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La chanson de Roland : Partie 2

Ganelon le félon a trahi Charlemagne : il a reçu du roi Marsile de l’or et de l’argent pour faire mettre Roland à l’arrière-garde et lui tendre un piège.

Marsile a mandé par l'Espagne ses barons, comtes, ducs et capitaines. En trois jours, il en rassemble quatre-cent-mille, et par Saragosse fait retentir ses tambours.

Tous ses barons ont promis :

— A Roncevaux, j'irai combattre. Si j'y trouve Roland, il est mort, et morts Olivier et les douze pairs et tous les Français. L'Espagne restera libre.

Les soldats sarrasins

Les Sarrasins lacent leurs heaumes et ceignent des épées d'acier. Ils chevauchent, passent les vaux, passent les monts : enfin ils voient les oriflammes de France. Clair est le jour et beau le soleil : au soleil, les armes flamboient. Mille clairons sonnent. Les Français entendent ce grand bruit.

Olivier est monté sur une hauteur et voit venir les païens. Le plus vite qu'il peut, il vient aux Français, leur raconte tout.

— Du côté de l'Espagne, je vois venir tant de hauberts qui brillent, tant de heaumes qui flamboient ! Vous aurez une bataille, telle qu'il n'en fut jamais. Ganelon le savait, le félon, qui devant l'empereur nous désigna.

Roland l’encourage :

— Nous devons tenir, pour notre roi. Amis, que Dieu vous donne sa force !
Honni soit qui s'enfuit ! répondent tous les chevaliers.

Roland est preux et Olivier sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Olivier se penche vers son compagnon :

— Roland, sonnez votre olifant ! Charles l'entendra et les Français reviendront.
Jamais, répond Roland, je ne sonnerai mon cor pour des païens.  J'aime mieux mourir que choir dans la honte !

Puis, ils chevauchent sus aux Sarrasins et les affrontent sans trembler.

Durandal, lancée par Roland avec la force de l'archange Michel, serait aujourd'hui, plus de mille ans plus tard, fichée dans un rocher, à Rocamadour

Dans la bataille, Roland frappe avec Durendal, sa bonne épée. Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs.

L'un attaque, l'autre défend. Tant de bons Français y perdent leur vie ! Les païens meurent en foule et par milliers.

Marsile fait sonner ses cors, puis chevauche avec le reste de sa grande armée. Les chrétiens sont en grande détresse. Roland voit le grand massacre des siens. Il appelle Olivier, son compagnon :

— Ami, voyez tant de vaillants qui gisent là contre terre ! Je sonnerai l'olifant. Charles l'entendra, les Francs reviendront.
Ce serait déshonneur  ! répond Olivier. Quand je vous demandais de le faire, vous n'en fîtes rien.
Notre bataille est dure ! Je sonnerai mon cor, le roi Charles l'entendra.
Compagnon, c'est votre faute, si les Français sont morts. Si vous m'aviez écouté, Charles serait revenu ; cette bataille nous l'aurions gagnée ; le roi Marsile eût été tué. Aujourd'hui prend fin notre amitié.

Turpin l'archevêque les entend qui se querellent. Il vient jusqu'à eux et les reprend  :

— Sire Roland, et vous, sire Olivier, je vous en prie de par Dieu, ne vous querellez point ! Sonner du cor ne nous sauverait plus. Et pourtant, sonnez, ce sera mieux. Que vienne l’empereur, il nous vengera.

Roland porte l'olifant à ses lèvres. Il sonne à pleine force.

Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente grandes lieues on l'entend qui se prolonge.

Charles l'entend et l'entendent tous ses  chevaliers.

— Nos hommes livrent bataille ! C'est le cor de Roland !

Ganelon répond :

— De bataille, il n'y a point. Vous connaissez bien le grand orgueil de Roland, jamais il ne sonnerait pour appeler à l’aide. C’est un lièvre qu’il poursuit.

Roland sonne l'olifant.

Charles l'entend, et ses Français l'entendent.

— Ce cor a longue haleine !

Le duc Naimes répond :

— Roland livre bataille, j'en suis sûr. Il lance son appel. Celui-là même l'a trahi qui maintenant vous demande d'y faillir.

Le roi fait saisir le comte Ganelon. Il l'a remis aux cuisiniers de sa maison. Il appelle Besgon, leur chef :

— Garde-le-moi bien, comme on doit faire d'un félon.

L'empereur fait sonner ses cors. Les Français s'arment de hauberts, de heaumes et d'épées. Tous les barons de l'armée montent sur les destriers. Ils se disent l’un à l'autre :

— Si nous revoyions Roland encore vivant, avec lui nous frapperions de grands coups !

A quoi bon les paroles ? Trop de temps a passé. Le jour avance, sous le soleil resplendissent les armures. L'empereur chevauche, vif de colère et abattu d’angoisse.

Hauts sont les monts et ténébreux les vaux. A l'arrière, à l'avant, les clairons sonnent et tous ensemble répondent à l'olifant.

Roland regarde par les monts. Il voit tant de Français qui gisent morts, et les pleure en gentil chevalier :

— Seigneurs barons, que Dieu vous fasse merci ! Qu'il octroie à toutes vos âmes le paradis !

Roland est retourné à la bataille. Durendal frappe et résonne sur les cuirasses adverses. Les Francs sont hardis comme des lions.

— Je sais bien maintenant que nous n'avons plus guère à vivre. Frappez, seigneurs, des épées ! 

