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La chanson de Roland : Partie 2

Ganelon le félon a trahi Charlemagne : il a reçu du roi Marsile de l’or et de l’argent pour faire mettre Roland à l’arrière-garde et lui tendre un piège.

Marsile a mandé par l'Espagne ses barons, comtes, ducs et capitaines. En trois jours, il en rassemble quatre-cent-mille, et par Saragosse fait retentir ses tambours.

Tous ses barons ont promis :

— A Roncevaux, j'irai combattre. Si j'y trouve Roland, il est mort, et morts Olivier et les douze pairs et tous les Français. L'Espagne restera libre.

Les soldats sarrasins

Les Sarrasins lacent leurs heaumes et ceignent des épées d'acier. Ils chevauchent, passent les vaux, passent les monts : enfin ils voient les oriflammes de France. Clair est le jour et beau le soleil : au soleil, les armes flamboient. Mille clairons sonnent. Les Français entendent ce grand bruit.

Olivier est monté sur une hauteur et voit venir les païens. Le plus vite qu'il peut, il vient aux Français, leur raconte tout.

— Du côté de l'Espagne, je vois venir tant de hauberts qui brillent, tant de heaumes qui flamboient ! Vous aurez une bataille, telle qu'il n'en fut jamais. Ganelon le savait, le félon, qui devant l'empereur nous désigna.

Roland l’encourage :

— Nous devons tenir, pour notre roi. Amis, que Dieu vous donne sa force !
Honni soit qui s'enfuit ! répondent tous les chevaliers.

Roland est preux et Olivier sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Olivier se penche vers son compagnon :

— Roland, sonnez votre olifant ! Charles l'entendra et les Français reviendront.
Jamais, répond Roland, je ne sonnerai mon cor pour des païens.  J'aime mieux mourir que choir dans la honte !

Puis, ils chevauchent sus aux Sarrasins et les affrontent sans trembler.

Durandal, lancée par Roland avec la force de l'archange Michel, serait aujourd'hui, plus de mille ans plus tard, fichée dans un rocher, à Rocamadour

Dans la bataille, Roland frappe avec Durendal, sa bonne épée. Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs.

L'un attaque, l'autre défend. Tant de bons Français y perdent leur vie ! Les païens meurent en foule et par milliers.

Marsile fait sonner ses cors, puis chevauche avec le reste de sa grande armée. Les chrétiens sont en grande détresse. Roland voit le grand massacre des siens. Il appelle Olivier, son compagnon :

— Ami, voyez tant de vaillants qui gisent là contre terre ! Je sonnerai l'olifant. Charles l'entendra, les Francs reviendront.
Ce serait déshonneur  ! répond Olivier. Quand je vous demandais de le faire, vous n'en fîtes rien.
Notre bataille est dure ! Je sonnerai mon cor, le roi Charles l'entendra.
Compagnon, c'est votre faute, si les Français sont morts. Si vous m'aviez écouté, Charles serait revenu ; cette bataille nous l'aurions gagnée ; le roi Marsile eût été tué. Aujourd'hui prend fin notre amitié.

Turpin l'archevêque les entend qui se querellent. Il vient jusqu'à eux et les reprend  :

— Sire Roland, et vous, sire Olivier, je vous en prie de par Dieu, ne vous querellez point ! Sonner du cor ne nous sauverait plus. Et pourtant, sonnez, ce sera mieux. Que vienne l’empereur, il nous vengera.

Roland porte l'olifant à ses lèvres. Il sonne à pleine force.

Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente grandes lieues on l'entend qui se prolonge.

Charles l'entend et l'entendent tous ses  chevaliers.

— Nos hommes livrent bataille ! C'est le cor de Roland !

Ganelon répond :

— De bataille, il n'y a point. Vous connaissez bien le grand orgueil de Roland, jamais il ne sonnerait pour appeler à l’aide. C’est un lièvre qu’il poursuit.

Roland sonne l'olifant.

Charles l'entend, et ses Français l'entendent.

— Ce cor a longue haleine !

Le duc Naimes répond :

— Roland livre bataille, j'en suis sûr. Il lance son appel. Celui-là même l'a trahi qui maintenant vous demande d'y faillir.

Le roi fait saisir le comte Ganelon. Il l'a remis aux cuisiniers de sa maison. Il appelle Besgon, leur chef :

— Garde-le-moi bien, comme on doit faire d'un félon.

L'empereur fait sonner ses cors. Les Français s'arment de hauberts, de heaumes et d'épées. Tous les barons de l'armée montent sur les destriers. Ils se disent l’un à l'autre :

— Si nous revoyions Roland encore vivant, avec lui nous frapperions de grands coups !

A quoi bon les paroles ? Trop de temps a passé. Le jour avance, sous le soleil resplendissent les armures. L'empereur chevauche, vif de colère et abattu d’angoisse.

Hauts sont les monts et ténébreux les vaux. A l'arrière, à l'avant, les clairons sonnent et tous ensemble répondent à l'olifant.

Roland regarde par les monts. Il voit tant de Français qui gisent morts, et les pleure en gentil chevalier :

— Seigneurs barons, que Dieu vous fasse merci ! Qu'il octroie à toutes vos âmes le paradis !

Roland est retourné à la bataille. Durendal frappe et résonne sur les cuirasses adverses. Les Francs sont hardis comme des lions.

— Je sais bien maintenant que nous n'avons plus guère à vivre. Frappez, seigneurs, des épées ! 

Marsile éperonne son cheval, il frappe Olivier en plein dos. Olivier sent qu'il est frappé à mort. Il tient son épée Hauteclaire.

Montjoie ! crie-t-il, ce qui est le cri des chevaliers.

Il appelle Roland, son pair et son ami:

— Sire compagnon, venez vers moi, tout près ; à grande douleur, en ce jour, nous serons séparés.

Olivier se couche contre terre. A haute voix, les deux mains jointes, il prie Dieu qu'il lui donne le paradis et qu'il bénisse Charles et douce France et Roland, son compagnon.

Olivier est mort, le preux Roland le pleure, de douleur et de colère empli. Au plus fort, il se remet à frapper.

Quatre cents Sarrasins se rassemblent. Roland, quand il les voit venir, se fait plus fort, plus fier, plus ardent. Il ne leur cédera pas tant qu'il sera en vie. Il monte son cheval Veillantif et combat avec son épée. Les païens s'enfuient. Le comte Roland chute et ne peut leur donner la chasse : il a perdu Veillantif, son destrier. Il est blessé et il sent la mort prochaine.

Il prie Dieu pour ses pairs et puis pour lui-même. Sur l'herbe verte, il est tombé.

Hauts sont les monts, hauts sont les arbres.

Or un Sarrasin le guette : il a fait le mort  ! Il se redresse, se saisit de l’épée de Roland.  Roland sent qu'il lui prend son épée. De son olifant, il frappe le sarrasin qui meurt.

— Durendal, que tu es belle et sainte ! dit Roland. Ton pommeau d'or est plein de reliques : une dent de saint Pierre et des cheveux de monseigneur saint Denis et du vêtement de sainte Marie. Il n'est pas juste que des païens te possèdent. Puisses-tu  ne jamais tomber aux mains d'un couard ! Par vous, j'aurai conquis tant de larges terres.

Devant lui est une pierre. Il y frappe dix coups, plein de deuil et de rancœur. L'acier grince, ne se brise ni ne s'ébrèche.

Roland sent que la mort le prend : sous un pin il s'est couché sur l'herbe verte. Sous lui il met son épée et l'olifant. Il a tourné sa tête du côté de l’Espagne : il a fait ainsi, voulant que Charles dise qu'il est mort en vainqueur. Pour ses péchés, il demande à Dieu pardon.

Roland est mort ; Dieu a son âme dans les cieux.

L'empereur parvient à Roncevaux. Il n'y a route ni sentier, pas une aune de terrain où ne gise un Français ou un païen.

Charles s'écrie :

— Où êtes-vous, Roland et Olivier ? Où est l'archevêque ? Où, le comte Olivier ? Où, le comte Bérengier ? Ivon que je chérissais tant ? Qu'est devenu le preux Anseïs ? Où est Gérard de Roussillon ?  Où sont-ils, les douze pairs ?

De quoi sert qu'il appelle, quand pas un ne répond ? Il tourmente sa barbe ; ses barons chevaliers pleurent ;

Le duc Naimes dit à l'empereur :

— Regardez en avant, à deux lieues de nous ; vous pourrez voir les sarrasins. Or donc, chevauchez ! Vengez cette douleur !

L'empereur fait sonner ses clairons ; puis il chevauche, le preux, avec sa grande armée. Les païens fuient, les Francs leur donnent la chasse. Au Val Ténébreux ils les atteignent, les tuent tous à coups frappés de plein cœur.

Les païens s'enfuient, car Dieu le veut. Les Francs, et l'empereur avec eux, les pourchassent.

Charles a gagné la bataille. Il a tombé les portes de Saragosse.

L'empereur s'est couché dans un pré. Cette nuit il n'a pas voulu se désarmer ; il garde son blanc haubert ; il garde lacé son heaume aux pierres serties d'or, et son épée Joyeuse ceinte.

