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La chanson de Roland : Partie 2

Ganelon le félon a trahi Charlemagne : il a reçu du roi Marsile de l’or et de l’argent pour faire mettre Roland à l’arrière-garde et lui tendre un piège.

Marsile a mandé par l'Espagne ses barons, comtes, ducs et capitaines. En trois jours, il en rassemble quatre-cent-mille, et par Saragosse fait retentir ses tambours.

Tous ses barons ont promis :

— A Roncevaux, j'irai combattre. Si j'y trouve Roland, il est mort, et morts Olivier et les douze pairs et tous les Français. L'Espagne restera libre.

Les soldats sarrasins

Les Sarrasins lacent leurs heaumes et ceignent des épées d'acier. Ils chevauchent, passent les vaux, passent les monts : enfin ils voient les oriflammes de France. Clair est le jour et beau le soleil : au soleil, les armes flamboient. Mille clairons sonnent. Les Français entendent ce grand bruit.

Olivier est monté sur une hauteur et voit venir les païens. Le plus vite qu'il peut, il vient aux Français, leur raconte tout.

— Du côté de l'Espagne, je vois venir tant de hauberts qui brillent, tant de heaumes qui flamboient ! Vous aurez une bataille, telle qu'il n'en fut jamais. Ganelon le savait, le félon, qui devant l'empereur nous désigna.

Roland l’encourage :

— Nous devons tenir, pour notre roi. Amis, que Dieu vous donne sa force !
Honni soit qui s'enfuit ! répondent tous les chevaliers.

Roland est preux et Olivier sage. Tous deux sont de courage merveilleux. Olivier se penche vers son compagnon :

— Roland, sonnez votre olifant ! Charles l'entendra et les Français reviendront.
Jamais, répond Roland, je ne sonnerai mon cor pour des païens.  J'aime mieux mourir que choir dans la honte !

Puis, ils chevauchent sus aux Sarrasins et les affrontent sans trembler.

Durandal, lancée par Roland avec la force de l'archange Michel, serait aujourd'hui, plus de mille ans plus tard, fichée dans un rocher, à Rocamadour

Dans la bataille, Roland frappe avec Durendal, sa bonne épée. Olivier n'est pas en reste, ni les douze pairs.

L'un attaque, l'autre défend. Tant de bons Français y perdent leur vie ! Les païens meurent en foule et par milliers.

Marsile fait sonner ses cors, puis chevauche avec le reste de sa grande armée. Les chrétiens sont en grande détresse. Roland voit le grand massacre des siens. Il appelle Olivier, son compagnon :

— Ami, voyez tant de vaillants qui gisent là contre terre ! Je sonnerai l'olifant. Charles l'entendra, les Francs reviendront.
Ce serait déshonneur  ! répond Olivier. Quand je vous demandais de le faire, vous n'en fîtes rien.
Notre bataille est dure ! Je sonnerai mon cor, le roi Charles l'entendra.
Compagnon, c'est votre faute, si les Français sont morts. Si vous m'aviez écouté, Charles serait revenu ; cette bataille nous l'aurions gagnée ; le roi Marsile eût été tué. Aujourd'hui prend fin notre amitié.

Turpin l'archevêque les entend qui se querellent. Il vient jusqu'à eux et les reprend  :

— Sire Roland, et vous, sire Olivier, je vous en prie de par Dieu, ne vous querellez point ! Sonner du cor ne nous sauverait plus. Et pourtant, sonnez, ce sera mieux. Que vienne l’empereur, il nous vengera.

Roland porte l'olifant à ses lèvres. Il sonne à pleine force.

Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente grandes lieues on l'entend qui se prolonge.

Charles l'entend et l'entendent tous ses  chevaliers.

— Nos hommes livrent bataille ! C'est le cor de Roland !

Ganelon répond :

— De bataille, il n'y a point. Vous connaissez bien le grand orgueil de Roland, jamais il ne sonnerait pour appeler à l’aide. C’est un lièvre qu’il poursuit.

Roland sonne l'olifant.

Charles l'entend, et ses Français l'entendent.

— Ce cor a longue haleine !

Le duc Naimes répond :

— Roland livre bataille, j'en suis sûr. Il lance son appel. Celui-là même l'a trahi qui maintenant vous demande d'y faillir.

Le roi fait saisir le comte Ganelon. Il l'a remis aux cuisiniers de sa maison. Il appelle Besgon, leur chef :

— Garde-le-moi bien, comme on doit faire d'un félon.

L'empereur fait sonner ses cors. Les Français s'arment de hauberts, de heaumes et d'épées. Tous les barons de l'armée montent sur les destriers. Ils se disent l’un à l'autre :

— Si nous revoyions Roland encore vivant, avec lui nous frapperions de grands coups !

