François Premier raconté aux enfants, un grand roi de France, partie II

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Après la victoire de Marignan, le roi se montra chevaleresque, car il offrit une paix perpétuelle aux Suisses, c'est-à-dire une paix pour toujours, et tous les rois de France la respecteraient, jusqu’au dernier, Louis XVI. Il traita aussi avec le duc de Milan. Enfin, il traita également avec le pape et fit avec lui un Concordat, c'est-à-dire un traité, qui dura jusqu’à la Révolution, des siècles plus tard.

Il y a alors trois grands rois en Europe : François Premier, Charles d’Espagne qui va devenir Charles-Quint (Carlos Quinto), et Henri VIII d’Angleterre. François est franc, généreux, artiste. L’Anglais Henri est un géant au poitrail énorme, il est étrange, on ne sait ce qu’il veut, il est parfois cruel et, comme le font souvent les rois anglais, il s’arrange pour que les peuples d’Europe se disputent entre eux. Charles d’Espagne est le plus jeune et le moins puissant, du moins pour l’instant ; il a l’air perpétuellement malade et courbe le dos, mais c’est le plus habile, il ne dit rien mais se rappelle tout : les promesses comme les offenses.

Portrait du jeune Charles de Habsbourg futur empereur Charles Quint vers 1515

Portrait du jeune Charles de Habsbourg futur empereur Charles Quint vers 1515. Il sera l'un des grands adversaires du roi de France François Premier.

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Henri VIII, l'autre grand roi adversaire de François

François Ier, roi de France

François Ier, roi de France

François paraît donc le plus enfantin … La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu.. des trois souverains ; cependant, il n’y a là qu’apparence, car il est très fin, et diplomate très habile, il sait se servir de ses talents de séduction, autrement dit il sait être gentil et agréable et on fait souvent ce qu'il demande.

— Sire, le roi d'Allemagne vient de mourir.
C'est en 1519 qu'arrive la nouvelle.
— Voilà qui est bien triste. J'enverrai l'un de mes ambassadeurs à son enterrement et une lettre à la reine.
Un conseiller dit:
— N'est-ce pas l'occasion de devenir roi d'Allemagne ?
— Bien sûr que ça l'est.
— Ce sera difficile, car Henri d'Angleterre et Charles d'Espagne essaieront eux aussi.
— Voilà pourquoi je dois essayer de réunir sur ma tête les deux couronnes.

François se voit bien empereur d’Allemagne en plus de roi de France. Mais les grands électeurs allemands, qui sont au nombre de sept, choisissent Charles d’Espagne. Charles, le plus faible, devient soudain le plus puissant des trois. En plus de régner sur l’Espagne et sur le Portugal, il règne aussi désormais sur les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, une bonne partie de l’Italie et l’immense Amérique. C’est plus que l’empire de Charlemagne. Il possède le second empire de l’Histoire sur lequel, dit-on, le soleil ne se couche jamais.

Pour équilibrer les choses, François se résout à être l’ami du dangereux Henri VIII. Les deux souverains se rencontrent à Boulogne. Chacun essaye d’être le plus munificent, le plus riche. Un camp doré semble s’élever sur la colline, c’est le Camp du Drap d’Or, celui de François. Jamais la bise de la mer ne souleva tant de fanions et de drapeaux aux couleurs éclatantes, jamais la lumière du printemps ne fit étinceler tant de joyaux précieux, d’oriflammes vives, de soies si douces et de plus somptueux brocards. Les fêtes se prolongent durant trois jours et trois nuits.