Claire est la nuit et brillante, la lune. Charles est couché, mais son cœur est lourd, pour Roland et Olivier, ses douze pairs et les Français qu'à Roncevaux il a laissés morts.

Pour sa trahison, Ganelon fut tué, l’empereur fit justice.

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L’invention de la mongolfière

Voici l'histoire du premier homme dans le ciel.

Un voyageur de Lyon, venu présenter sa marchandise s’arrêtait un soir dans une auberge des faubourgs d’Avignon, à l’enseigne du « Bon repos ».

Poussant la porte, s'installant, il commanda un dîner qui se devait, selon lui, d'être copieux et de ne pas attendre.
— Fort bien, Monseigneur
, dit l’hôte avec un accent typique de la Provence, en s’inclinant. Nous ferez-vous l'honneur de loger à l'auberge cette nuit ?
Oui, mon cher, mais appelle-moi Monsieur. Je reste chez toi si tu as une chambre convenable et propre.
— Monsieur, toutes mes chambres le sont.
— J'entends: sans blatte, sans cafard, balayée, draps frais, rideaux opaques, couloir silencieux et une fenêtre côté cour. Voici de la monnaie sonnante et trébuchante, finit le voyageur qui semblait savoir ce qu'il voulait, en extrayant un demi-louis d’or de sa bourse.
— C'est bien trop, Monseigneur, vous me comblez.
— Pas du tout, tu me rendras la monnaie. Que crois-tu ?
— C'est ce que je voulais dire. Une nuit trente sols et un repas sept sous. Du vin avec ça ?
— A combien ?
— Cinq sous la pinte.

— Donne-m'en de six.
— Pardon ?
— Donne-m'en de six sous la pinte. A cinq sous, je crains que ton vin soit du vinaigre.
— Oui, j'ai un vin de six sous. Il est meilleur.
— S'il est plus cher, c'est assez naturel, non ?
— Monsieur est perspicace.
— Très.
Mets-m'en pour trois sols.
— Une demi-pinte pour Monseigneur
, dit l’aubergiste en s’inclinant légèrement, affable. Le voyage de Monseigneur a-t-il été agréable ?
— Il a été long. Mais la route est belle.
— Sans doute, je ne la connais pas, je n'ai jamais quitté le bourg, de toute ma vie.
— Le bourg ? Mais mon pauvre ami, ne veux-tu pas voir l'Italie, l'Angleterre, les Alpes vertigineuses ?
— Certainement pas ! si du moins Monseigneur me permet. Ces endroits sont peuplés de gens qui, pour ce qu'on en dit, nous ont fait trop de malheurs; quant aux montagnes, elles sont infestées de loups.
— Tu es une bonne bête, mais tu ne verras rien du monde !
— Monseigneur voyage; moi, je ne vaque qu'à mes affaires...
— Cesse donc de m'appeler Monseigneur, je te l'ai dit, je ne suis qu'un sujet du roi, comme toi. J’ai nom Joseph Montgolfier, humble fabricant de papiers.

Ce Joseph Montgolfier-là n'imaginait pas une seconde comment, dans quelques heures, lui viendrait une idée qui amènerait un changement complet dans la direction du monde. Il découvrirait une invention.

Installé à une table de bois noirci, près de la cheminée, étendant avec plaisir ses jambes engourdies par le long trajet en diligence, le papetier se restaure d'un repas correct. Après le repas, rassasié, il s’attarde un instant à contempler les braises rougeoyantes. Le lendemain, il aurait à finir sa route pour présenter ses papiers aux riches bourgeois d’Avignon. Pour l'heure,il se sent bien, au chaud.

Après une nuit calme, Monsieur est réveillé à l’aube par les pépiements des moineaux dans l’olivier devant sa fenêtre. Un soleil timide perce à peine derrière les nuages et l’air est très frais. Enroulé dans une couverture, il se lève en frissonnant pour aller ranimer le feu qui lui a fait tant de bien la veille au soir. Jetant des brindilles sèches, puis calant une bûche, il reste près du foyer pour se réchauffer un peu, regardant les flammes rouges et or s’élever.

— Peste ! tôt ou tard, il va me falloir enfiler mes habits tout froids… Tiens, mais si je les réchauffais un instant près du feu ?

Aussitôt dit, aussitôt fait. Attrapant sa chemise par le col, il étend le bras dans la cheminée, tenant son vêtement bien au-dessus des flammes. Un moment après, la chemise réchauffée se gonfle comme un ballon et se fit toute légère. Joseph en est très surpris.

— Dame ! Mais elle se serait envolée ! pense-t-il en s’habillant.

Il part faire la tournée de ses clients. En fin de matinée, il se présente chez le gouverneur militaire de la ville, le sieur Dubretol, où un autre incident le rendra plus songeur encore.

Joseph de Montgolfier

Montgolfier, notre cher fournisseur ! entrez ! tenez, asseyez-vous là en attendant que mon épouse nous rejoigne, elle veut un nouveau papier pour les murs de sa chambre.
Je l'attendrai avec vous, Excellence.
— Voulez-vous un café ? Il vient de Paris, il est de mode, paraît-il.
— Volontiers, Monsieur, fait le papetier. Puis, comme le silence se fait et que le gouverneur tient en main un gravure qu'il observe en oubliant son visiteur, Joseph se racle la gorge et son hôte se redresse aussitôt :
— Pardonnez-moi, cher ami ! Je manque à mes devoirs. Ceci est une gravure qu'on vient de me faire parvenir et qui me laisse songeur. Voulez-vous y jeter un coup d’œil ?
— Si votre Excellence le juge utile.
— Que voyez-vous ?
— Une... ville; des troupes. Un siège militaire, je suppose ?
— Les Espagnols font le siège de Gibraltar. La voici sous vos yeux. Une ville fortifiée, entourée de remparts. Encercée, mais sans résultats ! Les murs sont trop épais pour les boulets, less canons ne sont pas assez puissants. Que dites-vous de cela. Ah ! naturellement, si l'on pouvait voler…
Voler ? répéta avec surprise Montgolfier.
— Pure spéculation, ou plaisanterie enfantine, pardonnez-m'en.
— Pure spéculation, dites-vous. Eh ! bien. A vrai dire...
— Hm ?
— La chose, je veux dire voler, semble en effet impossible, mais il vient de m'arriver un petit incident...
— De quel ordre ?
— D'ordre aérien. Voler est peut-être possible, voyez-vous !
— Vous vous moquez, sans doute. Ce qui est plus lourd que l'air ne vole pas.
— Mais les oiseaux volent. Et ils sont plus lourds que l'air.
— Ma foi, vous avez raison. Mais... ils sont pourvus d'un appareillage, leurs ailes, leurs muscles, impossibles à reproduire !
— Supposons maintenant une feuille de papier. Elle s'envole, quand elle est prise dans le vent. Est-elle plus lourde ou plus légère que l'air ?

Le gouverneur se sent un peu dépassé par une conversation sans doute amusante, mais purement imaginative.

— Ce n'est pas avec une feuille de papier que nous gagnerons la guerre, mon cher. A moins qu'il s'agisse de l'ordre de reddition de l'ennemi ! Mais vous êtes un garçon intéressant, imaginatif. Attention que vos idées ne vous conduisent pas à la misère; ça s'est vu ! Mais je suis votre ami, et toujours ravi de causer avec vous.

A ce moment, l'épouse du gouverneur fait son entrée et l'on s'en tient là. Mais Montgolfier est maintenant plongé dans la plus profonde réflexion, ou plutôt dans la plus technique des réflexions. Car c'est un esprit pratique, bricoleur, concret. Il se voit fabriquer une voile suspendue au-dessus d'un feu, ce feu porté sur une plateforme et la voile soulevant la plateforme. Poids, équilibre, solidité de la voile, tout se bouscule dans son esprit tumultueux et il lui faut impérativement courir à ses calculs, à ses papiers, à ses matières en papier.

Ces deux incidents, celui de la chemise soulevée au-dessus du feu et cette phrase qu'a eu le gouverneur l'ont inspiré.

Il fut sans tarder de retour chez lui, à Annonay, village de la plaine du Rhône. A peine sautant de voiture:

— Etienne ! Etienne ! appelle-t-il son frère, je crois que j’ai eu une idée !
Encore ! soupire Etienne qui sort de sa maison à sa rencontre. Monsieur mon frère, allez-vous bien, tout d'abord ?
— Mais oui, à merveille ! fait Joseph, pressé de parler, jetant les deux mains vers son frère comme s'il allait lui déverser une livre de fleurs. Tenez, que je vous explique...
— Comment fut la route ?
— Mais oui, vous dis-je !
— Mais oui quoi ?
— Parfaite. Donc...
— Du danger ?
— Bien sûr, bien sûr...
— Quoi, des encombres, des brigands?
— Mais pas du tout !
— Aucun danger ?
— Mais qu'allez-vous me raconter avec votre danger ? Je vous dis que...
— Vous me dites "bien sûr", quand je vous demande s'il y a eu du danger...
— Mais je vous dis oui à tout si c'est ce que vous voulez entendre !
Je...
— Avez-vous, enfin, rempli le carnet de commandes ?
— Des commandes, il y en a. A la fin, me laisserez-vous parler ?
— Tant que le carnet de commandes est plein...
— Il est bien question de carnet de commandes !
Au diable les commandes !