A quoi bon les paroles ? Trop de temps a passé. Le jour avance, sous le soleil resplendissent les armures. L'empereur chevauche, vif de colère et abattu d’angoisse.

Hauts sont les monts et ténébreux les vaux. A l'arrière, à l'avant, les clairons sonnent et tous ensemble répondent à l'olifant.

Roland regarde par les monts. Il voit tant de Français qui gisent morts, et les pleure en gentil chevalier :

— Seigneurs barons, que Dieu vous fasse merci ! Qu'il octroie à toutes vos âmes le paradis !

Roland est retourné à la bataille. Durendal frappe et résonne sur les cuirasses adverses. Les Francs sont hardis comme des lions.

— Je sais bien maintenant que nous n'avons plus guère à vivre. Frappez, seigneurs, des épées ! 

Marsile éperonne son cheval, il frappe Olivier en plein dos. Olivier sent qu'il est frappé à mort. Il tient son épée Hauteclaire.

Montjoie ! crie-t-il, ce qui est le cri des chevaliers.

Il appelle Roland, son pair et son ami:

— Sire compagnon, venez vers moi, tout près ; à grande douleur, en ce jour, nous serons séparés.

Olivier se couche contre terre. A haute voix, les deux mains jointes, il prie Dieu qu'il lui donne le paradis et qu'il bénisse Charles et douce France et Roland, son compagnon.

Olivier est mort, le preux Roland le pleure, de douleur et de colère empli. Au plus fort, il se remet à frapper.

Quatre cents Sarrasins se rassemblent. Roland, quand il les voit venir, se fait plus fort, plus fier, plus ardent. Il ne leur cédera pas tant qu'il sera en vie. Il monte son cheval Veillantif et combat avec son épée. Les païens s'enfuient. Le comte Roland chute et ne peut leur donner la chasse : il a perdu Veillantif, son destrier. Il est blessé et il sent la mort prochaine.

Il prie Dieu pour ses pairs et puis pour lui-même. Sur l'herbe verte, il est tombé.

Hauts sont les monts, hauts sont les arbres.

Or un Sarrasin le guette : il a fait le mort  ! Il se redresse, se saisit de l’épée de Roland.  Roland sent qu'il lui prend son épée. De son olifant, il frappe le sarrasin qui meurt.

— Durendal, que tu es belle et sainte ! dit Roland. Ton pommeau d'or est plein de reliques : une dent de saint Pierre et des cheveux de monseigneur saint Denis et du vêtement de sainte Marie. Il n'est pas juste que des païens te possèdent. Puisses-tu  ne jamais tomber aux mains d'un couard ! Par vous, j'aurai conquis tant de larges terres.

Devant lui est une pierre. Il y frappe dix coups, plein de deuil et de rancœur. L'acier grince, ne se brise ni ne s'ébrèche.

Roland sent que la mort le prend : sous un pin il s'est couché sur l'herbe verte. Sous lui il met son épée et l'olifant. Il a tourné sa tête du côté de l’Espagne : il a fait ainsi, voulant que Charles dise qu'il est mort en vainqueur. Pour ses péchés, il demande à Dieu pardon.

Roland est mort ; Dieu a son âme dans les cieux.

L'empereur parvient à Roncevaux. Il n'y a route ni sentier, pas une aune de terrain où ne gise un Français ou un païen.

Charles s'écrie :

— Où êtes-vous, Roland et Olivier ? Où est l'archevêque ? Où, le comte Olivier ? Où, le comte Bérengier ? Ivon que je chérissais tant ? Qu'est devenu le preux Anseïs ? Où est Gérard de Roussillon ?  Où sont-ils, les douze pairs ?

De quoi sert qu'il appelle, quand pas un ne répond ? Il tourmente sa barbe ; ses barons chevaliers pleurent ;

Le duc Naimes dit à l'empereur :

— Regardez en avant, à deux lieues de nous ; vous pourrez voir les sarrasins. Or donc, chevauchez ! Vengez cette douleur !

L'empereur fait sonner ses clairons ; puis il chevauche, le preux, avec sa grande armée. Les païens fuient, les Francs leur donnent la chasse. Au Val Ténébreux ils les atteignent, les tuent tous à coups frappés de plein cœur.

Les païens s'enfuient, car Dieu le veut. Les Francs, et l'empereur avec eux, les pourchassent.

Charles a gagné la bataille. Il a tombé les portes de Saragosse.

L'empereur s'est couché dans un pré. Cette nuit il n'a pas voulu se désarmer ; il garde son blanc haubert ; il garde lacé son heaume aux pierres serties d'or, et son épée Joyeuse ceinte.

Claire est la nuit et brillante, la lune. Charles est couché, mais son cœur est lourd, pour Roland et Olivier, ses douze pairs et les Français qu'à Roncevaux il a laissés morts.

