avaient qu’un petit bagage. La maman était enceinte et avait besoin d’un toit sous lequel dormir. Mais rien n’y fit, ils ne trouvèrent pas à se loger dans cette grande ville.

Mais rien n’est plus simple que de savoir ce que les habitants leur dirent : ils suffit de traverser une vie et de tendre l’oreille.

A la première maison, Joseph avait frappé doucement sur la porte en chêne. Il n’y avait eu aucune réponse. Personne non plus à la seconde maison. Peut-être ne frappait-il pas assez fort ? Alors, à la troisième maison, il tapa du poing. La porte s’ouvrit sur une dame au visage impassible.
— Madame, que Dieu soit sur vous et tous les vôtres, nous sommes à la recherche d’un logis, connaîtriez-vous quelqu’un qui pourrait nous héberger ?
La dame ne fut guère surprise. L’empereur romain avait ordonné à tous les habitants de l’empire de se faire recenser. Alors chacun des environs était venu en ville avec sa famille. Ils étaient très nombreux à la recherche d’un abri. Mais c’était là le premier couple qui osait venir jusque chez elle.

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël

Bruegel l'ancien: le dénombrement de Bethléem

— Est-ce que dans ce quartier on ne trouverait pas une place pour ma femme, qui est sur le point d’accoucher ? redit Joseph.
Impavide, la dame ne trouvait pas de réponse :
— Je vais voir. Repassez plus tard, je me renseignerai. Continuez à chercher et si jamais vous ne trouvez rien, revenez par ici, j’aurai peut-être trouvé quelque chose. Mais je ne vous promets rien.
Marie et Joseph s’éloignèrent et naturellement la brave dame oublia l’incident.
Plus loin, on leur répondit :
— Vous allez au-devant d’une grosse désillusion. Les gens ici sont égoïstes.
— Est-ce possible ?
— Vous verrez, ils vous diront qu’ils vont essayer de trouver, mais ils ne feront rien. Allez, bonne chance quand même.
Plus loin encore, ils furent mis en garde :
— Méfiez-vous, on va vous dire « oui », mais au final on vous fera payer une fortune.
Et la porte se refermait.