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Le Camp du Drap d'Or (en anglais the Field of the Cloth of Gold)

Un matin, le hallebardier qui protège la tente du roi Henri a une jolie surprise lorsqu’un visiteur s’approche :
— Halte ! Tente du roi, on ne passe pas !
— On ne passe pas ? Mais, je passe, assurément.
— Non, monsieur, vous êtes ici chez le roi d’Angleterre !
— Vous êtes chez le roi de France, et le roi de France, c’est moi !
C’est François lui-même qui vient réveiller Henri. Tout étonné, le garde laisse passer respectueusement le roi français.
François, sans un mot, s’assoit sur le lit et secoue l’épaule du royal endormi :
— Éveillez-vous, mon bon frère (c’était une manière de parler), venez là que je vous passe votre chemise. Je veux que vous n’ayez aujourd’hui pas d’autre valet que moi.
L’Anglais a ouvert les yeux et, revenu de sa surprise, éclate de rire dans sa barbe blonde. Il jure son amitié à François.
— Et si nous faisions une bagarre, vous et moi, pour le jeu ? s'exclame Henri.
— Une bagarre ?
—  Oui, de la lutte. Battons-nous devant nos soldats, vous et moi, rien que nous deux. Ce serait drôle !
Comme il est fort comme un Turc, Henri, qui propose à François de se battre dans un tournoi de lutte, est sûr qu'il va gagner. On dit que ce fut un singulier spectacle que de voir les deux souverains, leur chemise ôtée, ou plutôt leur pourpoint ôté. Voilà qu'ils vont se mesurer l’un à l’autre comme des lutteurs de foire. Henri a les mains en avant. Ils se battent donc. Henri pense terrasser François, qui est plus mince que lui, mais c'est François qui fait tomber Henri au sol, lui mettant les deux épaules à terre.
— Gagné ! Mon frère, vous êtes vaincu.
— Ah ah ! fait Henri, la chose est bien vraie, j’ai glissé et vous avez eu de la chance.
Henri fit comme s'il n'était pas vexé, mais il l’était. Il avait été battu devant ses hommes. Il avait juré son amitié, mais il décida de l’oublier.

Quelques temps plus tard, François apprit qu’Henri non seulement le trahissait, mais qu’il avait ligué contre lui tous ses alliés. François eut donc des querelles et des guerres, spécialement avec l’Empereur Charles-Quint. Pourtant, Henri tantôt se réconciliait, tantôt le gênait, il jouait les arbitres et s’arrangeait sans cesse pour tirer les marrons du feu, pour tirer avantage de toutes les situations. Un jour, on avait une bonne nouvelle et le lendemain, on en avait une mauvaise.
— Sire, le roi anglais veut se réconcilier avec vous et vous demande pardon pour les disputes que vous avez eues.
— Sire, je viens d’apprendre qu’Henri retire sa proposition de paix et vous déclare son ennemi.
— Sire, le roi anglais a changé d’avis, il veut vous rencontrer pour sceller votre amitié pour la vie.
— Sire, Henri est très fâché. De quoi, on ne le sait pas bien, mais c’est ainsi.

En vérité, les Anglais n’ont jamais cessé d’aimer cette terre française, si belle, si riche, si fertile, et de la vouloir pour eux. Cela, toute sa vie, François le paya.

La suite de guerres et de péripéties commença dès 1521.

— Les Impériaux attaquent, Sire ! Les soldats de Charles-Quint ont envahi le nord de la France et mettent le siège devant Mézières.
— Dame ! Voilà qui ne fait pas notre affaire. Qui défend Mézières ?
— Bayard, Sire.
— Bayard ? Dieu soit loué ! Alors, Charles n’a pas encore gagné.
Bayard défendit héroïquement la ville, avec deux mille hommes contre quarante-mille !

En Italie, la France perdait le Milanais, acquis au prix de tant de sang versé notamment au cours de la Bataille de Marignan ; les soldats français durent se replier et repasser les Alpes.
Un soir, Bayard était tué à l’arrière-garde.
— votre Majesté sera bien peinée de la nouvelle que je viens d’apprendre, dit un jour un conseiller.
— Laquelle, mon bon ?
— Bayard…
— Eh, bien, quoi, Bayard ?
— Bayard est mort, Sire.
Le roi est comme frappé. C’est un grand malheur pour lui et la France. François perd, avec Bayard, son meilleur général et son meilleur ami, qui a veillé sur lui dans la vie comme au combat.