Pour sa trahison, Ganelon fut tué, l’empereur fit justice.

La chanson de Roland : Partie 1

Oyez, mes enfants, la chanson de Roland le preux, qui perdit la vie pour défendre la douce France et son roi.

L’empereur Charles le Grand sept ans durant guerroya en Espagne. Il ne restait presque plus qu'une cité pour lui résister, c'était Saragosse, tenue par le roi Marsile, un païen.

En ce temps-là, Marsile s’inquiétait : allait-il perdre sa ville ? Il manda ses ducs et ses comtes et leur déclara :

— Voyez, seigneurs, quel mal nous guette. Notre armée n'est pas de force à vaincre les Francs. Conseillez-moi, hommes sages.

Blancandrin, un chevalier, lui répondit :

— Envoyez des paroles d’amitié à l’empereur Charles, envoyez-lui des cadeaux, de l'or. Promettez-lui  que, s’il s’en retourne dans son palais d’Aix, vous l’y rejoindrez pour recevoir le baptême des chrétiens et devenir son fidèle vassal. L’empereur une fois reparti dans son pays, nul ne pourra vous obliger à l’y rejoindre.

Une fois sa décision prise, le roi Marsile appelle ses barons Clarin de Balaguer, Priamon,  Guarlan le Barbu et Blancandrin :

— A Charlemagne, seigneurs barons, vous porterez des branches d'olivier, en signe de paix, et vous lui ferez mes promesses.

Les messagers partent vers Charles, avec l’intention de le tromper. L'empereur se tient dans un jardin, sur un trône d’or pur. Les messagers le saluent.

— Salut, Charles le Glorieux ! Entendez le message du roi Marsile. Il vous donnera ours et lions, sept cents chameaux et quatre cents mulets chargés d'or, si vous retournez à Aix. Le roi Marsile vous suivra pour recevoir le baptême et vous jurer obéissance, il vous le promet.

Le sacre de l'empereur Charlemagne

L’empereur renvoie son conseil et fait dresser des tentes pour les messagers.

Le lendemain de grand matin, l'empereur écoute la messe. Puis, il appelle ses barons : l'archevêque Turpin et Acelin le preux comte de Gascogne, Thibaud de Reims et son cousin Milon, le comte Roland et Olivier, son noble ami, enfin Ganelon.

— Seigneurs barons, dit l'empereur Charles, vous avez entendu hier les promesses du roi Marsile. Mais je ne connais pas le fond de son cœur.

Roland répond :

— Malheur à vous, si vous croyez Marsile ! Voilà sept ans, il a fait périr des messagers que vous lui aviez envoyés. Faites la guerre comme vous l'avez commencée ! Menez à Saragosse votre armée et vengez ceux que le félon fit périr.

L'empereur lisse sa barbe, arrange sa moustache et garde le silence. Ganelon, à son tour parle, d'une autre voix :

— Le roi Marsile promet qu'il deviendra votre vassal. Il a perdu la guerre : tous ses châteaux, vous les lui avez détruits ; ses bourgs, vous les avez brûlés. Aujourd'hui qu'il vous implore merci, ce serait péché que de poursuivre cette guerre.

Les barons français approuvent :

— Il a bien parlé !

Alors Charlemagne, qui sait que Marsile est félon, demande :

— Seigneurs barons, qui enverrons-nous à Saragosse ?

Roland, jeune et enthousiasme, se dresse : « Moi, j’irai, seigneur roi ».

Mais l’empereur Charles refuse :

— Toi, non. Je veux garder près de moi mes douze pairs ! Chevaliers, choisissez un baron de ma terre, qui porte à Marsile mon message.Il me faut un homme qui soit aussi roué que l'est Marsile, aussi rusé que lui.

Alors Roland dit : « Envoyez donc Ganelon !»

Le comte Ganelon est en effet un personnage malin; mais voilà que celui-ci blêmit, saisi de peur. Rejetant son manteau de fourrure, il se lève, superbe dans son bliaud de soie.

— Moi, y aller ? Tu veux ma mort, Roland ! Tu sais que Marsile peut me faire tuer quand il lui plaira.
— Et pourquoi parles-tu ainsi ?
Je n’ai pas peur quant à moi ! Si le roi le veut, j’irai à votre place.

L'affront cette fois est complet. Ganelon se sent injurié.

Tu n'iras pas à ma place ! répond Ganelon. Puisque Charles commande, j'irai à Saragosse ; mais ma colère contre toi ne fait que commencer.

L’empereur prend la parole.

— Ganelon, approchez ! recevez le bâton et le gant. Vous l'avez entendu : les Francs vous ont choisi.
Sire, dit Ganelon en sa fureur, c'est cause de ce que Roland m'a nommé !