Marsile éperonne son cheval, il frappe Olivier en plein dos. Olivier sent qu'il est frappé à mort. Il tient son épée Hauteclaire.

Montjoie ! crie-t-il, ce qui est le cri des chevaliers.

Il appelle Roland, son pair et son ami:

— Sire compagnon, venez vers moi, tout près ; à grande douleur, en ce jour, nous serons séparés.

Olivier se couche contre terre. A haute voix, les deux mains jointes, il prie Dieu qu'il lui donne le paradis et qu'il bénisse Charles et douce France et Roland, son compagnon.

Olivier est mort, le preux Roland le pleure, de douleur et de colère empli. Au plus fort, il se remet à frapper.

Quatre cents Sarrasins se rassemblent. Roland, quand il les voit venir, se fait plus fort, plus fier, plus ardent. Il ne leur cédera pas tant qu'il sera en vie. Il monte son cheval Veillantif et combat avec son épée. Les païens s'enfuient. Le comte Roland chute et ne peut leur donner la chasse : il a perdu Veillantif, son destrier. Il est blessé et il sent la mort prochaine.

Il prie Dieu pour ses pairs et puis pour lui-même. Sur l'herbe verte, il est tombé.

Hauts sont les monts, hauts sont les arbres.

Or un Sarrasin le guette : il a fait le mort  ! Il se redresse, se saisit de l’épée de Roland.  Roland sent qu'il lui prend son épée. De son olifant, il frappe le sarrasin qui meurt.

— Durendal, que tu es belle et sainte ! dit Roland. Ton pommeau d'or est plein de reliques : une dent de saint Pierre et des cheveux de monseigneur saint Denis et du vêtement de sainte Marie. Il n'est pas juste que des païens te possèdent. Puisses-tu  ne jamais tomber aux mains d'un couard ! Par vous, j'aurai conquis tant de larges terres.

Devant lui est une pierre. Il y frappe dix coups, plein de deuil et de rancœur. L'acier grince, ne se brise ni ne s'ébrèche.

Roland sent que la mort le prend : sous un pin il s'est couché sur l'herbe verte. Sous lui il met son épée et l'olifant. Il a tourné sa tête du côté de l’Espagne : il a fait ainsi, voulant que Charles dise qu'il est mort en vainqueur. Pour ses péchés, il demande à Dieu pardon.

Roland est mort ; Dieu a son âme dans les cieux.

L'empereur parvient à Roncevaux. Il n'y a route ni sentier, pas une aune de terrain où ne gise un Français ou un païen.

Charles s'écrie :

— Où êtes-vous, Roland et Olivier ? Où est l'archevêque ? Où, le comte Olivier ? Où, le comte Bérengier ? Ivon que je chérissais tant ? Qu'est devenu le preux Anseïs ? Où est Gérard de Roussillon ?  Où sont-ils, les douze pairs ?

De quoi sert qu'il appelle, quand pas un ne répond ? Il tourmente sa barbe ; ses barons chevaliers pleurent ;

Le duc Naimes dit à l'empereur :

— Regardez en avant, à deux lieues de nous ; vous pourrez voir les sarrasins. Or donc, chevauchez ! Vengez cette douleur !

L'empereur fait sonner ses clairons ; puis il chevauche, le preux, avec sa grande armée. Les païens fuient, les Francs leur donnent la chasse. Au Val Ténébreux ils les atteignent, les tuent tous à coups frappés de plein cœur.

Les païens s'enfuient, car Dieu le veut. Les Francs, et l'empereur avec eux, les pourchassent.

Charles a gagné la bataille. Il a tombé les portes de Saragosse.

L'empereur s'est couché dans un pré. Cette nuit il n'a pas voulu se désarmer ; il garde son blanc haubert ; il garde lacé son heaume aux pierres serties d'or, et son épée Joyeuse ceinte.

Claire est la nuit et brillante, la lune. Charles est couché, mais son cœur est lourd, pour Roland et Olivier, ses douze pairs et les Français qu'à Roncevaux il a laissés morts.

Pour sa trahison, Ganelon fut tué, l’empereur fit justice.

La chanson de Roland : Partie 1

Oyez, mes enfants, la chanson de Roland le preux, qui perdit la vie pour défendre la douce France et son roi.

L’empereur Charles le Grand sept ans durant guerroya en Espagne. Il ne restait presque plus qu'une cité pour lui résister, c'était Saragosse, tenue par le roi Marsile, un païen.

En ce temps-là, Marsile s’inquiétait : allait-il perdre sa ville ? Il manda ses ducs et ses comtes et leur déclara :

— Voyez, seigneurs, quel mal nous guette. Notre armée n'est pas de force à vaincre les Francs. Conseillez-moi, hommes sages.

Blancandrin, un chevalier, lui répondit :

— Envoyez des paroles d’amitié à l’empereur Charles, envoyez-lui des cadeaux, de l'or. Promettez-lui  que, s’il s’en retourne dans son palais d’Aix, vous l’y rejoindrez pour recevoir le baptême des chrétiens et devenir son fidèle vassal. L’empereur une fois reparti dans son pays, nul ne pourra vous obliger à l’y rejoindre.

Une fois sa décision prise, le roi Marsile appelle ses barons Clarin de Balaguer, Priamon,  Guarlan le Barbu et Blancandrin :

— A Charlemagne, seigneurs barons, vous porterez des branches d'olivier, en signe de paix, et vous lui ferez mes promesses.

Les messagers partent vers Charles, avec l’intention de le tromper. L'empereur se tient dans un jardin, sur un trône d’or pur. Les messagers le saluent.