Cette fois, Etienne se tait, un sourcil relevé.

— Ecoutez plutôt : nous allons fabriquer des ballons en papier. Des ballons volant. Entendez-vous ? Connaissez-vous Gibraltar ? L'Espagnol en fait le siège avec ses troupes.

Etienne essaye à nouveau :

— Ouh ! là, en voilà des discours ! Expliquez-vous. Gibraltar, des ballons, des troupes ?
— Oui. Des ballons, des troupes, c'est ça, exactement ! Imaginez que ces troupes puissent passer les murs sans encombre ?
— Avec des ballons volants ?
— Avec des ballons volants.
— Et comment un ballon volerait-il ?
— Avec de la chaleur.
— Laquelle ?
— Celle d'un feu. La chaleur monte, j'en ai fait cette expérience malgré moi: ma chemise, au-dessus de feu, elle s'est soulevée !
— Oui, la chaleur monte, on le sait. Mais, mon pauvre ami, vous me parlez de ballon en papier, pour passer des murs. Trois coup de mousquet de la part des soldats assiégés et votre ballon est par terre !
— Evidemment... Mais, insista Joseph après avoir regardé un court moment vers l'horizon, si le ballon pouvait s'élever loin, haut, hors de portée des fusils ?
— Sans doute, mais quel intérêt ?
— Voir ! Connaître la dispositions des défenseurs. Ses réserves en munition. Son organisation. Le côté où il est le plus faible ! Mille choses enfin que les soldats ont besoin de savoir. Et si ce ne sont pas les soldats, voir Paris, ses rues, ses faubourgs ! voir les montagnes, en faire les relevés cartographiques. Voir la mer et deviner les bateaux avant qu'il soient à portée des côtes !

Etienne se tait. Il comprend enfin ce que signifie cette agitation chez Joseph. Il a effectivement eu une idée. Voilà qui vaut de s'y arrêter.

— Je vois ce que vous voulez dire. Enfin, je le crois.
— Préparez du tissu de taffetas, du cordage et vous verrez l'une des choses les plus étonnantes du monde !
Tenez, voyez mon dessin. Nous allons coudre des larges pièces de tissu, pour former une énorme boule. Il faudra laisser une ouverture en bas par laquelle la chaleur d'un feu entrera. L'enveloppe du ballon en sera gonflée, l'ensemble allégé, puis, si je ne m'abuse, on devrait le voir s'envoler.
— Voyons cette brillante idée, fit Etienne, renonçant à résister à une telle impétuosité.

Dans la manufacture des Montgolfier, tous s’unissent pour fabriquer le ballon.

— Commençons d’abord par fabriquer un petit modèle, décrète Joseph.
Tenez, cher ami, lui propose sa femme Thérèse, voici une grande pièce de tissu en soie de Florence. Je la gardais pour doubler des gilets, mais elle conviendra à votre projet.

C'est décembre 1782 et dans la cour de la manufacture, tous les ouvriers assistent à la première. Un feu brûle et produit sa chaleur. L'enveloppe en tissu se gonfle effectivement. Puis, à la stupéfaction générale, le ballon s’élève !

— Il vole, il vole ! crie Joseph, fou de joie, qui prend son frère dans les bras, passe à un autre, danse en rond.
— M
on frère, pour cette fois, en effet, quelle idée vous avez eue ! Le monde va en être révolutionné...
— C'est la première fois de l'histoire que cela se produit. Entendez-vous ? C'est donc qu'on peut voler !
— Tout au moins, pour l'instant, on peut envoler un objet. Un homme, c'est autre chose. C'est un fameux poids.
— Fabriquons-en un autre. Plus gros !
— Vous ne comptez pas faire voler un homme ?
— Non, bien sûr, faisons un poids équivalent à un homme, pour commencer, et voyons quelle force il faut pour l'envoler. Et puis, pourquoi pas, une bête, un mouton par exemple !
— Oui, bien sûr, c'est ce qu'il faut faire.
— Mais, s’inquiète Adélaïde, l'épouse d’Etienne, il ne sera pas facile de trouver assez de soie.
Nous ferons l'enveloppe en grosse toile, répond Joseph, renforcée par une épaisseur de papier qui la rendra aussi imperméable que la soie.

Après plusieurs mois de travail, un ballon considérable fut enfin prêt. Dans la cour du couvent des Cordeliers, on alluma un grand feu. Les bûches se mirent à flamber, et petit à petit, le ballon se gonfla, enfla, se déploya dans les airs. Il était entravé par de solides cordes, retenues par huit ouvriers.

— Regardez, Etienne ! s’écria Joseph au comble de l’enthousiasme.
Oui, mon frère, mais quelle fumée ! répondit l’autre en toussant.

Le ballon, qui ne portait aucun homme mais une charge équivalente, s’éleva du sol, se mit à tendre les cordes que les hommes tenaient fermement.

— Il veut s’envoler, monsieur Montgolfier !
Lâchez tout ! ordonna Joseph.

Aussitôt, le ballon s’envola dans le ciel et commença son voyage aérien. Tous les spectateurs, poussant des cris d’étonnement, le suivirent des yeux. Le ballon monta à mille mètres de haut, avant de redescendre et de s’affaler au sol à trois kilomètres de là, sans aucun accident.

Le second essai de cette spectaculaire invention avait attiré de nombreux spectateurs.

— Quelle est cette diablerie ? s’étonnaient les uns.
Quelle invention merveilleuse ! se réjouissaient les autres. On dit que cela s'appelle un aérostat. Ce sont les frères Montgolfier qui l'ont inventé.

On en parla tant que la nouvelle arriva jusqu’aux oreilles du roi Louis XVI. Le roi, qui avait grand goût pour les inventions, invita les deux frères à faire une démonstration de leur œuvre devant lui et la Cour. Les Montgolfier firent assembler un autre ballon, encore plus grand, auquel une grande cage était solidement arrimée.

Un fermier s’approcha, y fit grimper un mouton, qui bêlait d’un air apeuré, puis un coq, qui battait des ailes et enfin un canard, qui lançait des « coin-coin » indignés et qui semblait ne pas trouver convenable qu'on le forçat à monter.

— Quel vacarme ! Que faites-vous donc de ces pauvres bêtes ? s’inquiéta madame de Montgolfier, resserrant autour d’elle les pans de son long châle jaune.
Chère amie, nous avons convenu de les faire voyager par air. Je veux voir s’ils vont survivre à si haute altitude !

Le vol fut une réussite ; le mouton, le canard et le coq revinrent en parfaite santé.
Bravo, Messieurs ! les félicita le roi. C'est un jour dont l'Histoire gardera mémoire, je vous l'assure. Mais, selon vous, verra-t-on un jour des hommes aller ainsi dans le ciel, après ces bonnes bêtes ?
— Certainement, Sire, si un gouvernement le décide.
— Qui oserait cette aventure risquée ?
Moi ! s’écria un jeune homme assez téméraire pour s'avancer au milieu de la foule, moi, je le ferai ! J’ai toujours rêvé de m’envoler dans les airs, dit-il d'un air enjoué en s'approchant, c’est une chance que je ne laisserai pas passer !
— Et qui êtes-vous ?
— Je me nomme Pilâtre du Rozier, Sire.
— Si ce jeune homme vous paraît convenable, Messieurs... Eh !
bien, c’est d’accord. Vous conduirez cet essai au château de la Muette. Faites le nécessaire, Messieurs, pour que Monsieur... du Rozier, c'est cela ? nous revienne sain et sauf. Je ne veux pas que l'un de mes sujets ait à payer le prix de l'innovation que vous avez eu la grâce de me présenter.

C’est ainsi que, le 21 novembre 1783, le roi et près de trois cents curieux se rassemblent. Les frères Montgolfier, très émus et agités, supervisent les préparatifs du vol.

— Si le ballon allait ne pas s’envoler ! s’agite Joseph.
S’il allait ne pas redescendre ! rétorque Etienne, un peu pâle, ou atterrir dans la Seine, ou se prendre dans les arbres de la forêt de Marly !
A la grâce de Dieu ! lance Pilâtre du Rozier, impatient de s’envoler.

Il enjambe lestement la nacelle, nouant autour de son cou une vaste cape de laine.

— Il doit faire terriblement froid, là-haut ! Allons, houspille-t-il les ouvriers, faites donc flamber ce bois. Il faut qu’il ronfle comme en enfer !

La magie opère encore une fois. Soulevé par l’air chaud, le ballon s’envole dans les airs sous les applaudissements de la foule. Après avoir survolé la plaine de Chaillot, il redescend sur la Butte-aux-Cailles, près de Paris, sous les acclamations du peuple.

— Décidément, bravo, Messieurs de Montgolfier ! les félicite le roi, ravi, jovial presque, chaleureux et visiblement passionné. C’est la première fois, me dit-on, qu’un homme peut voler comme un oiseau. La France est fière de vous !
— C
omment allons-nous appeler cette engin volant ? demande la reine.
— Ma mie, ce sera... disons,
la "Montgolfière", qu'en dites-vous ?

La chanson de Roland : Partie 1

Oyez, mes enfants, la chanson de Roland le preux, qui perdit la vie pour défendre la douce France et son roi.