L'empereur lui tend son gant, mais Ganelon le laisser tomber au sol. Les Français s’exclament :

— Dieu ! quel signe est-ce là ? De cette rencontre nous viendra-t-il un malheur ?

Le comte Ganelon a fixé des éperons d'or à ses pieds, il ceint Murgleis, son épée. Sur Tachebrun, son destrier, il monte et se met en chemin. Sous de hauts oliviers, il rejoint les messagers sarrasins. Or voici qu’avec Blancandrin, l’ami du roi Marsile, il cherche déjà à se venger de Roland.

Tant chevauchent-ils par voies et chemins qu'à Saragosse ils arrivent. A l'ombre d'un pin, un trône est dressé, enveloppé de soie d'Alexandrie. Autour du roi Marsile, vingt mille Sarrasins font silence pour ouïr les nouvelles.

— Salut, ô roi ! commence Blancandrin. Nous avons porté votre message à Charles. Voici Ganelon, un noble baron qui vous apprendra si vous aurez la paix ou non.

— Qu'il parle ! ordonne Marsile.

Saragosse, aujourd'hui

Ganelon a fort bien préparé sa réponse :

— Salut, au nom de Dieu ! Voici ce que vous mande Charlemagne, le preux : si recevez la sainte loi chrétienne, il vous donnera la moitié de l'Espagne en fief. L'autre moitié, Roland l'aura. Si vous refusez, vous mourrez de mort honteuse et vile.

Le roi Marsile a frémi de colère, il a failli se jeter sur l'homme, mais les Sarrasins, à grand peine, l’ont retenu. Marsile se calme et parle en secret avec ses conseillers.

— Ganelon nous servira, dit Blancandrin, il me l'a juré.  

Il prend Ganelon par la main droite et le conduit jusqu'au roi. Là, ils débattent la trahison.

Les Sarrasins

— Beau sire Ganelon, lui dit Marsile,  parlez-moi de Charlemagne. Il est vieux ; quand sera-t-il las de guerroyer ?
Jamais, répond le traître, tant que vivront son neveu Roland et Olivier, son compagnon, et les douze pairs, que Charles aime tant.
Mais, sire chevalier, dit le roi de Saragosse, j'ai une grande armée de quatre-cent mille chevaliers ; dites-moi si je puis battre Charles et les Francs ?
Que nenni ! répond Ganelon. Vous y perdriez vos soldats. Donnez à l'empereur tant de cadeaux qu'il repartira vers la France. Derrière lui il laissera son arrière-garde de vingt mille hommes, là seront Roland et Olivier. De vos païens, envoyez-leur cent mille et qu'ils leur livrent une bataille. Roland mourra et Charles ne voudra plus guerroyer contre vous.

Marsile prend Ganelon par l'épaule et lui dit :

— Je vous donnerai dix mulets chargés d'or fin. Arrangez-vous pour que Roland soit bien à l'arrière-garde. Je lui ferai livrer une bataille à mort.

Ganelon promet :

— Sur ma foi, je le ferai.

Puis il monte à cheval et reprend sa route.

Il arrive au camp de l’empereur un matin que le jour se lève. Devant sa tente, Charles se tient debout sur l'herbe verte. Roland est là, Olivier et beaucoup des autres.

Ganelon avec ruse se met à parler :

— Salut, ô roi de par Dieu ! Je vous apporte les clefs de Saragosse et un grand trésor. Sire, rentrez en votre pays et soyez sûr que, d’ici un mois, Marsile vous suivra au royaume de France. Il se fera chrétien et deviendra votre vassal.

Charles le Grand dit :

— Que Dieu soit remercié ! Vous m'avez bien servi, Ganelon, vous en aurez faste récompense.  

Par l'armée, on fait sonner mille clairons. Les Francs lèvent le camp. Vers douce France tous s'acheminent.

Le jour s'en va. Le comte Roland attache à sa lance le gonfanon et l'élève vers le ciel : à ce signe, les Francs dressent leurs tentes.

Or, par les larges vallées, les païens chevauchent, le heaume lacé, l'épée ceinte, l'écu au col. Dans une forêt, au sommet des monts, ils ont fait halte. Ils sont quatre cent mille. Dieu ! quelle malheur que les Français ne le sachent pas !

La nuit passe toute, l'aube se lève diaphane. Par les rangs de l'armée, l'empereur chevauche fièrement.

— Seigneurs barons, dit Charlemagne,  voyez les étroits passages : choisissez qui fera l'arrière-garde.

Ganelon répond :

— Ce sera Roland : nul n’est vaillant comme lui.

Roland s'est entendu nommer. Alors il parla comme un chevalier doit faire :

— Sire Ganelon, je vous remercie de me choisir pour l'arrière-garde. Charles n'y perdra ni palefroi ni destrier que je ne défende de mon épée. Sire empereur, donnez-moi vingt mille Français vaillants. En toute assurance passez les monts.