— Salut, Charles le Glorieux ! Entendez le message du roi Marsile. Il vous donnera ours et lions, sept cents chameaux et quatre cents mulets chargés d'or, si vous retournez à Aix. Le roi Marsile vous suivra pour recevoir le baptême et vous jurer obéissance, il vous le promet.

Le sacre de l'empereur Charlemagne

L’empereur renvoie son conseil et fait dresser des tentes pour les messagers.

Le lendemain de grand matin, l'empereur écoute la messe. Puis, il appelle ses barons : l'archevêque Turpin et Acelin le preux comte de Gascogne, Thibaud de Reims et son cousin Milon, le comte Roland et Olivier, son noble ami, enfin Ganelon.

— Seigneurs barons, dit l'empereur Charles, vous avez entendu hier les promesses du roi Marsile. Mais je ne connais pas le fond de son cœur.

Roland répond :

— Malheur à vous, si vous croyez Marsile ! Voilà sept ans, il a fait périr des messagers que vous lui aviez envoyés. Faites la guerre comme vous l'avez commencée ! Menez à Saragosse votre armée et vengez ceux que le félon fit périr.

L'empereur lisse sa barbe, arrange sa moustache et garde le silence. Ganelon, à son tour parle, d'une autre voix :

— Le roi Marsile promet qu'il deviendra votre vassal. Il a perdu la guerre : tous ses châteaux, vous les lui avez détruits ; ses bourgs, vous les avez brûlés. Aujourd'hui qu'il vous implore merci, ce serait péché que de poursuivre cette guerre.

Les barons français approuvent :

— Il a bien parlé !

Alors Charlemagne, qui sait que Marsile est félon, demande :

— Seigneurs barons, qui enverrons-nous à Saragosse ?

Roland, jeune et enthousiasme, se dresse : « Moi, j’irai, seigneur roi ».

Mais l’empereur Charles refuse :

— Toi, non. Je veux garder près de moi mes douze pairs ! Chevaliers, choisissez un baron de ma terre, qui porte à Marsile mon message.Il me faut un homme qui soit aussi roué que l'est Marsile, aussi rusé que lui.

Alors Roland dit : « Envoyez donc Ganelon !»

Le comte Ganelon est en effet un personnage malin; mais voilà que celui-ci blêmit, saisi de peur. Rejetant son manteau de fourrure, il se lève, superbe dans son bliaud de soie.

— Moi, y aller ? Tu veux ma mort, Roland ! Tu sais que Marsile peut me faire tuer quand il lui plaira.
— Et pourquoi parles-tu ainsi ?
Je n’ai pas peur quant à moi ! Si le roi le veut, j’irai à votre place.

L'affront cette fois est complet. Ganelon se sent injurié.

Tu n'iras pas à ma place ! répond Ganelon. Puisque Charles commande, j'irai à Saragosse ; mais ma colère contre toi ne fait que commencer.

L’empereur prend la parole.

— Ganelon, approchez ! recevez le bâton et le gant. Vous l'avez entendu : les Francs vous ont choisi.
Sire, dit Ganelon en sa fureur, c'est cause de ce que Roland m'a nommé !

L'empereur lui tend son gant, mais Ganelon le laisser tomber au sol. Les Français s’exclament :

— Dieu ! quel signe est-ce là ? De cette rencontre nous viendra-t-il un malheur ?

Le comte Ganelon a fixé des éperons d'or à ses pieds, il ceint Murgleis, son épée. Sur Tachebrun, son destrier, il monte et se met en chemin. Sous de hauts oliviers, il rejoint les messagers sarrasins. Or voici qu’avec Blancandrin, l’ami du roi Marsile, il cherche déjà à se venger de Roland.

Tant chevauchent-ils par voies et chemins qu'à Saragosse ils arrivent. A l'ombre d'un pin, un trône est dressé, enveloppé de soie d'Alexandrie. Autour du roi Marsile, vingt mille Sarrasins font silence pour ouïr les nouvelles.

— Salut, ô roi ! commence Blancandrin. Nous avons porté votre message à Charles. Voici Ganelon, un noble baron qui vous apprendra si vous aurez la paix ou non.

— Qu'il parle ! ordonne Marsile.

Saragosse, aujourd'hui

Ganelon a fort bien préparé sa réponse :

— Salut, au nom de Dieu ! Voici ce que vous mande Charlemagne, le preux : si recevez la sainte loi chrétienne, il vous donnera la moitié de l'Espagne en fief. L'autre moitié, Roland l'aura. Si vous refusez, vous mourrez de mort honteuse et vile.

Le roi Marsile a frémi de colère, il a failli se jeter sur l'homme, mais les Sarrasins, à grand peine, l’ont retenu. Marsile se calme et parle en secret avec ses conseillers.

— Ganelon nous servira, dit Blancandrin, il me l'a juré.  

Il prend Ganelon par la main droite et le conduit jusqu'au roi. Là, ils débattent la trahison.

Les Sarrasins

— Beau sire Ganelon, lui dit Marsile,  parlez-moi de Charlemagne. Il est vieux ; quand sera-t-il las de guerroyer ?
Jamais, répond le traître, tant que vivront son neveu Roland et Olivier, son compagnon, et les douze pairs, que Charles aime tant.
Mais, sire chevalier, dit le roi de Saragosse, j'ai une grande armée de quatre-cent mille chevaliers ; dites-moi si je puis battre Charles et les Francs ?
Que nenni ! répond Ganelon. Vous y perdriez vos soldats. Donnez à l'empereur tant de cadeaux qu'il repartira vers la France. Derrière lui il laissera son arrière-garde de vingt mille hommes, là seront Roland et Olivier. De vos païens, envoyez-leur cent mille et qu'ils leur livrent une bataille. Roland mourra et Charles ne voudra plus guerroyer contre vous.