L’empereur Charles le Grand sept ans durant guerroya en Espagne. Il ne restait presque plus qu'une cité pour lui résister, c'était Saragosse, tenue par le roi Marsile, un païen.

En ce temps-là, Marsile s’inquiétait : allait-il perdre sa ville ? Il manda ses ducs et ses comtes et leur déclara :

— Voyez, seigneurs, quel mal nous guette. Notre armée n'est pas de force à vaincre les Francs. Conseillez-moi, hommes sages.

Blancandrin, un chevalier, lui répondit :

— Envoyez des paroles d’amitié à l’empereur Charles, envoyez-lui des cadeaux, de l'or. Promettez-lui  que, s’il s’en retourne dans son palais d’Aix, vous l’y rejoindrez pour recevoir le baptême des chrétiens et devenir son fidèle vassal. L’empereur une fois reparti dans son pays, nul ne pourra vous obliger à l’y rejoindre.

Une fois sa décision prise, le roi Marsile appelle ses barons Clarin de Balaguer, Priamon,  Guarlan le Barbu et Blancandrin :

— A Charlemagne, seigneurs barons, vous porterez des branches d'olivier, en signe de paix, et vous lui ferez mes promesses.

Les messagers partent vers Charles, avec l’intention de le tromper. L'empereur se tient dans un jardin, sur un trône d’or pur. Les messagers le saluent.

— Salut, Charles le Glorieux ! Entendez le message du roi Marsile. Il vous donnera ours et lions, sept cents chameaux et quatre cents mulets chargés d'or, si vous retournez à Aix. Le roi Marsile vous suivra pour recevoir le baptême et vous jurer obéissance, il vous le promet.

Le sacre de l'empereur Charlemagne

L’empereur renvoie son conseil et fait dresser des tentes pour les messagers.

Le lendemain de grand matin, l'empereur écoute la messe. Puis, il appelle ses barons : l'archevêque Turpin et Acelin le preux comte de Gascogne, Thibaud de Reims et son cousin Milon, le comte Roland et Olivier, son noble ami, enfin Ganelon.

— Seigneurs barons, dit l'empereur Charles, vous avez entendu hier les promesses du roi Marsile. Mais je ne connais pas le fond de son cœur.

Roland répond :

— Malheur à vous, si vous croyez Marsile ! Voilà sept ans, il a fait périr des messagers que vous lui aviez envoyés. Faites la guerre comme vous l'avez commencée ! Menez à Saragosse votre armée et vengez ceux que le félon fit périr.

L'empereur lisse sa barbe, arrange sa moustache et garde le silence. Ganelon, à son tour parle, d'une autre voix :

— Le roi Marsile promet qu'il deviendra votre vassal. Il a perdu la guerre : tous ses châteaux, vous les lui avez détruits ; ses bourgs, vous les avez brûlés. Aujourd'hui qu'il vous implore merci, ce serait péché que de poursuivre cette guerre.

Les barons français approuvent :

— Il a bien parlé !

Alors Charlemagne, qui sait que Marsile est félon, demande :

— Seigneurs barons, qui enverrons-nous à Saragosse ?

Roland, jeune et enthousiasme, se dresse : « Moi, j’irai, seigneur roi ».

Mais l’empereur Charles refuse :

— Toi, non. Je veux garder près de moi mes douze pairs ! Chevaliers, choisissez un baron de ma terre, qui porte à Marsile mon message.Il me faut un homme qui soit aussi roué que l'est Marsile, aussi rusé que lui.

Alors Roland dit : « Envoyez donc Ganelon !»

Le comte Ganelon est en effet un personnage malin; mais voilà que celui-ci blêmit, saisi de peur. Rejetant son manteau de fourrure, il se lève, superbe dans son bliaud de soie.

— Moi, y aller ? Tu veux ma mort, Roland ! Tu sais que Marsile peut me faire tuer quand il lui plaira.
— Et pourquoi parles-tu ainsi ?
Je n’ai pas peur quant à moi ! Si le roi le veut, j’irai à votre place.

L'affront cette fois est complet. Ganelon se sent injurié.

Tu n'iras pas à ma place ! répond Ganelon. Puisque Charles commande, j'irai à Saragosse ; mais ma colère contre toi ne fait que commencer.

L’empereur prend la parole.

— Ganelon, approchez ! recevez le bâton et le gant. Vous l'avez entendu : les Francs vous ont choisi.
Sire, dit Ganelon en sa fureur, c'est cause de ce que Roland m'a nommé !

L'empereur lui tend son gant, mais Ganelon le laisser tomber au sol. Les Français s’exclament :

— Dieu ! quel signe est-ce là ? De cette rencontre nous viendra-t-il un malheur ?

Le comte Ganelon a fixé des éperons d'or à ses pieds, il ceint Murgleis, son épée. Sur Tachebrun, son destrier, il monte et se met en chemin. Sous de hauts oliviers, il rejoint les messagers sarrasins. Or voici qu’avec Blancandrin, l’ami du roi Marsile, il cherche déjà à se venger de Roland.

Tant chevauchent-ils par voies et chemins qu'à Saragosse ils arrivent. A l'ombre d'un pin, un trône est dressé, enveloppé de soie d'Alexandrie. Autour du roi Marsile, vingt mille Sarrasins font silence pour ouïr les nouvelles.

— Salut, ô roi ! commence Blancandrin. Nous avons porté votre message à Charles. Voici Ganelon, un noble baron qui vous apprendra si vous aurez la paix ou non.

— Qu'il parle ! ordonne Marsile.

Saragosse, aujourd'hui

Ganelon a fort bien préparé sa réponse :

— Salut, au nom de Dieu ! Voici ce que vous mande Charlemagne, le preux : si recevez la sainte loi chrétienne, il vous donnera la moitié de l'Espagne en fief. L'autre moitié, Roland l'aura. Si vous refusez, vous mourrez de mort honteuse et vile.

Le roi Marsile a frémi de colère, il a failli se jeter sur l'homme, mais les Sarrasins, à grand peine, l’ont retenu. Marsile se calme et parle en secret avec ses conseillers.

— Ganelon nous servira, dit Blancandrin, il me l'a juré.  

Il prend Ganelon par la main droite et le conduit jusqu'au roi. Là, ils débattent la trahison.

Les Sarrasins

— Beau sire Ganelon, lui dit Marsile,  parlez-moi de Charlemagne. Il est vieux ; quand sera-t-il las de guerroyer ?
Jamais, répond le traître, tant que vivront son neveu Roland et Olivier, son compagnon, et les douze pairs, que Charles aime tant.
Mais, sire chevalier, dit le roi de Saragosse, j'ai une grande armée de quatre-cent mille chevaliers ; dites-moi si je puis battre Charles et les Francs ?
Que nenni ! répond Ganelon. Vous y perdriez vos soldats. Donnez à l'empereur tant de cadeaux qu'il repartira vers la France. Derrière lui il laissera son arrière-garde de vingt mille hommes, là seront Roland et Olivier. De vos païens, envoyez-leur cent mille et qu'ils leur livrent une bataille. Roland mourra et Charles ne voudra plus guerroyer contre vous.

Marsile prend Ganelon par l'épaule et lui dit :

— Je vous donnerai dix mulets chargés d'or fin. Arrangez-vous pour que Roland soit bien à l'arrière-garde. Je lui ferai livrer une bataille à mort.

Ganelon promet :

— Sur ma foi, je le ferai.

Puis il monte à cheval et reprend sa route.

Il arrive au camp de l’empereur un matin que le jour se lève. Devant sa tente, Charles se tient debout sur l'herbe verte. Roland est là, Olivier et beaucoup des autres.

Ganelon avec ruse se met à parler :

— Salut, ô roi de par Dieu ! Je vous apporte les clefs de Saragosse et un grand trésor. Sire, rentrez en votre pays et soyez sûr que, d’ici un mois, Marsile vous suivra au royaume de France. Il se fera chrétien et deviendra votre vassal.

Charles le Grand dit :

— Que Dieu soit remercié ! Vous m'avez bien servi, Ganelon, vous en aurez faste récompense.  

Par l'armée, on fait sonner mille clairons. Les Francs lèvent le camp. Vers douce France tous s'acheminent.

Le jour s'en va. Le comte Roland attache à sa lance le gonfanon et l'élève vers le ciel : à ce signe, les Francs dressent leurs tentes.

Or, par les larges vallées, les païens chevauchent, le heaume lacé, l'épée ceinte, l'écu au col. Dans une forêt, au sommet des monts, ils ont fait halte. Ils sont quatre cent mille. Dieu ! quelle malheur que les Français ne le sachent pas !

La nuit passe toute, l'aube se lève diaphane. Par les rangs de l'armée, l'empereur chevauche fièrement.

— Seigneurs barons, dit Charlemagne,  voyez les étroits passages : choisissez qui fera l'arrière-garde.

Ganelon répond :

— Ce sera Roland : nul n’est vaillant comme lui.

Roland s'est entendu nommer. Alors il parla comme un chevalier doit faire :

— Sire Ganelon, je vous remercie de me choisir pour l'arrière-garde. Charles n'y perdra ni palefroi ni destrier que je ne défende de mon épée. Sire empereur, donnez-moi vingt mille Français vaillants. En toute assurance passez les monts.