L'empereur garde la tête baissée. Il lisse sa barbe, tord sa moustache. Il craint un malheur car l'arrière garde est toujours le point faible de l'armée. Roland est en selle sur son destrier. Avec lui vient son compagnon, Olivier et Oton et Bérengier et Anseïs le fier et Gérard de Roussillon et avec eux, vingt mille autres chevaliers.

Hauts sont les monts et sinistres les défilés. Le vent s'y engouffre les poussant dans le dos. L'ombre les enveloppe bientôt. Les Français passent à grand peine. Quand ils ont franchi les Pyrénées et parviennent en France, il leur souvient que leurs fiefs et leurs nobles femmes les attendent. Pas un qui n'en pleure de tendresse. Mais Charles est plein d'angoisse : à l'arrière, loin encore dans les monts d'Espagne, il a laissé Roland et ses douze pairs.

(à suivre)

La terrible bataille des anges pour Noël, histoire pour enfants

Un jour, quelques années avant l’an zéro, il y eut un grand remue-ménage dans le Ciel. On disait que le grand patron, le chef des chefs, le roi suprême, celui qui commande aux archanges[1] qui commandent aux myriades d’anges, avait décidé de descendre sur Terre.

Lui, sur Terre !

Une histoire impensable.

Si cela devait avoir lieu, quel déménagement ! Le cortège de Dieu devait traverser l’Univers. Il faudrait que les anges s’y mettent sérieusement, ce serait comme lors de la Création du Monde, un travail titanesque ! Pis que titanesque : angélique, archangélique ! Cent montagnes à déplacer ou mille écuries d’Augias à récurer eussent été une tâche autrement plus légère !

Déplacer le patron, déménager le Big One ! Vous imaginez ? Nous autres, ici bas, on se fait tout un pataquès de déplacer un président de la République en province, alors pensez : déplacer Dieu ! Autant essayer de balayer les étoiles à gauche de l’Univers et les trous noirs à droite. Autant se servir d’un pied de biche pour soulever Saturne ou de transporter mars à coups de brouette. Dieu, il a quelques millions de galaxies dans la poussière de l’ourlet de son pantalon. Pour le bouger, il allait falloir quelques milliards d’armées de tractopelles !

On murmurait chez les anges. Jusqu’aux plus hauts des anges, la stupéfaction emplissait tout. Il n’y avait que le petit groupe des Sept autour du trône[2], le groupe des archanges dont… La suite dans votre abonnement (cliquez ici).

Sur la route de Compostelle – Partie 2, conte pour enfant

Jacques et Mariette suivaient leur route. Ils marchaient toujours.

Rocamadour

Ils arrivèrent ainsi à Rocamadour.

La basilique leur apparut au loin sur le flanc de la falaise escarpée. Les cloches carillonnaient gaiement et leur chant pur s’élevait dans le ciel vibrant de lumière, portant leur message de paix. Après avoir prié dans l’église, ils redescendirent et s'installèrent à l'auberge.

– Brave aubergiste, demanda Jacques, nous sommes des pèlerins de Compostelle. Pourriez-vous nous offrir la table et le couvert (c'est-à-dire de quoi manger et un abri pour la nuit) ?
– Avez-vous de quoi payer ? demanda l’homme, les sourcils froncés.
– Non. Mais je peux travailler en échange.

L’aubergiste les regarda un moment puis, rassuré par leur mine honnête, leur proposa:

– Eh ! bien, vous pourriez couper du bois et le rentrer pour l’hiver… Quant à votre dame, elle pourrait donner un coup de main en cuisine, ma femme ne serait pas contre un peu d’aide et de compagnie !
– C’est d’accord ! accepta Jacques et ils se serrèrent vigoureusement la main.

Après le rude travail de l’après-midi, le repas du soir fut réconfortant. Jacques et Mariette s’assirent près du foyer pour manger leur écuelle de soupe aux pois, un morceau de tourte au poisson et croquer les pommes du verger.

– L’aubergiste est un brave homme, dit Jacques. Il accueille les pèlerins, et ils sont nombreux, ceux qui viennent à Rocamadour !
– Oui, il les accueille, mais il craint les voleurs, dit Mariette. Sa femme me l’a raconté quand nous cuisinions.
– Il y a toujours des mauvaises gens, hélas, soupira Jacques en promenant son regard sur une bande turbulente attablée non loin d’eux. D’ailleurs… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.Lire davantage

Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique

Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique

Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique

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Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique

Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

Histoire pour enfants Egypte antique
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Au temps de la préhistoire – Partie II, histoire pour enfant

Préhistoire - Histoire pour enfant, Partie II

Touk et Boga sont tombés dans un piège, ils n’arrivent pas à en sortir. Qui viendra à leur secours ? Des guerriers s'approchent, un homme se penche au-dessus de la fosse où ils sont tombés.