Marsile prend Ganelon par l'épaule et lui dit :

— Je vous donnerai dix mulets chargés d'or fin. Arrangez-vous pour que Roland soit bien à l'arrière-garde. Je lui ferai livrer une bataille à mort.

Ganelon promet :

— Sur ma foi, je le ferai.

Puis il monte à cheval et reprend sa route.

Il arrive au camp de l’empereur un matin que le jour se lève. Devant sa tente, Charles se tient debout sur l'herbe verte. Roland est là, Olivier et beaucoup des autres.

Ganelon avec ruse se met à parler :

— Salut, ô roi de par Dieu ! Je vous apporte les clefs de Saragosse et un grand trésor. Sire, rentrez en votre pays et soyez sûr que, d’ici un mois, Marsile vous suivra au royaume de France. Il se fera chrétien et deviendra votre vassal.

Charles le Grand dit :

— Que Dieu soit remercié ! Vous m'avez bien servi, Ganelon, vous en aurez faste récompense.  

Par l'armée, on fait sonner mille clairons. Les Francs lèvent le camp. Vers douce France tous s'acheminent.

Le jour s'en va. Le comte Roland attache à sa lance le gonfanon et l'élève vers le ciel : à ce signe, les Francs dressent leurs tentes.

Or, par les larges vallées, les païens chevauchent, le heaume lacé, l'épée ceinte, l'écu au col. Dans une forêt, au sommet des monts, ils ont fait halte. Ils sont quatre cent mille. Dieu ! quelle malheur que les Français ne le sachent pas !

La nuit passe toute, l'aube se lève diaphane. Par les rangs de l'armée, l'empereur chevauche fièrement.

— Seigneurs barons, dit Charlemagne,  voyez les étroits passages : choisissez qui fera l'arrière-garde.

Ganelon répond :

— Ce sera Roland : nul n’est vaillant comme lui.

Roland s'est entendu nommer. Alors il parla comme un chevalier doit faire :

— Sire Ganelon, je vous remercie de me choisir pour l'arrière-garde. Charles n'y perdra ni palefroi ni destrier que je ne défende de mon épée. Sire empereur, donnez-moi vingt mille Français vaillants. En toute assurance passez les monts.

L'empereur garde la tête baissée. Il lisse sa barbe, tord sa moustache. Il craint un malheur car l'arrière garde est toujours le point faible de l'armée. Roland est en selle sur son destrier. Avec lui vient son compagnon, Olivier et Oton et Bérengier et Anseïs le fier et Gérard de Roussillon et avec eux, vingt mille autres chevaliers.

Hauts sont les monts et sinistres les défilés. Le vent s'y engouffre les poussant dans le dos. L'ombre les enveloppe bientôt. Les Français passent à grand peine. Quand ils ont franchi les Pyrénées et parviennent en France, il leur souvient que leurs fiefs et leurs nobles femmes les attendent. Pas un qui n'en pleure de tendresse. Mais Charles est plein d'angoisse : à l'arrière, loin encore dans les monts d'Espagne, il a laissé Roland et ses douze pairs.

(à suivre)

La terrible bataille des anges pour Noël, histoire pour enfants

Un jour, quelques années avant l’an zéro, il y eut un grand remue-ménage dans le Ciel. On disait que le grand patron, le chef des chefs, le roi suprême, celui qui commande aux archanges[1] qui commandent aux myriades d’anges, avait décidé de descendre sur Terre.

Lui, sur Terre !

Une histoire impensable.

Si cela devait avoir lieu, quel déménagement ! Le cortège de Dieu devait traverser l’Univers. Il faudrait que les anges s’y mettent sérieusement, ce serait comme lors de la Création du Monde, un travail titanesque ! Pis que titanesque : angélique, archangélique ! Cent montagnes à déplacer ou mille écuries d’Augias à récurer eussent été une tâche autrement plus légère !

Déplacer le patron, déménager le Big One ! Vous imaginez ? Nous autres, ici bas, on se fait tout un pataquès de déplacer un président de la République en province, alors pensez : déplacer Dieu ! Autant essayer de balayer les étoiles à gauche de l’Univers et les trous noirs à droite. Autant se servir d’un pied de biche pour soulever Saturne ou de transporter mars à coups de brouette. Dieu, il a quelques millions de galaxies dans la poussière de l’ourlet de son pantalon. Pour le bouger, il allait falloir quelques milliards d’armées de tractopelles !

On murmurait chez les anges. Jusqu’aux plus hauts des anges, la stupéfaction emplissait tout. Il n’y avait que le petit groupe des Sept autour du trône[2], le groupe des archanges dont… La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.Lire davantage

Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique

Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique

Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique

Histoire pour enfant Egypte antique

Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique

Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

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L’Île au trésor histoire pour enfants

« Debout, Jim! » lance sa maman depuis la cuisine. « Il faut nettoyer l'auberge. »

« Encore et toujours nettoyer l'auberge » marmonne Jim en glissant hors du lit.

