Franz Schubert

Franz-SchubertVoici l’histoire d’un célèbre musicien et compositeur autrichien, Franz Schubert, dont vous pourrez entendre la musique au long de ma narration.

Franz est né en Autriche il y a deux cents ans. Il sera le cinquième de dix-neuf frères et sœurs !

Le petit Franz est gentil et travailleur, toujours au premier rang de la classe. Son père joue du violoncelle, mais il voit cela simplement comme une activité enrichissante pour l’esprit.

— Franz, la musique n’est pas un vrai métier. Nous jouons pour nous distraire. Mais être musicien, monter sur des estrades et faire des spectacles devant des gens, c’est ridicule. Tu seras instituteur, comme moi.
— Oh ! Papa. je voudrais tellement étudier la musique et y consacrer ma vie !
— Non. Tu seras instituteur, mon fils, et ne discute pas !

Pour le jeune Franz, c’est une cruelle déception. Il en est très triste. Mais d’un caractère obéissant et sage, il ne songe pas à désobéir à son père.

Schubert et son père, jouant un quatuor

Schubert et son père, jouant un quatuor

Son père est dur et tyrannique. Un jour, il s’aperçoit que Franz griffonne des essais de composition musicale sur des morceaux de papier.

— Franz ! je t’ai interdit de continuer la musique ! Tu étais prévenu. Hors de ma vue ! quitte la maison immédiatement, et ne reparais jamais devant moi !!

Il le chasse de sa maison, alors que Franz n’a que 14 ans ! Le jeune Schubert ne sait où aller, il erre dans la rue. Très sensible, il souffre beaucoup de ce qui s’est passé.

A quelques temps de là, sa maman, douce et tendre, tombe gravement malade. Le père de Franz lui interdit de venir la voir avant sa mort. C’est une épreuve terrible pour lui. Franz ne peut entrer dans la maison que lorsque sa maman est morte, pour voir le cercueil.

Franz est admis au collège municipal de Vienne, où sont formés les petits chanteurs de la Chapelle impériale ; il reçoit gratuitement une éducation complète. Avec les autres pensionnaires, il mène une vie assez rude qui lui fait regretter la maison familiale. Ses notes ne sont pas très bonnes, sauf en musique. C’est la seule chose qui le réconforte. Pendant les récréations, il retrouve quelques camarades dans une salle abandonnée et glaciale où se trouve un vieux piano désaccordé.

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— Franz, joue nous encore un de tes morceaux, s’il te plait !
— Oh ! oui, Franz, vas-y !
— Bien, si ça vous fait plaisir. Ce morceau, qu’en dites-vous ?

Et l se met à inventer une musique charmante.

— C’est vraiment toi qui les invente, comme ça ?

C’est déjà une musique merveilleuse… Bien que la température soit glaciale à cause des vitres brisées, Franz leur joue souvent, pendant la récréation, des improvisations qui les émerveillent, c’est-à-dire qu’il invente des morceaux. Il a vraiment beaucoup de talent.

Schubert peint par Gustav Klimt

Schubert peint par Gustav Klimt

Il fait aussi partie de l’orchestre et il apprend avec passion tous les secrets de la technique de chaque instrument. Par ailleurs, il commence à composer beaucoup de petits morceaux, avec une facilité et une rapidité stupéfiantes.

A 17 ans, un jour, en compagnie de deux amis, il est enthousiasmé par un poème du célèbre écrivain allemand Goethe, « Le roi des aulnes ». Il le relit à haute voix en marchant de long en large dans sa chambre. Puis, il écrit la musique qui lui vient à l’esprit, inspiré par cette poésie. Il écrit sans hésiter, sans ratures, ni retouches. Pas besoin de brouillon, ça vient tout seul. Il fait entendre sa musique à ses amis : ils sont stupéfaits. Un vieux professeur d’orgue qui est averti rejoue lentement la partie de piano et s’émerveille de chaque mesure écrite par Franz :

— Franz, je suis très ému. Comme cette musique est ingénieuse, et nouvelle. Et quelles harmonies puissantes ! C’est déjà le travail d’un maître accompli.
— Vous croyez, monsieur le professeur ?
— J’en suis certain.

L’un des amis de Franz envoie cette partition à Goethe. Hélas, le poète ne lui répond pas.

Heureusement, Vienne est une ville qui aime les musiciens. Les commerçants installent des chaises sur le trottoir, devant leurs boutiques, afin que leurs clients puissent écouter la musique qui s’échappe du collège. C’est ainsi que Franz est rapidement remarqué. Autour de lui, une bonne douzaine de garçons l’accompagnent et l’entourent de leur dévouement et de leur admiration.