L'empereur garde la tête baissée. Il lisse sa barbe, tord sa moustache. Il craint un malheur car l'arrière garde est toujours le point faible de l'armée. Roland est en selle sur son destrier. Avec lui vient son compagnon, Olivier et Oton et Bérengier et Anseïs le fier et Gérard de Roussillon et avec eux, vingt mille autres chevaliers.

Hauts sont les monts et sinistres les défilés. Le vent s'y engouffre les poussant dans le dos. L'ombre les enveloppe bientôt. Les Français passent à grand peine. Quand ils ont franchi les Pyrénées et parviennent en France, il leur souvient que leurs fiefs et leurs nobles femmes les attendent. Pas un qui n'en pleure de tendresse. Mais Charles est plein d'angoisse : à l'arrière, loin encore dans les monts d'Espagne, il a laissé Roland et ses douze pairs.

(à suivre)

Pourquoi je ne dis pas tout aux enfants

Pourquoi est-ce que je ne dis pas tout aux enfants ?

L'Histoire est évidemment bien plus complexe et parfois même plus affreuse que ce que vous lisez sur mon blog, destiné aux enfants. Evidemment.

On ne compte pas les horreurs, les massacres, les viols de tous les temps.

Certains pensent qu'il faut tout dire aux enfants, ou du moins ne serait-ce qu'une large partie.

Je ne le crois pas. Car si l'on pense lui rendre service, on se trompe.

Pourquoi est-ce qu'on ne leur dirait pas la vérité toute crue, parfois horrible ?

L’Histoire est une matière qui peut faire découvrir ces choses abominables.

C'est souvent en termes chastes que les historiens antiques nous exposaient les pillages, les sacs, les razzias. La Bible aussi a des mots brefs qui avaient un sens alors, bien plus fort qu'aujourd'hui. Quand on lit "La famille du roi fut dépossédée de ses biens et ses serviteurs dispersés", il faut comprendre que l'on a fait irruption dans le domaine, on a tout volé, mis le feu, et massacré plusieurs serviteurs.

C'est un peu comme aujourd'hui quand le gouvernement dit qu'il faut agir "avec la plus grande fermeté contre l'extrême-droite", cela veut dire que des gens, innocents pour la plupart ou coupables seulement de pensées, verront leurs comptes bancaires saisis, leur maison vendue, ils seront dans l'impossibilité de retrouver du travail, on les privera de leurs droits sociaux, leurs comptes sur les réseaux sociaux seront fermés, il y aura des condamnations au tribunal (injustes naturellement mais c'est la règle) et les policiers auront pour consigne de les arrêter sur la route trois fois par semaine.

Une maman me signale que Christophe Colomb, ce fut une affaire parfois horrible. Elle a raison.

Mais devons-nous tout raconter aux enfants ?

Oui, c'est vrai, il y a bien des choses assez dramatiques dans le parcours de Christophe Colomb. Et dans le parcours d'autres explorateurs.

Ces explorateurs, dont certains que l'Eglise a formellement récusés, disaient le contraire des évidences affirmées par les religieux (sur la distance entre l'Europe et l'Asie, sur les routes à prendre, etc.) (déjà !). On  en a vu qui employaient leurs chiens pour traquer et dévorer les Indiens. Colomb en fut.

Sur cette question des Conquistadors, il y a beaucoup d'hypocrisie mais là n'est pas la question*.

On prétend souvent, à Gauche, que c'était "les Espagnols", méchants catholiques. Or, c'était justement des bandits qui fuyaient l'Eglise et s'en défiaient. Pizzare, bouvier de son état, devint un vrai grand gangster criminel que l'Eglise n'a jamais encensé, au contraire !

Dire tout cela aux enfants ?

Mais je n'ai pas voulu raconter ces horreurs aux enfants.

Mettre en accusation l'Humanité toute entière pour quelques-uns, coupables, auprès d'un enfant, est catastrophique.

Le Christ disait qu'il ne dirait pas tout à ses disciples, parce qu'ils n'étaient pas prêts à tout entendre.

A fortiori, un enfant ne peut pas et NE DOIT PAS tout entendre.

D'abord parce qu'il faut le protéger, lui.

Ensuite parce qu'il faut protéger son prochain contre une vision qu'il pourrait avoir, radicale et dangereuse, en grandissant: car l'enfant qui entend des horreurs racontées par sa mère développe un sentiment qui dit: "Le monde est peuplé de monstres, sauf maman", qui devient plus tard, au cours du retournement psychologique de l'adolescence: "Le monde est peuplé de supers copains géniaux mais il y a quand même un monstre: ma mère, qui est possessive et qui n'arrête pas de m'embêter et me surveiller."

L'enfant entend différemment de vous, il se crée des schémas facilement: bons et gentils.

C'est ce qu'il faut éviter.

De plus, de manière générale, on comprend bien mieux l'Histoire quand on en a eu une version simple, et même édulcorée. Nécessairement édulcorée puisque vous ne raconterez pas à l'enfant l'horreur du massacre de Carthage par Rome. Vous ne direz que quelques mots qui en diront assez.

Autant on se doit de dire toute la vérité à l'étudiant qui est assez grand pour entendre, autant vous êtes prudent avec l'enfant.

L'intérêt, outre celui de protéger la pudeur de l'enfant, c'est aussi que cela permet à l'enfant arrivé à l'âge adulte de conquérir un vrai savoir et de se positionner en adulte. Un jeune adulte qui apprend que les choses se sont passées un peu différemment, s'établit en lui-même, prend confiance en lui et en une recherche plus poussée.

Voilà pourquoi il ne faut PAS tout dire à l'enfant.

Il y a aussi ce phénomène bien connu que le jeune adulte va prendre le contrepied de ce qu'il a appris et donc, si vous lui dites que l'Histoire fut telle, il ira vers la position contraire.

Il faut donc éviter de trop prendre position. Raconter les grandes et belles choses, et non les faits sordides ou la vérité trop comptable.


*: Sur les Conquistadors, je dis ailleurs:

Je suis de plus en plus frappé par la candeur avec laquelle on peut aborder des questions de ce genre. Depuis 20 ans, j’ai croisé mille fois, deux mille fois ces discours. A chaque fois j’ai répondu, d’un message original, sans copier-coller. Je voudrais vous poser une question : pourquoi vous parle-t-on chaque année du Tour de France, du Grand Prix de Monaco ou du Paris-Dakar ? Vous pensez que c’est parce que VOUS aimez ça ? Non. On en parle parce qu’il y a derrière de l’argent, des intérêts. Alors voyez-vous, si une idée est très répandue, vous pouvez être certains que c’est la même chose : elle est voulue par des gens qui ont des intérêts. Des gens, des institutions. S’il y a des troupes en Afghanistan, c’est qu’il y a un enjeu sur les gazoducs chinois. Il n’y a pas de « hasard ». Est-ce que jusqu’ici nous sommes entre gens d’accord ? Bien. On doit donc, à partir d’une certaine maturité, se méfier des idées reçues. Je lis par exemple qu'au moyen-âge, on brûlait des herboristes ? C’est pour faire plaisir à son public qu'on dit ça. Mais c’est faux. L'usage des plantes était fort répandu à l'époque des… supposés bûchers, d'abord. On soignait par les plantes, on buvait, on mangeait les plantes beaucoup plus qu’aujourd’hui, à l’époque de vos « bûchers », disons à l’époque que vous supposez, entre 900 et 1300. C'est à la Révolution, puis durant la guerre et dans les années 1950 et enfin aujourd'hui que la lutte contre les plantes s'est déclenchée, institutionnalisée, puis sanctuarisée au profit des labos. Dire que les médiévaux se faisaient brûler à cause des plantes est un fameux contresens qui montre à quel point la propagande révolutionnaire a fait son travail. En effet, les plantes c'était les religieux (je ne vais pas vous lister les abbayes qui ont produit des élixirs, des aromates, des boissons de jouvence, des alcools etc. ; ni vous rappeler que les 9/10ème des plantes auraient disparu si les religieux ne les avaient collectées). Les plantes, c’était donc la religion, et donc à supprimer le plus vite possible... voilà que nous retombons sur nos pieds.

Quant aux bûchers, pour la plupart imaginés, fruit d'une littérature fiévreuse qui nous ferait croire que les Balkans étaient peuplés de vampire ou que la Saint-Barthélémy a fait 50.000 morts, je vous recommande Jacques Heers qui vous remettra la culture à l'endroit. Ça va vous faire bizarre…

Les bûchers, c'est surtout an Angleterre protestante, et aux USA, où a eu lieu l'affaire des sorcières de Salem. Pas en France catholique, en Italie ou en Espagne. Les procès en sorcellerie, ce n'est pas l'Inquisition, qui n'a jamais tué pour les idées des personnes mais pour des délits de droit commun (rackets, viols, attaques etc.). Elle n'a d'ailleurs jamais tué directement !

Je dis aussi, encore ailleurs:

Quant à l'Inquisition: L'Inquisition fut un extraordinaire instrument de civilisation. Elle n'a, d'abord, tué personne : c'est le pouvoir séculier qui exécutait les décrets. Plus de 99% des gens sont graciés et, notons-le, TOUS LES CONDAMNES le sont pour des faits de droit commun: viol, meurtres, vols etc.