Il descend à la cuisine, où sa mère Rose l'accueille d'un baiser sur le front. « Déjeune rapidement, fiston. Tu dois préparer la chambre d'invité, car nous avons un client. »

Jim soupire. « J'allais jouer aux pirates avec les amis du village » maugrée-t-il.

Sa maman rit doucement. « Ce sera pour une autre fois. Allez, mange ton gruau, et au travail ! »

Jim avale son repas et court chercher les draps propres sur la corde à linge dans la cour.

Il s'arrête net à la porte. Un homme lui bloque le chemin. Il porte un long manteau sombre à large collet, un chapeau cornu et une barbe épaisse. « Un pirate ! » pense Jim.

« Ouste, chenapan! » grommelle l'homme avant de se mettre à tousser. Il a un œil abîmé, presque blanc.

Treasure island L'Île au trésor

C'est le client attendu de l'auberge. Jim propose son mouchoir propre à l'invité. L'homme le saisit et se mouche bruyamment. « Bernard le Borgne te remercie, matelot, » lui dit-il.

En changeant les draps dans la chambre, Jim observe les quelques biens de l'homme : une grosse malle et un petit coffre orné de ferrures. « Un trésor de pirate », murmure le garçon.

malle

« Qu'as-tu dit ? » tonne soudain une grosse voix derrière lui depuis le chambranle de la porte. Jim se tourne pour voir l'invité le regarder avec suspicion et, il faut le dire, comme avec une menace dans les yeux. « Hors de ma chambre ! » lui ordonne-t-il. « Ce n'est pas un petit marin d'eau douce comme toi qui va me ravir... mon trésor. » Il a dit ces mots presque en les murmurant. Finalement, l'étranger chasse Jim de la chambre et verrouille la porte de sa chambre derrière lui.

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Le lendemain, l'inquiétant étranger ne descend pas pour le petit déjeuner.

« Jim, va cogner doucement à sa porte » lui demande sa mère.

trou_serrureJim monte et cogne à la porte, mais pas de réponse. Il regarde par le trou de la serrure. L'homme n'est pas étendu dans son lit, mais sur le sol.

Il descend à la cuisine. « Maman, le monsieur semble aller mal ! »… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

« Cours chercher le docteur. »

Le médecin du village accourt, monte à l'étage et doit forcer la porte de la chambre pour entrer, mais il est trop tard pour aider Bernard le Borgne. « La pneumonie l'a emporté » dit gravement le docteur. « Je vais demander aux hommes du village de l'enterrer au cimetière. » Il couvre l'homme d'un drap. « Il faut annoncer son décès à sa famille. Rose, vous devrez trouver dans ses affaires de quoi savoir où envoyer les lettres.
- Je vais devoir fouiller les affaires d'un mort ? se dit la pauvre maman.
- Si vous avez une autre idée... »

Quand les hommes sont partis en emportant le mort, Jim et sa mère forcent les serrures de la malle et du petit coffre. Ils ne trouvent aucune lettre de proches de l'homme mort. Mais le petit coffre contient un objet : une carte.

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« Maman, on dirait... une carte au trésor. »

Rose rit et prend la carte pour l'observer de plus près. Mais à présent, elle fronce les sourcils.
- Jim... Je crois que tu as raison. Va aux quais pour la montrer à Anna.
- Ton amie ?
- Oui, elle saura te le dire.

Jim court jusqu'aux quais du village. Il demande à quelques matelots où trouver Anna. L'un d'eux pointe du doigt le haut du mât d'un navire amarré. Perchée dans le cordage à dix mètres de haut, la fameuse Anna est dans la mâture et vérifie des nœuds.

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« Anna ! » crie Jim, moulinant des bras pour attirer son attention. Anna lève la tête, lui fait signe, puis descend du beaupré aussi habilement qu'une acrobate.
- Bonjour, Jim. Quoi de neuf ?
- Un client de l'auberge est mort la nuit dernière.
- Pauvre gars, dit Anna.
- Mais regarde ce qu'on a trouvé dans ses affaires.
Et Jim déplie la carte.Lire davantage

auvergne hiver

La Bête du Gévaudan racontée aux enfants

— « Au secours ! à l’aide ! » s’écrie Jeannette en courant à perdre haleine sur le chemin qui mène à son village.
— Ma Jeannette, que se passe-t-il ? s’exclame sa mère en sortant de leur ferme. Pourquoi tes habits sont-ils tout déchirés ? Et où sont les bœufs que tu dois garder ?
— Oh ! maman, répond la jeune fille tout essoufflée, une bête… une bête terrifiante m’a attaquée ! Je menais tranquillement les bœufs à paître dans le pré, lorsqu’elle a surgi du bois et s’est jetée sur moi. J’ai eu tellement peur, maman ! mais les vaches m’ont défendue. La Noiraude lui a donné de grands coups de cornes, et la brave Roussette ! vous auriez dû la voir grattant le sol avec ses sabots !
— Dieu soit loué, mon enfant, tu es saine et sauve ! dit la mère en serrant sa fillette dans ses bras.

C'était, au début de l’été 1764, la première attaque d'une bête mystérieuse qui effraya tout une région, une bête qu'on appellerait la "bête du Gévaudan". La paix de ces petits villages d’Auvergne, nichés au creux des vallées du grand "pays" du Massif Central, allait être troublée pendant plusieurs années.

ob_6bc90e_dsc06015-gf La Bête du Gévaudan

Après la vachère Jeannette, d’autres enfants furent attaqués et gravement blessés par la bête. Son poil roux était strié de bandes noires, et une tâche blanche apparaissait sur son poitrail. Ses courtes oreilles, son museau fin, et sa gueule armée de quarante-deux dents la rendaient terrifiante.

