François Premier raconté aux enfants, un grand roi de France, partie IV

Blois, Chateau, Aile Francois Ier, Galerie des loges (02)

Nous en étions à explorer l'Amérique avec les capitaines de François Premier et à prendre des bateaux espagnols chargés d'or sur les océans.

Le grand roi François Premier s’intéressa donc au Canada mais, hélas, il l’oublia rapidement, ce qui fut une autre grande erreur car un demi-siècle plus tard, l’Angleterre le prendrait à la France, comme plus tard elle prendrait d’autres portions de l’Amérique à la France, de même que les Indes car les Indes, mes amis, ont d'abord été françaises ! Il reste que jamais la France ne serait oubliée dans ces grands pays.

Fontainebleau Aile de la Belle Cheminée François Premier, un grand roi de France, partie IV

Fontainebleau, aile de la Belle Cheminée

Malgré ces batailles, ces victoires et ces défaites, il se passa beaucoup d’autres choses plus heureuses. Le monde changeait. La France connaissait une période de grande prospérité, l'une des plus grandes en fait. On entrait dans les Temps Modernes, le moyen-âge s’effaçait. On appellerait ça la Renaissance, c'est-à-dire la renaissance de l'antiquité grecque et romaine, des arts classiques et des savoirs techniques grecs et latins.

Mais c'est ici qu'il y a une erreur qui existe encore aujourd'hui. Le mot de "renaissance" est mal choisi. L'antiquité n'est pas vraiment renée car elle n'a jamais disparue. Car durant le moyen-âge, on parlait latin et grec, on peignait comme les Latins et les Grecs, on écrivait comme les Latins et les Grecs et en parlant sans cesse d'eux (Virgile, Horace, César ou Cicéron étaient connus par cœur au moyen-âge), on sculptait comme à Rome, on peignait exactement comme jadis (car le style de la peinture n'a jamais cessé, depuis Charlemagne, de reproduire des formes et des sujets antiques). Sculpture, peinture, livres, écriture, tout était prodigieusement imprégné de culture classique, depuis des siècles, quand arrive la "Renaissance".

Tiens, on pense parfois que le moyen-âge n'a fait que de grosses constructions, sans finesse. Mais au moyen-âge, on bâtissait comme les Latins et les Grecs, en mieux, même ! Et en plus grande quantité, puisque entre l'an 1100 et 1250, on a extrait et monté plus de pierre en France que durant tout l'empire romain ! Et en plus haut, en plus grand, puisque l'on a inventé le prodigieux "style français", aussi appelé "gothique" par les Italiens. Mauvais nom d'ailleurs car ce style inimitable n'avait aucun rapport avec les Goths ! Jamais on n'a réussi à reproduire une seule cathédrale en "style français". Le moyen-âge, ce ne sont pas que des gros châteaux-forts épais et obscurs. Certes, dans les campagnes, on fortifiait, à cause des attaques. Mais il y eut aussi les cathédrales et la Sainte-Chapelle de Paris, si fine ! Revoyons cette image:

sainte-chapelle

La sainte-chapelle. Un exemple architectural du moyen-âge qui n'a rien à envier au classicisme de la Renaissance

La science aussi a fait d'immenses découvertes durant le moyen-âge alors qu'on pense que le moyen-âge était ignare ! Il y avait autant d'écoles et autant d'étudiants que durant la Renaissance, cela n'a pas varié jusqu'à Louis XIV.

Le moyen-âge avait été un âge d'or de la France, en réalité.

Mais les choses changeaient bel et bien. Qu'est-ce qui changeait ? Presque rien. Les innovations venaient de découvertes déjà faites. C'est surtout une mode qui est venue d'Italie, qui mettait de côté tout ce qui n'était pas italien.

Qu'est-ce donc qui a été nouveau à la Renaissance ? Pas l'architecture, pas la sculpture, pas la peinture, pas la philosophie, pas les livres, pas le langage, pas la science et pas non plus la politique.

Les deux seules choses qui vont revenir et qui n'existaient plus depuis l'Antiquité, c'était la manière de faire de l'argent, des affaires, d'accumuler l'argent, et puis un certain éloignement de Dieu, puisque la Rome des césars était surtout païenne. Ce sont en fait les gens des villes, qu'on appelle les bourgeois, qui vont commencer à trouver qu'il vaut mieux s'enrichir librement et un tout petit peu moins écouter l'Eglise.

A l'origine du changement, il y eut surtout un événement capital: la peste noire. Cette terrible malédiction, survenue en 1348, va tuer entre une personne sur deux et une personne sur trois en Europe. C'est énorme. Catastrophique. A partir de là, il y aura ceux qui, épouvantés, penseront que Dieu est en colère et promet l'enfer, ils se plongeront dans une immense tristesse ou une sévérité religieuse, et d'un autre ceux qui voudront profiter de la vie et ne pas s'en faire et qui prendront de la distance avec la règle. Les deux grandes tendances dominantes, c'est donc d'un côté les gens d'argent, plus austères (sombres, peu joyeux, retenus, aimant peu les plaisirs de la vie qui deviendront de puissantes familles de banquiers) et d'un autre, les écrivains et les artistes qui chercheraient à retrouver une certaine fraîcheur romaine, en s'éloignant un peu de l'Eglise. Un peu au début, mais cela va s'accentuer de plus en plus. Pour ceux-là, l'Antiquité était idéale. En Italie, les artistes voulaient retrouver leur identité nationale et venger l'invasion barbare, venue d'Allemagne, qui avait détruit Rome. Tout ce qui était au-delà des Alpes méritait le mépris. Et c'est ainsi que même les merveilleuse cathédrales françaises, aboutissement du génie architectural, furent méprisées, assimilées à l'influence des barbares. C'est pour cela qu'il n'y eut pas de cathédrale gothique en Italie et bientôt qu'on abandonna ce style en France, pour imiter l'Italie !