Le roi chevalier voulut noyer son chagrin dans les fêtes, le luxe et les plaisirs. Il assistait à des concerts ou faisait des promenades sur des barques plates descendant la Loire. Il chassa aussi beaucoup. C’est pour la chasse qu’il fit faire deux châteaux merveilleux et inséparables dans sa mémoire. Fontainebleau, non loin de Paris, et Chambord, le château aux 365 cheminées (une pour chaque jour !).

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Chambord

Il combattait d’énormes sangliers à l’aide d’un pieu, dans la cour du château, et le soir, il se plaçait dans les jardins et chantait sous les étoiles en l’honneur des belles dames.

Il est aussi souvent à Paris, la ville médiévale qui étouffe un peu dans ses remparts puissants, il se promène avec quelques amis, au milieu des gens qui ne le reconnaissent pas, personne ne sait qu'il est le roi, et il écoute ce que disent les artisans et les matrones, il veut savoir ce que pense son peuple. Il entre dans un cabaret et boit quelques verres avec l’un ou l’autre.

Un soir, dans la rue, un « tire-laine », c'est-à-dire un voleur à la tire, coupe sa bourse et disparaît ; un autre soir, c’est un sergent de ville qui le rudoie comme un vulgaire manant :
— Ne reste pas là, misérable, ou je te fais arrêter.
Au lieu de dire qu’il est le roi, François obéit, car il veut vivre exactement comme ses sujets.
Ou alors, des rôdeurs l’attaquent.
— La bourse ou la vie !
— Ni l’une ni l’autre, palsambleu ! Voici mon épée, plutôt ! Allez, battez-vous !
— Filons, c'est un fou !
Non, ce n'est pas un fou, c'est le roi de France, un homme de courage qui est proche de son peuple et lui ressemble. S'il doit sortir son épée, il le fait aussi promptement que sur le champ de bataille. Il rentre ensuite au Louvre sans se plaindre jamais. C’était cela, pour lui, la vie et le rôle de roi.

En 1525, il faut franchir à nouveau les Alpes. Il s’arrête sur les rives de la Méditerranée, s’allie à la République de Gênes, une cité italienne mais aussi une puissance maritime. Quand il voit l’imposante flotte génoise, François est ébloui. Les galères et les frégates à trois ponts armés de canons, ainsi que les felouques légères prises aux Arabes, composent une escadre presque invincible qui peut lui offrir de grandes victoires. La mer est couverte de voiles et d’étendards colorés.

Mais François est peut-être trop ébloui, car il s’attarde à ses préparatifs pour attaquer le Milanais. Les Impériaux ont appris qu’il est là et ils l’attaquent à Pavie.

Durant la bataille, les Français manœuvrent bien au début, mais François se porte lui-même à l’avant de la mêlée. Les canonniers français ont alors peur de le tuer et cessent de tirer. — Arrêtez de tirer, les canonniers ! Le roi est juste là où tombent vos boulets !

C’est une grande bataille, des troupes attaquent, d’autres lâchent pied puis repartent à l’attaque, des lignes d’infanterie marchent tout droit derrière leurs piques pendant que tournoient des vagues de cavaleries.

Mais le roi s’est trop porté vers l’avant et les canons français ont dû cesser de tirer leurs boulets pour ne pas le tuer. François se bat en désespéré jusqu’au soir. Il est couvert de boue et de poussière. A la fin du jour, il est presque seul, avec son écuyer. Celui-ci appelle de sa trompe, pour avoir du secours. Mais les ennemis font autour du roi de France un rempart que la rescousse ne peut franchir. Le roi se bat seul, fait tournoyer son épée, frappe à droite et à gauche, et l’on voit son panache qui, dans la fumée, flotte encore au vent de la bataille. Tel un géant, il domine la foule amassée de ses ennemis qui se ruent sur lui. Enfin, on voit s’incliner son étendard. Le roi est blessé, il tombe à terre. Il étouffe sous son casque. Il est fait prisonnier.