Franz écrit remarquablement bien et parmi ses œuvres les plus célèbres se trouvent des hymnes vibrants dédiés aux femmes : le Tilleul, Marguerite au rouet et la Belle Meunière. Il rêve secrètement de se marier. Malheureusement pour lui, les jeunes filles de son âge ne le prennent pas au sérieux :

— Il est bon camarade, mais tout de même !
— Oui, c’est un artiste bien sympathique, mais comme il est laid !
— Il est petit et trapu… son nez est aplati…. On dirait un champignon.
— Et il parait qu’il ne quitte jamais ses lunettes de professeur, même pour dormir !
— C’est vrai qu’il ressemble à un champignon !

Voilà quel surnom on lui donne.

Robe grise à carreaux, typique à Vienne à l'époque de Schubert

Robe grise à carreaux, typique à Vienne à l'époque de Schubert

Ce n’est pas ainsi qu’il peut conquérir le cœur des jeunes filles à marier… Il rencontre un jour Thérèse, une jeune fille sérieuse, honnête et bonne musicienne. Il l’aime aussitôt et elle accepte de l’épouser. Mais Franz doit lui demander d’attendre qu’il ait suffisamment d’argent pour fonder un foyer. Elle patiente durant trois ans, puis se décourage et épouse un boulanger.

Soirée à Vienne, vers 1840. Les jeunes femmes ne regardent pas Schubert

Soirée à Vienne, vers 1840. Les jeunes femmes ne regardent pas Schubert

Schubert est désespéré, tous ses rêves s’écroulent. Il pense qu’il est trop laid pour se marier un jour et qu’il restera pauvre toute sa vie.

Presque personne ne le connaît. Personne ne s’intéresse à lui, seulement un peu à sa musique. Personne ne se doute du trésor qu’il porte dans son cœur. Il éprouve une mélancolie secrète, et la musique est sa seule consolation. Il y exprime toute sa tendresse et sa sensibilité.

Souvent, dans la rue, au théâtre, au restaurant, il voit de jeunes couples qui semblent heureux et il en est triste pour lui-même. La jeunesse s’enivre de bonheur et rie autour de lui. Sur une table d’auberge, il prend le menu, le retourne et se met à écrire l’une de ses mélodies qui deviendront célèbres.

Il tombe malade et va à l’hôpital où on le soigne. Mais son état se dégrade car on lui donne le remède de l’époque, du mercure, qui est connu maintenant pour être un dangereux poison (voilà pourquoi on a besoin de bons savants et de grands médecins, car on continue aujourd’hui à donner de mauvais médicaments, mais c’est une autre histoire. Cependant, rappelle-le toi, peut-être qu’un jour tu pourrais aider la médecine).

Tout semble aller contre le bonheur du pauvre Franz Schubert, tout semble se liguer contre lui. Il est convoqué pour son service militaire, qui dure alors 14 ans.

« Je ne peux pas vivre sans la musique… Sinon je mourrais, se dit-il ! Je préfère encore aller travailler comme maître d’école chez mon père »

C’est ce qu’il est obligé de faire : instituteur. C’est pour lui une cruelle expérience : il ne voulait à aucun prix devenir instituteur. Il déteste ça, il n’a pas d’autorité et du coup, ses élèves se comportent en véritables garnements. Il ne les supporte pas et parfois leur donne un gifle ou un coup de règle sur les doigts.

Beethoven et Schubert en promenade à Vienne

Beethoven et Schubert en promenade à Vienne

Son père, qui l’avait repris à la maison, est toujours aussi dur avec lui. Sa tyrannie oblige Franz à le quitter une fois de plus et le revoilà à la rue. Il est recueilli par des amis qui essaient d’adoucir son triste sort.

Schubert s’installe dans un modeste appartement. Sans argent, il est obligé de le quitter bientôt pour aller dans une mansarde, un logement pauvre, sale et triste, puis une autre encore, plus pauvre encore. Il mène une existence de bohême, sans le sou. Mais il accepte son sort avec courage et philosophie. La musique est sa seule joie, sa raison de vivre. Il compose sans cesse. Il accumule 9 symphonies, 7 ouvertures, 17 œuvres dramatiques, 7 messes, 21 sonates pour piano, 64 œuvres pour chœur, 32 duos, 19 quatuors et plus de 600 poèmes chantés accompagnés par un instrument de musique, sans compter de nombreuses pièces instrumentales.

Tombe de Schubert

Tombe de Schubert

Parfois, un chanteur interprète sa composition. Une famille l’engage comme professeur de piano. Mais il ne connaîtra ni la fortune, ni la célébrité. Il ne vit que pour son art et pour ses amis. Il est courageux, et il se montre toujours joyeux dans la peine et les difficultés. Dans les restaurants, on organise des soirées, les « schubertiades », où il montre tout son talent et ses facéties.

Schubert est épuisé. Il attrape le typhus. Il en meurt à l’âge de 31 ans. Sa dernière pièce musicale, très mélancolique, est appelée le Voyage d’hiver.

C’est bien après sa mort qu’on reconnaîtra son œuvre. Il deviendra si célèbre que des pièces seront frappées à son image ; des rues, des boulevards, des places porteront son nom et il rejoindra enfin le cercle des plus grands compositeurs de l’Histoire.

 

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