Les rois et les cours encouragèrent ce changement. On réinventa une antiquité en fait presque complètement imaginée dans leur esprit, et qui aurait l'énorme désavantage de mettre de côté les enseignements lumineux du moyen-âge. Sais-tu par exemple que plus de la moitié des textes du moyen-âge n'ont jamais été imprimés en livres ? On parle donc du moyen-âge en disant qu'il était sombre mais on ignore en fait ce qu'il était.

Il y a un exemple un peu ridicule typique de la "Renaissance": on fit des statues en marbre tout blanc, parce que les statues romaines sortaient toutes blanches de la terre, lorsqu'on les retrouvait. Or, les statues romaines de l'époque étaient toutes peintes, de même que toutes les maisons et les palais. A la Renaissance donc, on va inventer un style en une seule couleur, pour tout, statues ou palais, qui n'aura jamais existé jusque là !

Cependant, la richesse qu'a créé le moyen-âge va favoriser un essor évident.

Les églises s’orneraient bientôt de milliers d’objets dédiés à la gloire de Dieu, venus d'Italie. Les Hollandais inventeraient la peinture portable; jusqu'ici, on peignait seulement sur les murs mais les peintres hollandais vont peindre sur des toiles fixées à des cadres en bois, ainsi on pourrait les emmener avec soi ! Et même en décorer les murs des maisons, pour beaucoup moins cher ! Bientôt, ces tableaux orneraient aussi les églises.

Un jour, deux compères discutent:
— J'ai comme l'impression que notre église est la plus riche du pays.
— Vous vous trompez, mon ami. J'ai rencontré l'autre jour un chapelain venant de Bourgogne. Il me disait que son église était tout aussi riche que la nôtre et que toutes celles qu'il a vues sur la route, où il s'est arrêté, l'étaient également. Il a même ajouté: chaque église française semble aussi riche que l’antre d’un trésor de pirates !

On n'a pas idée de ce que c'était parce que la Révolution a détruit ou vendu pratiquement tout dans les églises de France.

Tous les pays d’Europe chercheraient à imiter la France : l'Espagne, l’Allemagne, la Pologne, la Russie et les pays du centre de l’Europe et bien sûr l’Angleterre qui devrait une grande part de sa gloire à l’imitation du faste français. D’ailleurs, toutes les personnes de qualité, depuis la frontière française jusqu’aux montagnes de l’Oural en Russie, se mettraient à apprendre le français, devenue rapidement la langue des diplomates, des écrivains, des artistes et des penseurs, des gens cultivés en somme. Le français, qu’on trouve toujours très agréable à écouter pour ses sonorités délicates, serait en quelque sorte la nouvelle langue internationale, après le latin.

François voulait cette renaissance, car il se sentait un peu étouffer dans le moyen-âge un peu grave et austère. Il faut dire que l'idée qu'on avait du moyen-âge venait beaucoup des bâtiments. A cause des invasions barbares, on avait fait des châteaux-forts, aux murs épais et sans fenêtres et ces vieux bâtiments avaient vieilli. On pensait que le moyen-âge avait été comme ces vieux monuments, alors qu'il avait su être lumineux. C'est juste que les règles de l'architecture avaient empêché qu'il y ait beaucoup de fenêtres dans les vieux châteaux, si bien qu'en effet, l'intérieur des demeures était obscur.

Blois, Chateau, Aile Francois Ier, Galerie des loges François Premier, un grand roi de France, partie IV

Blois, l'exemple d'un château médiéval presque entièrement rebâti

— Faites-moi donc, je vous prie, quelques fenêtres dans ce mur.
— Sire, il n'est pas sûr qu'une fenêtre soit vraiment belle sur cette façade massive. Et puis, le mur est épais, cela risque de coûter cher.
— Cela coûtera ce que ça coûtera, qu'on perce des fenêtres aux flanc de ces murailles, je veux un château lumineux !

Un jour, il voudra recommencer à percer des fenêtres dans un vieux château mais un architecte lui dira:
— Je dois vous dire, majesté, que selon mes calculs, il serait moins cher de faire un nouveau château avec toutes les ouvertures que vous rêvez, plutôt que de refaire celui-ci.
— En ce cas, bâtissons de nouveaux châteaux et détruisons ceux-là.

cheverny François Premier, un grand roi de France, partie IV

Cheverny

Et voilà qu'on arrête de modifier les anciens châteaux, on va bâtir de nouveaux châteaux pour remplacer les anciens. On abattait beaucoup d’anciennes forteresses et à leur place s’élevaient des demeures qui ressemblaient aux palais romains ou grecs. On créait des jardins comme il y en avait eu à Babylone. François rêvait de poésie, de beauté, de science et de grands livres.

Il réunit autour de lui les meilleurs écrivains, il les protégea et leur donna des rentes, c'est-à-dire de l’argent juste pour qu’ils travaillent sans se soucier de devoir gagner leur vie. On dit qu’il fut un mécène.
— Mon ami, vous êtes un grand artiste et j'aime ce que vous faites. On me dit que vous vivez pauvrement.
— C'est que, majesté, tous les princes n'aiment pas mon art.
— Ils ont tort. Je veux que… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. 

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