Ensuite, la Révolution française a tué plus de gens en deux semaines que l'Inquisition durant tout son temps.

L'inquisition en fait n'est qu'assez peu de chose, surexploitée par des modernes qui croient pouvoir trouver là l'exemple parfait pour éliminer le sentiment religieux et éradiquer le catholicisme. On l'a sans scrupule confondu avec les sorcières brûlées vives dans les pays protestants. C'est aux USA qu'a eu lieu l'affaire dites des "sorcières de Salem", et non en terre catholique.

Et il faut ajouter que les sentences de mort ne sont arrivées que tard, bien après la création de la vénérable institution. Saint-Dominique n'a jamais condamné personne et n'a fait que défendre l'Eglise attaquée par sa seule parole, subissant mille affronts et mille attaques.

Combien de prêtres tués lors de cette reconquête pacifique des terres versant dans l'aryanisme ou le bogomilisme par exemple ?

C'est bien plus tard que le pouvoir séculier a imposé cette manière de justice en instrumentant la Sainte Inquisition, qui de ce fait a perdu son statut.

Si bien que, durant les procès, les prêtres ont essentiellement passé leur temps à innocenter des accusés. Nul n'est mort pour ses idées. Il est vrai qu'on ignore tout de cette question et qu'on n'apprend plus rien à l'école et qu'on trouve des quantités de gens du commun à gloser sur cette Inquisition...

L'idée générale étant que la religion, surtout catholique en fait, c’est pas bien. Beurk. Vous ne trouvez pas bizarre que tout le monde pense comme ça ? A telle enseigne que les cathos eux-mêmes ne la ramènent pas beaucoup ? Il n’y a pas d’idée répandue par hasard. Alors les gens ne savent pas trop. Ils rejettent le catholicisme parce que c’est dans l’air ambiant, et puis si on gratte un peu on s’aperçoit qu’il existe un réflexe enfantin de rejeter son propre patrimoine, qui est universel, on voit la même chose au Japon ou chez les Aïnus. Tous les gamins de 16 ans rejettent la culture familiale, tous les jeunes adultes rejettent leur civilisation. Si on va un peu plus loin, ma foi, c'est si chic de penser zen et bouddhiste surtout quand, contrairement à moi, on ne connaît pas l'Asie, ni ne parle aucune langue asiatique ni fait aucune étude prolongée sur ces sujets. Il y a un boboïsme populaire de l’hétérogénéité. Montesquieu s’en amusait déjà : comment peut-on être persan, ma chère ? Grattons encore un peu et c’est la boîte de Pandore : la religion, ça tue (même si ça tue bien mois que l'athéisme ou le laïcardisme).

Et puis ça conditionne. Et puis ce n’est pas scientifique. Mais surtout le christianisme et dans les christianismes, surtout le catholicisme latin car le protestantisme américain est bien mois malmené, curieusement. Bref, beaucoup d’idées reçues. Le catholicisme, l'Eglise, c'est pas bien, voilà l'idée tellement répandue, croyance si forte dans le peuple.

Il y a une culture anticatholique très forte, très répandue dans les classes populaires et les classes moyennes. Cela vient d'opérations de manipulations très bien orchestrées, j'en conviens, essentiellement sur des massacres supposés ; car la manipulation fait que dès qu'on parle religion, le réflexe pavlovien fait qu'on parle Inquisition, massacres d'Indiens, guerres de religions. Je l’ai entendu ou lu au moins mille fois. C’est répété, ressassé, c’est convenu. C’est comme la désocialisation de l’école à la maison. C’est établi. Eh bien, mieux vaudrait suppléer, à l’opinion dangereuse, l’examen des faits.

Je rappelle toujours en passant que les sociétés sans dieu ont tué et tuent infiniment plus. C’est indiscutable, net, sans bavure. Le XXème siècle le prouve. Les trois plus grandes idéologies criminelles que sont dans l’ordre le communisme, le nazisme et le capitalisme proclament l’homme sans Dieu. Le grief le plus célèbre étant le sort réservé aux Indiens d'Amérique: au sud, des Espagnols baptisés et catholiques mais n'ayant plus, aux XVIII et XIX siècles, d'historiens d'envergure mondiale, de l'autre, au nord, les Anglais ou Anglo-Saxons, appuyés par l'argent et ayant conquis de leur point de vue toutes les universités mondiales. Résultat: les Espagnols catholiques sont de vilains massacreurs. Réalité: ils ont tué environ 5 à 10% d'Indiens. Peut-être. Grand maximum. Au nord, les Anglais et les WASP ont tué… plus de 95% des Indiens. La religion catholique et les rois très chrétiens ont quelque peu freiné le meurtre, absolument systématique au nord, au profit du dieu argent. Mais tout le monde cite les Conquistadors. Saint-Barthélémy, Inquisition… tout ce que nous croyons est faux ou presque. La Saint-Barthélémy, c'est une vengeance à cause de la Michelade, un massacre de catholiques commis auparavant par des Protestants ! Et un massacre ridicule si on le compare à ce qu'on a vu depuis à la Révolution ou à la "Libération".

Tout a été réécrit. Mais l’interprète de l’Histoire, celui qui a le pouvoir, dit ce qu’il veut être la vérité. L’interprète aujourd’hui, c’est la révolution mondiale, matérialistes, qui dit : les religions tuent. Vous voudriez que je répète cette antienne. J’ai, je le confesse, un penchant plus affirmé pour la vérité. Elle seule m’intéresse. Bref, en ces matières, la raison du plus fort est toujours la meilleure. On peut dire sans se tromper que le catholicisme et le christianisme sont surtout connus pour ne pas se défendre ; ce qui favorise une culture du mépris. Car la société est en fait éprise du rapport de force : le gagnant, le plus fort, « quelque part a raison ». Vous direz « non, pas moi » et je vous dirai « vous avant les autres » ! Car tout en croyant ne pas céder à la culture du rapport de force, vous contestez que les contribuables français payent pour recevoir le pape en France mais vous ne direz rien à votre banquier qui vous ponctionne 100 fois ça chaque mois ! Nous sommes tous un peu comme ça : on dénonce ce qu’il est plus facile de dénoncer. On conteste 3 euros de trop perçu chez un commerçant mais on « la ferme » devant le fisc. Et tout est ainsi : on grossit des riens, on écrase des masses. C’est dans l’ordre des lois séculières, cela remonte à la nuit des temps : mort aux vaincus ! s’exclamait Brennus, le chef gaulois conquérant Rome. Déjà, le réflexe d’un homme sain, devrait être de se dire que tant d’unanimité pour lyncher rend le coupable sympathique. Demain on aura à comparer les mérites de l’athéisme et du dieu argent, pratiquant les manipulations génétiques ; la religion rappelant le droit naturel ; et l’ignorance, se satisfaisant de barbarie. Mais passons. Je m'arrête maintenant à ces phrases très intéressantes: "Quoiqu'il en soit, je pense pas personnellement qu'il faille "apprendre" ni même sensibiliser les enfants a la "spiritualité" parce que j'espère que notre éducation ne devrait pas créer de vide existentiel qui a besoin d'être comblé et que les parents peuvent juste dérouler l'histoire de l’humanité." C'est très intéressant. On pourrait dire de la même manière "Je ne pense pas qu'il faille faire le plein de la voiture parce j'espère que le carburant que j'y ai mis suffira à faire le tour du monde." C’est très répandu aussi, je ne veux viser personne. On peut dire aussi: "je ne donnerai pas à manger à mon enfant, je ne veux pas conditionner ses goûts, il choisira lui-même dans le frigo."

C'est absurde, vous en conviendrez. Il faut donner, et donner de tout. Si on le peut. Mais bien des familles, d'un bout à l'autre de la Terre, n'ont donné qu'un tout petit bout d'une seule culture locale, et ça a parfaitement bien marché. Les Aïnus ne racontent pas Christophe Colomb ou ne valorisent pas le culte de Mithra. Et ça marche pourtant très bien.

En donnant seulement un morceau de tout, on pense qu’on donne assez. On pense qu’on est assez fort. Qu'on éclaire assez l'enfant. On est dans la quantité, en fait. On donne un peu de tout par esprit de syncrétisme (même sans le savoir), de "diversité". Mais ça ne marche absolument pas mieux que l'ancienne manière. On a des enfants ou des adultes maintenant qui savent un peu de tout mais rien à fond.