– Touk ! Boga ! mais que faites-vous ici ?

C’est le chef Faro ! ils sont sauvés !

Les hommes descendent une longue branche dans la fosse. Boga s’accroche solidement et il est hissé hors du piège. Puis, c’est le tour de Touk. Les garçons s’avancent devant les hommes, confus, la tête basse.  Faro dit de sa voix sévère.

ours– Vous avez encore préféré vos jeux et votre amusement au travail qui vous a été demandé. Que vouliez-vous faire aussi loin du campement ? N’avez-vous pas entendu hier mon avertissement : les ours se réveillent de leur sommeil d’hiver et ils sont dangereux !
– Nous voulions voir un mammouth, dit Boga d’une petite voix timide.
– Un mammouth ! répond Faro. Vous saviez bien pourtant qu’il y en a très peu. Il vous est défendu de vous éloigner.

Les garçons ne répondent rien, ils savent bien qu’ils ont fait une grosse bêtise.

– Vous auriez pu mourir, seuls dans ce trou ! reprend le chef. Je pense que vous avez été assez punis par la peur. Mais demain, vous devrez travailler deux fois plus, pour compenser ce que vous n’avez pas fait aujourd’hui.

Ils se mettent en marche. Touk les suit en boîtant, clopin-clopant, mais il souffre trop. Un homme le porte sur son dos. Quelle humiliation pour le garçon, d'être porté comme un enfant !

Le retour leur paraît interminable, mais voici au loin le campement.

Miti s’avance, très inquiète.

– Enfin vous voilà ! Que s’est-il passé ? Et ton pied, Touk, tu t’es fait mal ?

Faro prend la parole :

– Ils ont désobéi et mis leur vie en danger, simplement pour s’amuser. Leur a-t-on commandé d'y aller ? L'enfant obéit à ceux qui l'élèvent, comme l'Homme obéit à mère nature qui le conduit. Ils devront racheter leur faute… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

Au temps de la préhistoire – Partie I, histoire pour enfant

Histoire pour enfant Au temps de la préhistoire

Cette histoire commence il y a fort longtemps, au temps des premiers hommes qui aient jamais habité sur la Terre, au temps de la Préhistoire. Si nous pouvions y être transportés, comme le monde nous paraîtrait étrange ! Pas de maisons en pierre, pas de magasins, pas de voitures, pas de téléphones ni d’ordinateurs, pas de rue, rien de ce qu'on voit dans nos villes ou nos villages, en fait.

Tu reconnaîtrais certains animaux, les rhinocéros, les rennes, les ours, les chevaux, les lièvres ou des oiseaux, mais d’autres te paraîtraient bien différents : des aurochs (qui ressemblent un peu à nos taureaux), des bisons et même des mammouths, ces éléphants couverts d’un épais pelage laineux.

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L'auroch

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Chasseurs et mammouth

La nature était partout, des forêts sombres et touffues, des vastes plaines parsemées de rochers entre lesquels scintillaient des ruisseaux argentés ou des fleuves tumultueux, des montagnes couronnées de neige et percées de grottes au creux desquelles se cachaient les animaux.

C’était le royaume du silence. Du moins, le silence des hommes, car la nature, elle, chantait de tous côtés. Le jour, on entendait le pépiement des oiseaux, les cris des animaux se mettant en chasse, les froissements de cigales ou de crickets, et la nuit le chant des grillons, des oiseaux de nuit, des renards et de toutes les bêtes qui vivent éveillées la nuit ; et de jour comme de nuit, le doux murmure des sources, le vent qui siffle dans les arbres, la pluie qui crépite, l'orage ou le ressac de la mer. Parfois même, on percevait au loin l'effrayant grondement d'un volcan. A la fin de l'hiver, le spectacle le plus saisissant, auquel les hommes allaient parfois se rendre, c'était la débâcle: la glace des rivière se rompait et se bousculait de loin en loin dans le lit du cours d'eau, en faisant un vacarme assourdissant, jusqu'au bout des vallées où elle s'empilait et se fracassait entre les passes rocheuses, à moins qu'elle disparaisse en mer. Il fallait faire attention parce que des morceaux de glace étaient souvent projetés en l'air et allaient frapper les rives. Parfois même, c'était les hommes eux-mêmes qui provoquaient ce grand événement en brisant la glace le plus haut possible dans la rivière, en amont de la montagne, car ils ont besoin de retrouver les poissons, l'une de leur nourriture préférée. Et puis, il y avait les grandes marées où la mer semble un monstre en furie. Les hommes connaissaient très bien la nature, en ce temps-là.