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Avant la nuit de Noël raconté aux enfants

Lorsque Marie et Joseph traversèrent Bethléem en quête d’un gîte et d’un couvert, ils rencontrèrent ses habitants.

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël le voyage de Joseph et Marie

Ils ne trouvèrent nulle part où se loger. Par charité, tout le monde a oublié les réponses des habitants de la ville, qui ne leur trouvèrent aucune place. Pourtant, Marie et Joseph n’étaient pas encombrants, ils n’avaient qu’un petit bagage. La maman était enceinte et avait besoin d’un toit sous lequel dormir. Mais rien n’y fit, ils ne trouvèrent pas à se loger dans cette grande ville.

Mais rien n’est plus simple que de savoir ce que les habitants leur dirent : ils suffit de traverser une vie et de tendre l’oreille.

A la première maison, Joseph avait frappé doucement sur la porte en chêne. Il n’y avait eu aucune réponse. Personne non plus à la seconde maison. Peut-être ne frappait-il pas assez fort ? Alors, à la troisième maison, il tapa du poing. La porte s’ouvrit sur une dame au visage impassible.
— Madame, que Dieu soit sur vous et tous les vôtres, nous sommes à la recherche d’un logis, connaîtriez-vous quelqu’un qui pourrait nous héberger ?
La dame ne fut guère surprise. L’empereur romain avait ordonné à tous les habitants de l’empire de se faire recenser. Alors chacun des environs était venu en ville avec sa famille. Ils étaient très nombreux à la recherche d’un abri. Mais c’était là le premier couple qui osait venir jusque chez elle.

Histoire pour enfant Avant la nuit de Noël

Bruegel l'ancien: le dénombrement de Bethléem

— Est-ce que dans ce quartier on ne trouverait pas une place pour ma femme, qui est sur le point d’accoucher ? redit Joseph.
Impavide, la dame ne trouvait pas de réponse :
— Je vais voir. Repassez plus tard, je me renseignerai. Continuez à chercher et si jamais vous ne trouvez rien, revenez par ici, j’aurai peut-être trouvé quelque chose. Mais je ne vous promets rien.
Marie et Joseph s’éloignèrent et naturellement la brave dame oublia l’incident.
Plus loin, on leur répondit :
— Vous allez au-devant d’une grosse désillusion. Les gens ici sont égoïstes.
— Est-ce possible ?
— Vous verrez, ils vous diront qu’ils vont essayer de trouver, mais ils ne feront rien. Allez, bonne chance quand même.
Plus loin encore, ils furent mis en garde :
— Méfiez-vous, on va vous dire « oui », mais au final on vous fera payer une fortune.
Et la porte se refermait.