Au vrai, on se contente de ce qu’on donne. On n'a que ce dont on se contente. Mais en terme de spiritualité, on peut toujours avoir plus. Il n'y a pas de limite, ce qui est le propre de la Foi. C'est la différence entre la Foi et l'opinion. Si on pense être autosuffisants ou capables de donner tout ce dont l'enfant a besoin, alors on est dans l'opinion que nous en sommes capables. Bien fragile. Pour notre part, nous sommes convaincus — en fait nous SAVONS — que nous sommes très insuffisants, très en-dessous des besoins de nos enfants. Vous voyez ? Et nous savons aussi que ni nous ni la science n’expliquons tout. Il y a donc un mystère. Ce mystère n’est pas neutre, ce n’est pas le chaos, il y a un sens dans la vie, sinon je n’aurais pas un goût plus prononcé pour le beau que pour le laid, pour la joie que pour le malheur, pour le vrai que pour le faux. C’est la première manifestation en l’homme de Dieu. Tout cela — qui dépasse de loin le culturel — est ancré en l’homme pour une raison que nous ignorons. Première chose. Seconde chose, nous voulons que l’enfant ait plutôt du beau, du vrai, de la paix, de la joie etc. Donc nous mettons en œuvre ce que nous pouvons. Et plus il demande, plus nous essayons de lui donner. Plus nous sommes exigeants aussi, plus nous lui composons une vie qualitative ; plutôt que de le laisser devant la télé ou s’en fiche. Vous comprenez ? Eh bien, cette exigence que personne ne nous demande et surtout pas la société médiatique ou l’argent, qui préféreraient que nous soyons des consommateurs dociles, cette exigence, cette soif, ce désir d’un « mieux » et d’un « bien » sont déjà religieux. Etymologiquement, nous sommes reliés à quelque chose que nous n’expliquons pas. Il n’y a pas de raison objective pour que je veuille ce qu’il y a de mieux pour mon enfant, puisque la culture moderne est plutôt de le démolir. Religion, c’est relation à quelque chose de non quantifiable et mystérieux. C’est ce qui fait que les croyants sont statistiquement plus libres intellectuellement que les autres, et je mets les pieds dans le plat : les stats qu’on ne sort jamais, c’est celles-là qui disent que plus un homme pense, plus il est libre et plus il se dit lui-même religieux.

La liberté des gens sans intelligence est une liberté de choix : je fais ce que je veux. La liberté des gens intelligents est tendue vers l’horizon du dépassement et de l’inconnu. L’imbécile choisit entre deux modèles de voiture, l’intelligent se demande d’abord pourquoi une voiture. Croire que nous suffisons à satisfaire le besoin d’un enfant est une croyance : vous n’y arriverez jamais. Jamais seule, jamais en couple, jamais avec les psys ou les spécialistes. L’homme ne suffit pas à la tâche de l’homme. Prenons la suite de votre propos : « J'expliquerais a mes enfants que la religion c'est du darwinisme, de l’Histoire : un jour les humains étaient suffisament intelligents pour se poser la question sur la maitrise de leur environnement et on inventés des réponses (les dieux grecs par ex) et n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie et controler les peuples, jusqu'a que le fait religieux soit pour certains l’orde sociétal principal. »

Que de banalités ! Et fausses. C’est l’inverse en fait. La révélation première est religieuse. L’intelligence est première. L’intelligence, c’est ‘ce qui est relié’ aussi. On n’est pas « devenus intelligents », ça c’est le crédo évolutionniste qui ne repose sur aucune preuve. On est plutôt devenus idiots, la preuve est qu’on pense qu’on a « inventé les dieux »: les gens qui croient cela sont infiniment plus idiots que leurs ancêtres qui méditaient sur le mystère de l’Incarnation ou l'ordre de précession stellaire. Ces gens modernes disent: "On en a fait un bout de chemin pour arriver jusqu'à moi !" On a là une belle huile essentielle d'imbécillité.

Dès le départ, l’homme a connaissance de quelque chose, et ce qu’il sait dépasse de loin ce que nous croyons savoir. L’Egypte est infiniment plus intelligente que nous.

Mais regardez les enfants. Ils sont d’abord religieux. Puis, ils rationalisent et se laissent convaincre que dieu est une fadaise, parce que voyez-vous la guerre prouve que dieu n’existe pas etc., ce que vous voudrez. Puis, vieillissant, après avoir vécu, il retrouve le sens religieux : la question, le non-expliqué. La science en ce moment opère une énorme conversion en « cherchant le visage de Dieu ». Les mathématiciens, les neuroscientifiques, les physiciens sont en pleine révolution.

J’abrège. Les dieux grecs ici semblent des pantins. C’est dire qu’on a perdu le sens de la mythologie. Les dieux grecs manifestent, par des figures que le petit peuple croit figées et incarnées, des symboles. Cela vient d’Egypte. Qu’est-ce qu’un symbole ? un « principe principiant », un « concept agissant » auquel on donne une figure pour permettre au peuple de comprendre. Le taureau de l’Egypte symbolise entre autres l’emprise sur la terre, le labeur etc. Les Egyptiens ne croyaient pas en un dieu taureau. Ce sont les instits de la République ignorante qui le croient et qui anônent, encore aujourd’hui : les Egyptiens sont polythéistes, allez hop, ça c’est fait, maintenant on passe à Robespierre. Ignorance, quand tu nous tiens… Il n’y a que symboles.

Les anciens saisissent dès le départ — parce qu’ils sont confrontés au vivant, source intarissable de vérité, qui est succession d’expériences et questionnement perpétuel — qu’il y a des principes mystérieux mais ordonnés, ils leur donnent figures, chacun comprend. De même que le vitrail donne figure à une lumière, un fait, une histoire, une révélation, et tout cela à divers degrés de compréhension : chacun comprend ce qu’il peut. Il faut tomber bien bas pour n’y voir qu’une apparence. Quand le scientifique vous explique la théorie du Big bang, que fait-il ? Il vous donne un exemple, il symbolise. C’est ce que font les anciens. Pour dire que la terre tourne, il dessinent le panthéon. Les révolutionnaires prétendront que les anciens croyaient que la terre était plate : ils mentent. Cicéron parle d’une terre ronde et l’Egypte le sait : elle calcule les équinoxes parfaitement, situe chaque astre dans le ciel. Elle établit même les correspondances entre longueurs d’onde, couleurs, planètes et signes astraux ! Elle a la science. Aujourd’hui on refsue ces ponts parce qu’on est dans l’hyperspécilalisation, qui est une forme se bêtise. On sait tout sur peu de choses, alors qu’il faudrait savoir peu de tout. Mais le niveau est tel que les modernes ne peuvent pas comprendre. Ils expliquent à leur manière. Et disent que l’Egypte est plurithéiste ou polythéiste. Ce qui est inexact. Mais la nature de l’ignorance, c’est d’attribuer aux autres l’ignorance. A quoi reconnaît-on l’ignorant ? A sa certitude de savoir et son affirmation qu’avant lui rien n’était, hors les superstitions. Or, voilà que l’Eglise catholique est l’héritière de l’Egypte en passant par le legs romain et je pourrais vous donner beaucoup d’exemples. Il y a une filiation, un empilement, une succession, bref une culture de l’ajout. On ajoute au prédécesseur. Ainsi, les cathédrales sont l’application de découvertes mathématiques égyptiennes jamais mises en œuvre jusqu’alors. Quelle est la différence avec aujourd’hui ? Aujourd’hui on sait tout, on réinvente tout, on fait chaque jour table rase, on croit qu’en changeant l’organe sexuel d’un garçon et en lui greffant des ovaires il va devenir une fille, on n’a besoin de rien, on est à l’égal des dieux, nous sommes les dieux qui disent « il n’y a pas de dieu ! » Avant nous c’était la barbarie, je cite (dans le texte et en gardant l’orthographe): les humains « on inventés des réponses (les dieux grecs par ex) et n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie et controler les peuples, jusqu'a que le fait religieux soit pour certains l’orde sociétal principal » Que lidiotie est sûre d'elle-même ! On est tellement sûr... Ils étaient dans le contrôle des peuples et l’abrutissement, alors que nous, nous sommes si intelligents, d’ailleurs nous sommes la société la plus heureuse de tous les temps. C’est beau comme l’antique, et même mieux encore !

Avec une telle merveilleuse illusion, de telles certitudes, pourquoi devrais-je vous convaincre du contraire ? Pourquoi libérer celui qui ne le veut pas ? Payez vos impôts et tout va bien. Pour moi, les choses sont bien ainsi. Je lis n’importe quelle lettre de n’importe quel poilu et je vois 100 fois votre niveau intellectuel, votre niveau de culture, mais qu’importe ? J’ai toujours pensé qu’il y avait un esclavage consenti.

« n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie » ? Nul autant que le religieux ne s’est posé, dans l’histoire, la question du sens, de la vie, et de tout ce qui est visible et invisible. C'est vous qui ne vous posez aucunement la question, en réalité. Car si vous vous posiez la question de la nature de la vie et de la mort, vous verriez assez vite que la mort est une entité qui n'existe pas, et qu'il n'y a en fait de "mort" qu'une absence de vie. Vous voyez: vous ne le savez pas et un religieux vous l'apprend.

Quelle prétention on peut avoir en imaginant que nos ancêtres étaient des imbéciles qui ne s’interrogeaient pas pareillement, alors qu’ils étaient confrontés à des réalités plus crues, et moins de confort que nous. Quelle vanité mon Dieu… On est aujourd’hui dans l’interrogation fondamentale parce qu’on a perdu le fondamental. On a perdu la relation au mystère en perdant la relation qui nous rattachait à la révélation, oui, cette religion qui nous donnait la clé, cette clé qui est chemin, vie et vérité vers toujours plus d’accomplissement. Celui qui n’en veut pas, qu’importe ? On a rejeté la Révélation. Elle nous a pourtant été donnée.