On aurait pu marcher pendant des journées entières sans rencontrer un seul homme, car ils étaient peu nombreux, ces hommes préhistoriques. Tiens ! Mais justement, ne dirait-on pas là-bas deux petits d’homme ? Approchons-nous un peu…

– Descends, Boga ! s’exclame Touk, un jeune garçon trépignant au pied d’un arbre. C’est à mon tour maintenant
– Oh ! répondit Boga, perché en haut de l’arbre, attends un peu ! D’ailleurs, c’était mon idée. Je veux absolument voir un mammouth !
– Une autre fois, le soleil se couche, il faut rentrer.

Les deux garçons prennent le chemin du campement, escaladant avec agilité les souches, sautant allègrement les ruisseaux. Ils sont vêtus d’une tunique en peau de bête et portent des bottes de peaux.

erectus-cuisson-alimentLorsqu’ils arrivent au camp, chacun s’active. Les chasseurs ont tué un renne : le repas sera bon pour la tribu ! A l’aide de pierres tranchantes, les hommes dépècent des quartiers de viande et les enfilent sur des bâtons, pour les faire cuire au dessus du feu. Les femmes raniment les braises. Miti, la maman de Touk, les interpelle :

– Touk ! Boga ! vous deviez rapporter du bois, qu’avez-vous fait ?
– Oh ! maman, proteste Touk. Je suis presque un homme, je veux apprendre à chasser.  Ramasser du bois, c’est un travail pour les filles.
– Tu te trompes Touk, dit une voix grave derrière lui.

C’est Faro, le chef du clan, un chasseur habile et prudent, un chef sage et juste. Tous l’écoutent et le respectent. Le chef reprend :

– Ramasser du bois est facile, mais c’est une tâche très importante. Sans feu, comment faire cuire la viande ? Comment nous réchauffer ?  Et pense à ces veillées qui nous rassemblent le soir. Le clan ne pourrait pas vivre, sans le feu. Alors, va, mon garçon !

Histoire pour enfant Au temps de la préhistoire

Histoire pour enfant Au temps de la préhistoire Peinture rupestre

La tribu se régale de la viande de renne grillée, d’œufs cuits dans la braise, de racines et de baies. La nuit est tombée, tous se rassemblent autour du feu. Un vieil homme sort une flûte taillée dans un os de bison et commence à jouer. C’est une mélodie simple mais envoûtante. Tous se mettent à chanter, frappant dans leurs mains en rythme. Puis, le silence se fait. On entend un rugissement, des cris d’animaux. Un oiseau de nuit vole lourdement près du feu puis s’éloigne. D’une petite voix, Boga demande timidement :

– Faro, raconte-nous encore la chasse au mammouth…

Le chef sourit, il sait que cette histoire fait rêver les garçons. Et de sa voix grave, il commence.

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« C’était il y a de nombreuses saisons, 251 lunes exactement. J’étais jeune alors et, comme vous, je rêvais d’aventure. Je voulais que tous voient mon courage et ma valeur ! C’était lors d’un hiver très froid, le clan avait faim. La terre était gelée, nous ne pouvions pas déterrer des racines. Les petits animaux, lièvres ou lézards, se cachaient dans leurs terriers. Je suis parti un matin. J’avais fixé une pierre tranchante sur un bâton, je voulais tuer un buffle. Pendant de nombreuses heures, j’ai marché, droit devant moi. J’avais faim, mais je ne voulais pas rentrer les mains vides, sans rien rapporter. Soudain, je l’ai vu, là… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

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L’Île au trésor histoire pour enfants

« Debout, Jim! » lance sa maman depuis la cuisine. « Il faut nettoyer l'auberge. »

« Encore et toujours nettoyer l'auberge » marmonne Jim en glissant hors du lit.

Il descend à la cuisine, où sa mère Rose l'accueille d'un baiser sur le front. « Déjeune rapidement, fiston. Tu dois préparer la chambre d'invité, car nous avons un client. »

Jim soupire. « J'allais jouer aux pirates avec les amis du village » maugrée-t-il.

Sa maman rit doucement. « Ce sera pour une autre fois. Allez, mange ton gruau, et au travail ! »

Jim avale son repas et court chercher les draps propres sur la corde à linge dans la cour.

Il s'arrête net à la porte. Un homme lui bloque le chemin. Il porte un long manteau sombre à large collet, un chapeau cornu et une barbe épaisse. « Un pirate ! » pense Jim.

« Ouste, chenapan! » grommelle l'homme avant de se mettre à tousser. Il a un œil abîmé, presque blanc.

Treasure island L'Île au trésor

C'est le client attendu de l'auberge. Jim propose son mouchoir propre à l'invité. L'homme le saisit et se mouche bruyamment. « Bernard le Borgne te remercie, matelot, » lui dit-il.