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Joseph comprit alors qu’il était bien loin de Nazareth, la petite ville où il travaillait, où les choses étaient plus simples.
De seuil de porte en seuil de porte, la plupart des gens ne répondaient pratiquement rien. Neuf sur dix ne répondaient vraiment rien, à part quelques mots gênés comme « je ne sais pas » ou « je ne suis pas au courant ». Il n’y avait pas vraiment lieu d’être « au courant », mais c’était le genre de mots qu’on dit sans y penser, pour se défausser.
Ou encore :
— Excusez-moi, mais on ne se connaît pas. Avec tous ces brigands sur la route. Sans compter tous ces étrangers qui rôdent comme s’ils étaient chez eux…
Et ainsi de suite, la litanie des mauvaises excuses n’avait pas de cesse :
— Nous n’avons pas de place et je suis trop occupé.
— Je peux vous donner un quignon de pain, mais pour vous loger, ce n’est pas possible.
— Ce serait sacrilège, pour nous, c’est le 25ème jour du calendrier qui précède l’immolation des brebis offertes à Phoibos (il y avait une quantité de religions alors, et il était impossible de dénombrer les cultes et les rituels).
— Je passe mon temps à m’occuper des pauvres et des miséreux, je leur donne tout, laissez-moi en paix un jour ou deux, voulez-vous ?
Cette dernière réponse était la plus fréquente, avec des variations, telles que :
— J’ai déjà hébergé quelqu’un hier.
— Ce serait avec plaisir et grande joie, mais le personnel de maison a pris son congé.
— Je garde une chambre, c’est vrai, d’ailleurs chacun doit avoir de quoi loger un pèlerin, mais d’abord vous n’êtes pas pèlerins et puis pour tout vous dire, je conserve cette chambre pour des gens qui seraient vraiment démunis, pour des vrais pauvres. Si je vous logeait et qu’un vrai pauvre surgissait ? Nous serions vous et moi dans le pétrin, pas vrai ?
Bref, les mauvaises excuses étaient nombreuses.
— Personne ne vous obligeait à venir à Bethléem.
— Vous collaborez à l’ordre romain en vous faisant recenser.
— Cachez-vous vite, fuyez, ne restez pas dans les parages ! (la porte dans ce cas-là claquait fort au nez de Joseph).
— Réfléchissez une seconde : si je vous héberge, je rends service à l’Empire, et pour moi mieux vaut ne rien faire qui arrange ses affaires.
— Il va y avoir du grabuge. Si quelqu'un vous trouve chez moi, ma retraite est fichue. Essayez de comprendre un peu.
— Ne faites pas de la provocation. A errer ainsi dans la rue, vous allez nous attirer des ennuis.
— Est-ce que vous avez l’air de dire que Rome n’a pas prévu de vous loger ? Impossible ! A moins que vous soyez des propagandistes ennemis de Rome.
Une jeune dame voulait absolument faire comprendre qu’elle était riche :
— Une chambre ? Vous plaisantez ! Je peux vous offrir un palais, seulement mon mari attend le droit de le construire, revenez l’année prochaine.
Il y avait les impies qui disaient non et ajoutaient, une fois la porte refermée :
« Si Dieu existait réellement, il ne les aurait pas envoyés sur la route dans cet état-là ! »
Il est vrai qu’enceinte et sur le point d’accoucher, Marie ne pouvait que supporter difficilement le voyage.
Une fois, ils tombèrent sur un homme très intelligent, un lettré, qui discourut d’un air très pénétré sur ce qu’il convenait de mettre en place en faveur des pèlerins et des voyageurs, sur la politique de la ville et sur le destin de l’homme confronté à la solitude et à l’égoïsme.
Mais il y avait d’autres réactions, moins courantes. Par exemple, cette maisonnée pleine de rires et d’humour, qui orienta le pauvre couple dans une mauvaise direction et les observa se perdre. C’était si drôle.
Tout en s’égarant, convaincus d’aller vers un lieu hospitalier, les trois saintes personnes (Joseph et Marie, et puis Jésus dans le ventre de Marie) passèrent devant une maison à laquelle Joseph n’osa pas frapper, et l’hôte de cette demeure prit très mal la chose :
— Ils ne viennent même pas frapper chez nous comme chez la voisine. Non, mais, pour qui se prennent-ils ? Ce n’est pas croyable !
Il y avait bien sûr ces gens qui les orientaient vers l’hospice public ou le temple, après tout il y a des services publics pour ça, à quoi servent les impôts et les offrandes ?
— Le temple et l’hospice sont pleins, malheureusement, nous y sommes allés.
— Il faut dire que vous vous y prenez un peu tard. Vous avez planifié votre déplacement ? Il fallait vous organiser. Vous n’avez pas entendu parler du recensement ?
Celui-ci ajouterait vers sa femme, une fois la porte tirée : « Il voyage avec une femme enceinte et il s’y prend au dernier moment. On se demande vraiment dans quel monde on est. »
Dans un autre registre, il y avait ceux qui se scandalisaient à mi-mots :
— Le problème, c’est que par ce temps-là, vous jouez avec la santé de l’enfant. La santé, c’est primordial.
Ou ceux qui ne s’inquiétaient pas, ils étaient nombreux, spécialement ceux qui étaient sur le point de passer à table :
— Ne vous en faites pas, ça va s’arranger. Soyez patients.
Ou même :
— Priez, priez, priez ! Le Ciel vous viendra en aide. Bonne route !
— Le Ciel entend toutes les prières et Dieu est bon. Gardez courage. J’ai bien connu votre situation. Il y a des tas de gens dans votre situation, il ont besoin de votre courage. Au revoir !
Pourtant, Marie et Joseph pensèrent à un moment donné toucher au but. Il y eut de très braves gens qui, pleins de bons sentiments, répondirent :
— Nous ne méritons pas votre présence chez nous.
— Mais au contraire, insistait Joseph qui reprit courage, vous nous feriez grand honneur, vraiment si vous aviez une petite place.
— Oh ! non, monsieur, madame, on voit bien que vous êtes des gens bien élevés, avec de la religion et tout et tout, non, nous ne sommes pas dignes. Si j’avais de quoi, une pièce propre... digne des gens de la "haute"... non, vraiment, nous n’oserons jamais. Passez votre chemin, nous sommes trop humbles.
Cette remarque laissa Marie et Joseph décontenancés car ils se pensaient eux-mêmes fort humbles, et ils étaient réellement fort modestes, à Nazareth, étant parmi les plus pauvres alors qu'il y avait au village de puissants personnages possédant des centaines de bêtes et de grandes maisons. Ce n'était pas leur cas, Joseph et Marie étaient simples; comme beaucoup de jeunes couples, il faut le dire. Assurément, jamais ils n'auraient pensé être regardés comme d'un haut rang social. Mais à la vérité, si cette personne leur avait dit ça, c'est parce qu'ils portaient non seulement sur leur visage la royauté sublime de leur deux belles âmes mais en plus, dans tout leur être irradiait la divinité rayonnante de l'enfant qu'ils attendaient. Si bien que, si une maman est bien contente de s'entendre dire qu'elle rayonne grâce à sa grossesse, imaginez ce que ce devait être chez Marie, combien elle pouvait être belle !
Oui, enfin, en attendant, il n’y avait rien à faire. Ils étaient toujours sur la route, le vent sifflait doucement en refroidissant de minute en minute. Sans doute qu'il neigerait, cette nuit.
Le meilleur, je vous le garde pour la fin. Un homme qui avait tout l’air d’un visionnaire leur dit :
— Pour l’amour du Ciel, mais je sais qui vous êtes !
— Vous savez qui nous sommes ?
— Par le Très-Haut, vous êtes Marie et Joseph, de Nazareth !
— C’est vrai. Nous serions-nous déjà rencontrés ?
Joseph eut un regard joyeux vers Marie qui sourit, dans la joie d’avoir rencontré quelqu’un qui les reconnaissait.
— Oui, je vous ai vus, à Nazareth. Je suis persuadé que c'est votre enfant qui sera le Sauveur. Je l'ai entendu en songe. Il est écrit qu’un sauveur va nous naître, les prophètes nous l’ont annoncé, et je sais au fond de moi qu’Il va venir par vous et je sens… Dieu me garde ! Je sais que c’est l’enfant qui est dans ce ventre ! N’est-ce pas ? J’en ai eu l’illumination dès que je vous ai revus à l'instant.
— Béni soit l’Esprit !
— Je vous en supplie, priez pour moi !
— Nous prierons pour vous.
— Je vais de ce pas prévenir les miens !
— Mais nous logeriez-vous ?
— Hosanna ! Je cours avertir mon père et ma mère, et ma famille tout entière, les voisins, les prêtres, mes amis. Béni soit le Ciel. Restez ici, je serai bientôt de retour. Dieu soit loué, j’ai vu les parents du Sauveur ! Priez pour moi, je vais annoncer cette bonne nouvelle.
Et le visionnaire disparut aussitôt, laissant Joseph et Marie à leur dénuement. Il n’avait pas compris qu’ils avaient besoin de lui.