Le général ennemi vient trouver le roi français à qui on a retiré la cuirasse et le casque, et lui dit :

— Votre gant, Sire, donnez-le moi.

A l’époque, on donne son gant quand on se rend.

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Armure aux lions de François Premier

Le roi lui dit : « Voici mon gant, mais sachez que je ne vous donne point ma foi. » François disait ainsi qu’il était prisonnier par la force mais que sa parole n’était pas engagée.

Il écrira ces jours-là à sa mère ces célèbres mots : « Madame, tout est perdu, fors l’honneur ». Ce qui veut dire : « Tout est perdu, sauf l’honneur. » Sauf l’honneur, certes, car il ne s’est livré qu’au bout du combat.

On l’enferme dans un sombre château italien, en attendant de savoir ce qu’on fera de lui. Il refuse de livrer son royaume. On le traîne en Espagne, de ville en ville, comme un trophée. Devant ce beau prince, les Espagnols retirent leur bonnet, admiratifs.

Loin de la France, espérant la liberté, il languit, dépérit, tombe malade et se trouve sur le point de mourir. Sur son lit, à Madrid, il demande à recevoir sa sœur Marguerite qu’il aime tant, afin de revoir une dernière fois le beau sourire de la France. Charles-Quint apprend que François Premier se meurt :

— Votre prisonnier le roi de France est fort malade, Altesse.

— Comment cela ? N’est-il pas traité comme il le mérite ?

— Non, à la vérité, il est assez mal traité dans sa prison. Il est sur le point de mourir, Sire.

— C’est inacceptable. Qu’on me conduise immédiatement auprès de lui !

Charles s’en va en toute hâte. Le cortège impérial, encadré de la lueur de torches nombreuses, traverse les hauts remparts de Madrid en coup de vent et s’engouffre dans la haute tour où agonise le roi de France. Charles apparaît à son chevet.

— Mon pauvre ami, je vous vois fort mal en point. J’en suis très fâché. Vous autres, arrangez-moi cette pièce, et faites apporter le meilleur des repas. Et faites tout ce qu’il vous demande, compris ?

Puis, il dit à François :

— J’ignorais que vous étiez aussi mal traité. Désormais, tout sera différent. Que puis-je faire pour vous?

— Accordez-moi une dernière chose, Charles.

— Dites ! Ce que vous voulez, vous l’obtiendrez. Et Dieu fasse que ce ne soit pas la dernière de vos prières.

— Je voudrais que ma sœur Marguerite vienne me voir.

— Mais… mais bien sûr ! Vous autres, envoyez immédiatement un messager en France, et que l’on fasse savoir à Marguerite de France que son auguste frère demande à la voir !

Cette visite a peut-être permis au roi de ne pas mourir. Aussitôt que Marguerite est là, François va mieux. Il demande des nouvelles. Hélas, ce sont de tristes nouvelles. Le royaume de France se porte mal, tiraillé entre les grands seigneurs et les parlements. La reine Claude, sa femme, est morte. Et Henri, le félon roi d’Angleterre, profite de la situation en obtenant de la France deux millions d’écus. L’amitié au temps du Camp du Drap d’Or est bien oubliée !

Quant à Charles-Quint, même s'il traite mieux son captif royal, ce qui est déjà bien, il exige tout de même que François rende à ses ennemis les territoires qu’il leur a pris.

François devait céder, il ne pouvait faire autrement. Charles lui imposait de démembrer, c'est-à-dire découper, le royaume de France. Il fit signer à François le traité de Madrid, le 14 janvier 1526. François était libre.

— Vous voici en terre de France, dit le garde au roi, lorsque la frontière fut passée.

Mais François se promettait de ne pas tenir sa parole, qu’on lui avait arrachée de force car en réalité il ne le pouvait pas : un roi ne peut donner son royaume. On l’avait même marié, contre son gré. Claude était morte, et Charles exigeait que sa propre sœur devienne reine de France.

(à suivre)

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