En changeant les draps dans la chambre, Jim observe les quelques biens de l'homme : une grosse malle et un petit coffre orné de ferrures. « Un trésor de pirate », murmure le garçon.

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« Qu'as-tu dit ? » tonne soudain une grosse voix derrière lui depuis le chambranle de la porte. Jim se tourne pour voir l'invité le regarder avec suspicion et, il faut le dire, comme avec une menace dans les yeux. « Hors de ma chambre ! » lui ordonne-t-il. « Ce n'est pas un petit marin d'eau douce comme toi qui va me ravir... mon trésor. » Il a dit ces mots presque en les murmurant. Finalement, l'étranger chasse Jim de la chambre et verrouille la porte de sa chambre derrière lui.

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Le lendemain, l'inquiétant étranger ne descend pas pour le petit déjeuner.

« Jim, va cogner doucement à sa porte » lui demande sa mère.

trou_serrureJim monte et cogne à la porte, mais pas de réponse. Il regarde par le trou de la serrure. L'homme n'est pas étendu dans son lit, mais sur le sol.

Il descend à la cuisine. « Maman, le monsieur semble aller mal ! »… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

« Cours chercher le docteur. »

Le médecin du village accourt, monte à l'étage et doit forcer la porte de la chambre pour entrer, mais il est trop tard pour aider Bernard le Borgne. « La pneumonie l'a emporté » dit gravement le docteur. « Je vais demander aux hommes du village de l'enterrer au cimetière. » Il couvre l'homme d'un drap. « Il faut annoncer son décès à sa famille. Rose, vous devrez trouver dans ses affaires de quoi savoir où envoyer les lettres.
- Je vais devoir fouiller les affaires d'un mort ? se dit la pauvre maman.
- Si vous avez une autre idée... »

Quand les hommes sont partis en emportant le mort, Jim et sa mère forcent les serrures de la malle et du petit coffre. Ils ne trouvent aucune lettre de proches de l'homme mort. Mais le petit coffre contient un objet : une carte.

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« Maman, on dirait... une carte au trésor. »

Rose rit et prend la carte pour l'observer de plus près. Mais à présent, elle fronce les sourcils.
- Jim... Je crois que tu as raison. Va aux quais pour la montrer à Anna.
- Ton amie ?
- Oui, elle saura te le dire.

Jim court jusqu'aux quais du village. Il demande à quelques matelots où trouver Anna. L'un d'eux pointe du doigt le haut du mât d'un navire amarré. Perchée dans le cordage à dix mètres de haut, la fameuse Anna est dans la mâture et vérifie des nœuds.

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« Anna ! » crie Jim, moulinant des bras pour attirer son attention. Anna lève la tête, lui fait signe, puis descend du beaupré aussi habilement qu'une acrobate.
- Bonjour, Jim. Quoi de neuf ?
- Un client de l'auberge est mort la nuit dernière.
- Pauvre gars, dit Anna.
- Mais regarde ce qu'on a trouvé dans ses affaires.
Et Jim déplie la carte.Lire davantage

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Les bêtises d’Angélique et Arthur histoire pour enfants

Angélique et Arthur sont des enfants très énergiques. Ils ont une forme du tonnerre ! Ce sont les rois de la farce et même, dit leur père, les rois des bêtises. En fait, les bêtises, c'est leur royaume. Ce sont des sortes de spécialistes. Il n'y a rien dans la maison qu'il n'aient remué, secoué, retourné, ébréché, fendu, gribouillé, renversé, vidé, abîmé, cassé ou perdu.

Tenez, un jour, ils ont mis du sucre dans l'eau des pâtes; les nouilles étaient plutôt immangeables. Ça les a beaucoup amusés de surveiller la tête de Papa et Maman qui étaient en pleine discussion et qui ne se sont rendus compte de rien avant un petit moment. Les enfants ont éclaté de rire quand Papa a fini une phrase en disant : "En tous cas, je n'ai qu'une envie, c'est de partir en vacances... Dis donc, tu ne trouves pas qu'elles ont un drôle de goût, ces pâtes ?"

Une autre fois, ils ont dépareillé toutes les paires de chaussettes de Papa et toutes les paires de bas de Maman.

Mais ce n'était pas d'assez grosses bêtises pour Arthur et Angélique.

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Ils se sont dit que les disques CD de Papa et Maman feraient de très bons patins à glace. Ils ont sorti les petits disques de leurs boîtes et ils ont glissé dessus. Ils s'en sont servis pour traverser le salon et la cuisine de long en large. La moitié de la collection y est passée, entièrement rayée. Quand maman est revenue des courses, elle a mis ses deux mains sur la bouche et s'est écriée: "Angélique ! Arthur !"
- On aime bien le patin à glace, maman ! On pourrait aller en faire à la patinoire ?

Un autre jour… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.

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