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Joseph comprit alors qu’il était bien loin de Nazareth, la petite ville où il travaillait, où les choses étaient plus simples.
De seuil de porte en seuil de porte, la plupart des gens ne répondaient pratiquement rien. Neuf sur dix ne répondaient vraiment rien, à part quelques mots gênés comme « je ne sais pas » ou « je ne suis pas au courant ». Il n’y avait pas vraiment lieu d’être « au courant », mais c’était le genre de mots qu’on dit sans y penser, pour se défausser.
Ou encore :
— Excusez-moi, mais on ne se connaît pas. Avec tous ces brigands sur la route. Sans compter tous ces étrangers qui rôdent comme s’ils étaient chez eux…
Et ainsi de suite, la litanie des mauvaises excuses n’avait pas de cesse :
— Nous n’avons pas de place et je suis trop occupé.
— Je peux vous donner un quignon de pain, mais pour vous loger, ce n’est pas possible.
— Ce serait sacrilège, pour nous, c’est le 25ème jour du calendrier qui précède l’immolation des brebis offertes à Phoibos (il y avait une quantité de religions alors, et il était impossible de dénombrer les cultes et les rituels).
— Je passe mon temps à m’occuper des pauvres et des miséreux, je leur donne tout, laissez-moi en paix un jour ou deux, voulez-vous ?
Cette dernière réponse était la plus fréquente, avec des variations, telles que :
— J’ai déjà hébergé quelqu’un hier.
— Ce serait avec plaisir et grande joie, mais le personnel de maison a pris son congé.
— Je garde une chambre, c’est vrai, d’ailleurs chacun doit avoir de quoi loger un pèlerin, mais d’abord vous n’êtes pas pèlerins et puis pour tout vous dire, je conserve cette chambre pour des gens qui seraient vraiment démunis, pour des vrais pauvres. Si je vous logeait et qu’un vrai pauvre surgissait ? Nous serions vous et moi dans le pétrin, pas vrai ?
Bref, les mauvaises excuses étaient nombreuses.
— Personne ne vous obligeait à venir à Bethléem.
— Vous collaborez à l’ordre romain en vous faisant recenser.
— Cachez-vous vite, fuyez, ne restez pas dans les parages ! (la porte dans ce cas-là claquait fort au nez de Joseph).
— Réfléchissez une seconde : si je vous héberge, je rends service à l’Empire, et pour moi mieux vaut ne rien faire qui arrange ses affaires.
— Il va y avoir du grabuge. Si quelqu'un vous trouve chez moi, ma retraite est fichue. Essayez de comprendre un peu.
— Ne faites pas de la provocation. A errer ainsi dans la rue, vous allez nous attirer des ennuis.
— Est-ce que vous avez l’air de dire que Rome n’a pas prévu de vous loger ? Impossible ! A moins que vous soyez des propagandistes ennemis de Rome.
Une jeune dame voulait absolument faire comprendre qu’elle était riche :
— Une chambre ? Vous plaisantez ! Je peux vous offrir un palais, seulement mon mari attend le droit de le construire, revenez l’année prochaine.
Il y avait les impies qui disaient non et ajoutaient, une fois la porte refermée :
« Si Dieu existait réellement, il ne les aurait pas envoyés sur la route dans cet état-là ! »
Il est vrai qu’enceinte et sur le point d’accoucher, Marie ne pouvait que supporter difficilement le voyage.
Une fois, ils tombèrent sur un homme très intelligent, un lettré, qui discourut d’un air très pénétré sur ce qu’il convenait de mettre en place en faveur des pèlerins et des voyageurs, sur la politique de la ville et sur le destin de l’homme confronté à la solitude et à l’égoïsme.
Mais il y avait d’autres réactions, moins courantes. Par exemple, cette maisonnée pleine de rires et d’humour, qui orienta le pauvre couple dans une mauvaise direction et les observa se perdre. C’était si drôle.
Tout en s’égarant, convaincus d’aller vers un lieu hospitalier, les trois saintes personnes (Joseph et Marie, et puis Jésus dans le ventre de Marie) passèrent devant une maison à laquelle Joseph n’osa pas frapper, et l’hôte de cette demeure prit très mal la chose :
— Ils ne viennent même pas frapper chez nous comme chez la voisine. Non, mais, pour qui se prennent-ils ? Ce n’est pas croyable !
Il y avait bien sûr ces gens qui les orientaient vers l’hospice public ou le temple, après tout il y a des services publics pour ça, à quoi servent les impôts et les offrandes ?
— Le temple et l’hospice sont pleins, malheureusement, nous y sommes allés.
— Il faut dire que vous vous y prenez un peu tard. Vous avez planifié votre déplacement ? Il fallait vous organiser. Vous n’avez pas entendu parler du recensement ?
Celui-ci ajouterait vers sa femme, une fois la porte tirée : « Il voyage avec une femme enceinte et il s’y prend au dernier moment. On se demande vraiment dans quel monde on est. »
Dans un autre registre, il y avait ceux qui se scandalisaient à mi-mots :
— Le problème, c’est que par ce temps-là, vous jouez avec la santé de l’enfant. La santé, c’est primordial.
Ou ceux qui ne s’inquiétaient pas, ils étaient nombreux, spécialement ceux qui étaient sur le point de passer à table :
— Ne vous en faites pas, ça va s’arranger. Soyez patients.
Ou même :
— Priez, priez, priez ! Le Ciel vous viendra en aide. Bonne route !
— Le Ciel entend toutes les prières et Dieu est bon. Gardez courage. J’ai bien connu votre situation. Il y a des tas de gens dans votre situation, il ont besoin de votre courage. Au revoir !
Pourtant, Marie et Joseph pensèrent à un moment donné toucher au but. Il y eut de très braves gens qui, pleins de bons sentiments, répondirent :
— Nous ne méritons pas votre présence chez nous.
— Mais au contraire, insistait Joseph qui reprit courage, vous nous feriez grand honneur, vraiment si vous aviez une petite place.
— Oh ! non, monsieur, madame, on voit bien que vous êtes des gens bien élevés, avec de la religion et tout et tout, non, nous ne sommes pas dignes. Si j’avais de quoi, une pièce propre... digne des gens de la "haute"... non, vraiment, nous n’oserons jamais. Passez votre chemin, nous sommes trop humbles.
Cette remarque laissa Marie et Joseph décontenancés car ils se pensaient eux-mêmes fort humbles, et ils étaient réellement fort modestes, à Nazareth, étant parmi les plus pauvres alors qu'il y avait au village de puissants personnages possédant des centaines de bêtes et de grandes maisons. Ce n'était pas leur cas, Joseph et Marie étaient simples; comme beaucoup de jeunes couples, il faut le dire. Assurément, jamais ils n'auraient pensé être regardés comme d'un haut rang social. Mais à la vérité, si cette personne leur avait dit ça, c'est parce qu'ils portaient non seulement sur leur visage la royauté sublime de leur deux belles âmes mais en plus, dans tout leur être irradiait la divinité rayonnante de l'enfant qu'ils attendaient. Si bien que, si une maman est bien contente de s'entendre dire qu'elle rayonne grâce à sa grossesse, imaginez ce que ce devait être chez Marie, combien elle pouvait être belle !
Oui, enfin, en attendant, il n’y avait rien à faire. Ils étaient toujours sur la route, le vent sifflait doucement en refroidissant de minute en minute. Sans doute qu'il neigerait, cette nuit.
Le meilleur, je vous le garde pour la fin. Un homme qui avait tout l’air d’un visionnaire leur dit :
— Pour l’amour du Ciel, mais je sais qui vous êtes !
— Vous savez qui nous sommes ?
— Par le Très-Haut, vous êtes Marie et Joseph, de Nazareth !
— C’est vrai. Nous serions-nous déjà rencontrés ?
Joseph eut un regard joyeux vers Marie qui sourit, dans la joie d’avoir rencontré quelqu’un qui les reconnaissait.
— Oui, je vous ai vus, à Nazareth. Je suis persuadé que c'est votre enfant qui sera le Sauveur. Je l'ai entendu en songe. Il est écrit qu’un sauveur va nous naître, les prophètes nous l’ont annoncé, et je sais au fond de moi qu’Il va venir par vous et je sens… Dieu me garde ! Je sais que c’est l’enfant qui est dans ce ventre ! N’est-ce pas ? J’en ai eu l’illumination dès que je vous ai revus à l'instant.
— Béni soit l’Esprit !
— Je vous en supplie, priez pour moi !
— Nous prierons pour vous.
— Je vais de ce pas prévenir les miens !
— Mais nous logeriez-vous ?
— Hosanna ! Je cours avertir mon père et ma mère, et ma famille tout entière, les voisins, les prêtres, mes amis. Béni soit le Ciel. Restez ici, je serai bientôt de retour. Dieu soit loué, j’ai vu les parents du Sauveur ! Priez pour moi, je vais annoncer cette bonne nouvelle.
Et le visionnaire disparut aussitôt, laissant Joseph et Marie à leur dénuement. Il n’avait pas compris qu’ils avaient besoin de lui.