Joseph emmena donc Marie à l’écart de la ville où personne n’avait su les recevoir.

Extension, si l'enfant est à même de l'entendre:

La neige commença à tomber — beaucoup de gens sourient à cette idée, c’est qu’ils ne connaissent pas Bethléem, sur les montagnes de Judée, à 800 mètres d’altitude, où les neiges ne sont pas rares à ce moment de l’année. C’était un 25 décembre, les historiens sérieux le savent à cause du recensement de l’empereur Auguste, et puis les registres des heures sacerdotales trouvés à Qu’mran mentionnent celle de saint Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, datant l’apparition de l’Archange saint Gabriel dans le temple, venu annoncé la conception de son fils le 25 septembre, 6 mois pile avant l’Annonciation à Marie ; et puis, c’était le jour de la Fête des lumières et du solstice d’hiver, quand le soleil recommence à s’élever sur l’horizon. Jésus Soleil de Justice, qui illumine les ténèbres de ce monde, a voulu apparaître sur Terre le jour de cette fête païenne. Enfin, la Sibille de Rome indiqua que Dieu naîtrait sur Terre un 25 décembre. D’autres prophéties avaient prédit qu’en cette nuit un immeuble connu de Rome se serait écroulé, ce qui se produisit, et que la fontaine de l’Hospice des vieux soldats donnerait de l’huile au lieu d’eau, ce qui eut lieu. Telle fut la nuit ou naquît l’Enfant Jésus, quoi qu’en disent les farfelus qui prétendent que Jésus ne naquit pas le jour de sa naissance… Et oui, mais ce n’est pas une surprise pour les gens qui ont du bon sens : Noël a lieu à Noël.

Donc, grelottant de froid, Joseph et Marie trouvèrent une étable abandonnée et s’y installèrent. Marie accoucha là et ne trouva, comme lit pour le bébé, qu’une mangeoire emplie de paille. Bientôt viendraient des gens simples, sans demeure, des bergers qui leur sacrifièrent leur temps et leurs présents ; il vint aussi des gens qui avaient de quoi leur offrir de l’or, de la myrrhe et de l’encens, des mages. Ceux-là, pauvres ou riches, étaient déjà sur la route.

Avant la nuit de Noël

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