La terrible bataille des anges pour Noël, histoire pour enfants

Un jour, quelques années avant l’an zéro, il y eut un grand remue-ménage dans le Ciel. On disait que le grand patron, le chef des chefs, le roi suprême, celui qui commande aux archanges[1] qui commandent aux myriades d’anges, avait décidé de descendre sur Terre.

Lui, sur Terre !

Une histoire impensable.

Si cela devait avoir lieu, quel déménagement ! Le cortège de Dieu devait traverser l’Univers. Il faudrait que les anges s’y mettent sérieusement, ce serait comme lors de la Création du Monde, un travail titanesque ! Pis que titanesque : angélique, archangélique ! Cent montagnes à déplacer ou mille écuries d’Augias à récurer eussent été une tâche autrement plus légère !

Déplacer le patron, déménager le Big One ! Vous imaginez ? Nous autres, ici bas, on se fait tout un pataquès de déplacer un président de la République en province, alors pensez : déplacer Dieu ! Autant essayer de balayer les étoiles à gauche de l’Univers et les trous noirs à droite. Autant se servir d’un pied de biche pour soulever Saturne ou de transporter mars à coups de brouette. Dieu, il a quelques millions de galaxies dans la poussière de l’ourlet de son pantalon. Pour le bouger, il allait falloir quelques milliards d’armées de tractopelles !

On murmurait chez les anges. Jusqu’aux plus hauts des anges, la stupéfaction emplissait tout. Il n’y avait que le petit groupe des Sept autour du trône[2], le groupe des archanges dont… La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

Guillaume Tell Histoire de grand homme

Guillaume Tell raconté aux enfants

L'Histoire que voici est une histoire qui mêle des faits historiques et une part de légende. Il est très difficile de savoir ce qui s'est exactement passé. Mais dans cette histoire de Guillaume Tell racontée aux enfants, j'ai essayé de vous esquisser le cœur le plus intéressant de l'histoire.

La dure saison d’hiver approchait, chassant le soleil.

Le lac se couvrait de lourdes vagues soulevées par un vent glacial et menaçant.

Guillaume Tell raconté aux enfants

Les pêcheurs rentraient leurs barques et se préparaient à réparer leurs filets. Les nuages tombant sur eux, les vachers du canton d’Unterwald dirent adieu aux pâturages. Dans un tintement de cloches et de meuglements, les troupeaux redescendaient dans la vallée.

Les monts et les plaines revêtaient leur manteau de neige et de glace. Les chasseurs de chamois du canton d’Uri entendaient le tonnerre gronder derrière les sommets des montagnes. Du haut des sentiers verglacés, la vallée s’étendait à leur pied comme une mer de brume.

Cela se passait au 13e siècle au pays d’Helvétie (que l’on appelle maintenant la Suisse). Les trois cantons de Shwytz, d’Huri et d’Unterwald formaient un petit monde à part sur les bords du lac de Lucerne.

Le lac de Lucerne https://lhistoiredusoir.com guillaume tell raconté

Le lac de Lucerne

On y vivait en paix, dans le droit et la justice. Jadis, l’empereur d’Allemagne, Rodolf de Hasbourg, avait autorisé les citoyens des trois cantons à se gouverner eux-mêmes, en récompense de leur fidèle attachement à l’Empire… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). .

A la mort de Rodolf, son fils Albert, le Duc Noir, avait reçu le duché d’Autriche en héritage. Il ne respecta pas les édits accordés par son père, et traita les cantons suisses en pays conquis. Il y installa des baillis autrichiens, qui gouvernaient en son nom. Certains d'entre eux, dit-on, se montrèrent injustes.

C’est ainsi qu’un jour, au début de l’hiver, il y eut un incident. Sur la rive du lac, un batelier sifflotait en rangeant sa barque dans son abri, aidé de son ami, un certain Guillaume Tell, connu pour être un chasseur adroit. Soudain, ils entendirent les pas d'un homme qui accourait.

— Eh ! mais voilà notre camarade Baumgarten ! s’écria le batelier.

Baumgarten, hors d’haleine, s’arrêta près d’eux.

— Pour l’amour de Dieu, batelier, ressors ta barque ! Transporte-moi vite de l’autre côté du lac !
— Eh, là ! l’interpella Guillaume. Qu’est-ce qui te presse tant, camarade Baumgarten ?
— Ah ! c’est toi, Guillaume ! répondit l’homme. Les soldats me poursuivent. Je suis un homme mort s’ils m’attrapent. Je viens de tuer le bailli d’Unterwald d’un coup de hache !
— Tué, le bailli ? fit Guillaume Tell. Voilà une mauvaise affaire. Du moins pour toi. Ce maudit bailli a fait trop de mal pour que je le regrette, que Dieu ait son âme ! Mais te voilà en danger, désormais.
— Oui, fit Baumgarten, il me faut passer le lac, et vite. Batelier ! Mène-moi donc sur l’autre bord !
— Mais comment voulez-vous que je fasse ?! s’exclama le batelier. Le vent est déchainé ! Voyez comme le lac se soulève !
— Il y va de ma vie, batelier ! le supplia Baumgarten. Pense à ma femme et à mes enfants !
— Moi aussi, j’ai femme et enfants ! fit le batelier. Je ne veux pas risquer de me noyer ! Aucun homme de bon sens ne tenterait de traverser le lac aujourd’hui !

Alors Guillaume Tell dit calmement, avec un calme étrange d'ailleurs :

— Il faut venir en aide à celui qui demande du secours. Donne-moi ton bateau, ami ! Allons, Baumgarten, nous allons traverser ensemble.
— Merci, Guillaume, tu me sauves la vie.
— De nos jours, reprit Guillaume Tell, il vaut mieux confier sa vie aux mains de Dieu qu’à celle des hommes.Lire davantage

Découverte de la grotte de Lascaux racontée aux enfants

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Un jour, des amis aventureux partaient avec en tête l'idée de trouver un trésor. La légende qui circulait parmi les gens du village voulait que le seigneur de Lascaux, dont le château aujourd'hui en ruine dominait la ville de Montignac, eût caché ses richesses dans le souterrain traversant la colline.

Découverte de la grotte de Lascaux raconté aux enfants

Cette histoire commence comme un roman d’aventures, mais c’est une histoire vraie. Elle s’est passée en 1940, quand vos grands-parents étaient encore, je suppose, des bébés au berceau ou même pas nés. D'ailleurs, quand sont nés vos parents ? Et leurs parents, le savez-vous ?

Cette année-là, la France était en guerre. Mais le Périgord, cette belle région du Sud de la France, était en zone sans guerre, loin du front et du bruit des armes.

Une innocente ballade entre amis allait finir par changer beaucoup de choses.

Ce dimanche de septembre, six garçons, presque des hommes, s’étaient promenés sur les collines, dans les châtaigneraies, au travers les prairies grasses parsemées de fleurs. Ils avaient flâné agréablement, cherchant, comme tant d’autres garçons avant eux, la mystérieuse entrée du souterrain au trésor. L’heure s’avançant, ils s’en retournaient au village, discutant gaiement et jetant machinalement des cailloux sur le côté ou mâchouillant un brin d'herbe.

Un chien aux longs poils roux, tournant autour d’eux à se faire presque marcher dessus, jappait après les papillons, reniflant la piste d’un… (...) la suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

Sur la route de Compostelle – Partie 2, conte pour enfant

Jacques et Mariette suivaient leur route. Ils marchaient toujours.

Rocamadour

Ils arrivèrent ainsi à Rocamadour.

La basilique leur apparut au loin sur le flanc de la falaise escarpée. Les cloches carillonnaient gaiement et leur chant pur s’élevait dans le ciel vibrant de lumière, portant leur message de paix. Après avoir prié dans l’église, ils redescendirent et s'installèrent à l'auberge.

– Brave aubergiste, demanda Jacques, nous sommes des pèlerins de Compostelle. Pourriez-vous nous offrir la table et le couvert (c'est-à-dire de quoi manger et un abri pour la nuit) ?
– Avez-vous de quoi payer ? demanda l’homme, les sourcils froncés.
– Non. Mais je peux travailler en échange.

L’aubergiste les regarda un moment puis, rassuré par leur mine honnête, leur proposa:

– Eh ! bien, vous pourriez couper du bois et le rentrer pour l’hiver… Quant à votre dame, elle pourrait donner un coup de main en cuisine, ma femme ne serait pas contre un peu d’aide et de compagnie !
– C’est d’accord ! accepta Jacques et ils se serrèrent vigoureusement la main.

Après le rude travail de l’après-midi, le repas du soir fut réconfortant. Jacques et Mariette s’assirent près du foyer pour manger leur écuelle de soupe aux pois, un morceau de tourte au poisson et croquer les pommes du verger.

– L’aubergiste est un brave homme, dit Jacques. Il accueille les pèlerins, et ils sont nombreux, ceux qui viennent à Rocamadour !
– Oui, il les accueille, mais il craint les voleurs, dit Mariette. Sa femme me l’a raconté quand nous cuisinions.
– Il y a toujours des mauvaises gens, hélas, soupira Jacques en promenant son regard sur une bande turbulente attablée non loin d’eux. D’ailleurs… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.Lire davantage

Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique

Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique

Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique

Histoire pour enfant Egypte antique

Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique

Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

Histoire pour enfants Egypte antique
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