Joseph emmena donc Marie à l’écart de la ville où personne n’avait su les recevoir.

Extension, si l'enfant est à même de l'entendre:

La neige commença à tomber — beaucoup de gens sourient à cette idée, c’est qu’ils ne connaissent pas Bethléem, sur les montagnes de Judée, à 800 mètres d’altitude, où les neiges ne sont pas rares à ce moment de l’année. C’était un 25 décembre, les historiens sérieux le savent à cause du recensement de l’empereur Auguste, et puis les registres des heures sacerdotales trouvés à Qu’mran mentionnent celle de saint Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, datant l’apparition de l’Archange saint Gabriel dans le temple, venu annoncé la conception de son fils le 25 septembre, 6 mois pile avant l’Annonciation à Marie ; et puis, c’était le jour de la Fête des lumières et du solstice d’hiver, quand le soleil recommence à s’élever sur l’horizon. Jésus Soleil de Justice, qui illumine les ténèbres de ce monde, a voulu apparaître sur Terre le jour de cette fête païenne. Enfin, la Sibille de Rome indiqua que Dieu naîtrait sur Terre un 25 décembre. D’autres prophéties avaient prédit qu’en cette nuit un immeuble connu de Rome se serait écroulé, ce qui se produisit, et que la fontaine de l’Hospice des vieux soldats donnerait de l’huile au lieu d’eau, ce qui eut lieu. Telle fut la nuit ou naquît l’Enfant Jésus, quoi qu’en disent les farfelus qui prétendent que Jésus ne naquit pas le jour de sa naissance… Et oui, mais ce n’est pas une surprise pour les gens qui ont du bon sens : Noël a lieu à Noël.

Donc, grelottant de froid, Joseph et Marie trouvèrent une étable abandonnée et s’y installèrent. Marie accoucha là et ne trouva, comme lit pour le bébé, qu’une mangeoire emplie de paille. Bientôt viendraient des gens simples, sans demeure, des bergers qui leur sacrifièrent leur temps et leurs présents ; il vint aussi des gens qui avaient de quoi leur offrir de l’or, de la myrrhe et de l’encens, des mages. Ceux-là, pauvres ou riches, étaient déjà sur la route.

Avant la nuit de Noël

prince et renard

Le Petit Prince raconté aux enfants, seconde partie

d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry

Le petit prince reprit son chemin. La planète suivante était dix fois plus vaste. Elle était habitée par un vieux monsieur, qui écrivait sur d’énormes livres : c’était un géographe.

— Tiens ! voilà un explorateur, s’écria le géographe quand il aperçut le Petit prince.

vieux Le Petit Prince, seconde partie

Le vieux monsieur

Car pour les géographes, tous les hommes sont des explorateurs.

— Qu’est-ce qu’un géographe ? demanda le Petit prince.
— C’est un savant qui connaît où se trouvent les mers et les fleuves, les villes et les forêts, les montagnes et les déserts.
— Ça, c’est intéressant, c’est un véritable métier, pensa le Petit prince.
— Mais toi, tu viens de loin, se réjouit le géographe, tu vas me décrire ta planète !
— Oh ! Chez moi, c’est tout petit, dit le Petit prince, ce n’est pas très intéressant. J’ai trois volcans. Et j’ai aussi une fleur.
— Les volcans, ça c’est intéressant.  Mais… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

petit prince

Le Petit Prince (Antoine de Saint-Exupéry) raconté aux enfants , première partie

Le Petit prince d’après l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry

Isolé dans le désert du Sahara, à mille milles de toute terre habitée, un aviateur dormait sur le sable chaud. Son avion avait eu une panne de moteur, et il avait dû se poser là. Au lever du jour, il entendit une drôle de petite voix lui demander :

— S’il vous plait… dessine-moi un mouton .

L’aviateur, réveillé en sursaut, se frotta les yeux. Devant lui se tenait un jeune garçon, vêtu d’une cape verte, revers rouge, sur un costume blanc. Ses cheveux étaient d’un blond doré comme les blés.

— Petit bonhomme, qu’est-ce que tu fais là ? interrogea l’homme, très étonné.
— S’il vous plaît, dessine-moi un mouton… répéta l’enfant doucement, comme on demande une chose très sérieuse.

Alors devant ce mystère, l’aviateur n’osa pas désobéir. Sortant de sa poche un carnet et un stylo, il dessina un mouton. Voyant le dessin, l'enfant s'exclama:

mouton Le Petit prince (Antoine de Saint-Exupéry), première partie— Non !… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

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