Guillaume le Conquérant raconté aux enfants. Duc à 8 ans

Harold prête serment à Guillaume

Guillaume est né en 1027, dans la ville de Falaise, en Normandie. Il est le fils de Robert 1er, duc de Normandie. Sa maman, Arlette, est la fille d’un tanneur, c'est-à-dire un monsieur qui tanne les peaux, qui les prépare pour faire un cuir propre et net.

Alors qu’il n’a que six ans, Guillaume est reconnu comme successeur de son père, il sera donc un jour duc. L’année suivante, Robert meurt. Agé de huit ans, Guillaume est fait duc. Il n’est qu’un enfant et pourtant, avec tout ce qu’il possède, il est l’un des plus puissants barons de France. Il a une armée, des châteaux, un territoire important et très fertile, la Normandie, que les Romains disaient autrefois être le grenier de la France : il y a d’immenses troupeaux, des céréales, on cultive le lin, il y a encore de grandes villas romaines et tous les métiers imaginables.

A quinze ans, il doit déjà affronter beaucoup de choses :

Guillaume le conquérant— Monseigneur, cela recommence.
— Quoi donc, mon conseiller ?
— Les seigneurs se battent entre eux.
— Nous les amènerons à s’entendre, répond Guillaume.
— Les brigands désolent la campagne et attaquent les hameaux et les voyageurs sur la route, insiste le conseiller.
— Nous les attraperons et les punirons.
— Il y a aussi des conjurations, c'est-à-dire que des gens préparent des mauvais coups contre vous en secret.
— Nous démasquerons les coupables.
— Il y a également des soulèvements populaires.
— Quoi ? Le peuple est fâché contre moi ? Nous les écouterons et nous les aiderons. Mais je ne tolérerai aucun désordre.
— Arriverez-vous à faire tout ça, Monseigneur ?
— J’essaierai, mon cher conseiller. J’essaierai.

Le jeune duc est très conscient de son rôle, il veut que la Normandie soit unie et forte.

Il aime s’occuper de son duché. Il met de l’ordre partout et il est exigeant avec tout le monde. Ainsi, la Normandie est magnifiquement prospère, car la province est infiniment riche de ses terres fertiles et de son climat pluvieux qui arrose abondamment les cultures.

Mais Guillaume a bientôt une grande ambition, une ambition qui va changer la face du monde, une ambition qui lui paraît immense et qui sera bien plus importante encore.

Le roi d’Angleterre, Edouard, n’a pas de fils. Or, Edouard est le cousin de Robert, celui qui était le père de Guillaume. Donc, Guillaume est un neveu d’Edouard, roi d’Angleterre. Il espère qu’à sa mort, ce sera lui, le nouveau roi d’Angleterre, pays riche lui aussi et bien plus vaste que la Normandie. Mais il va se passer un incident totalement inattendu, qui va arranger ses affaires. Guillaume a dû penser que Dieu le lui envoyait.

En 1064, un petit bateau anglais perdu accoste sur la côte normande. A son bord, il y a le duc Harold.

— Oh là ! du bateau, crie un garde qui surveille la côte, qui êtes-vous et venez-vous en paix ?— Oh là ! de la côte. Nous sommes anglais, je suis Harold de Wessex, duc et parent du roi d’Angleterre. Nous vous demandons l’hospitalité et promettons que nous venons en frères.— Parent du roi ? fait le garde. Et il se tourne vers son fils qui l’accompagne pour lui dire :— Fiston, va chercher les gens du duc Guillaume !

Lorsque Harold est conduit à Guillaume, celui-ci lui fait un excellent accueil.

— Alors, ainsi, Harold, vous dites être de la famille du roi d’Angleterre ?
— Yes, milord, je suis de la famille du roi Edouard. Et je serai roi moi-même à sa mort.

Guillaume en est stupéfait, c’est une incroyable coïncidence.

— Mais, bon sire, roi n’est pas un métier facile. Vous pourriez être assassiné, et si même ça n’arrivait pas, la charge royale vous causerait bien du souci, il ne serait plus question pour vous de chasser ou vous promener où vous le voulez.
— Croyez-vous ?
— J’en suis sûr. D’ailleurs, je suis le duc de Normandie et j’en sais quelque chose. Croyez-moi, soyez un duc d’Angleterre heureux plutôt qu’un roi malheureux.
— Vous avez raison. Mais qui sera roi, alors ? J’ai des ennemis.
— J’y pense depuis longtemps, cher ami. Mais vous permettez que je vous appelle mon ami ?
— C’est un grand honneur pour moi, cher Guillaume. Voyons, dites-m’en plus.
— Je serai roi d’Angleterre à votre place et arrangerai toutes vos affaires. Après tout, je suis le neveu du roi !
— Ma foi ! mais ce serait magnifique. Je vous fais entière confiance.
— Cependant, il faut me jurer que vous renoncez à devenir roi et que vous m’aiderez à le devenir.
— Naturellement que je vous le jure ! Ce rôle m’effrayait un peu, de toute façon.

Et ainsi, Guillaume a réussi à faire promettre à Harold qu’il renonçait à devenir roi d’Angleterre et qu’il aiderait Guillaume. Harold a prêté serment, il a promis.

Comment sait-on tout cela et le reste de son aventure ? Car nous n’avons ni film, ni enregistrement, ni photo de tout cela, puisque ça n’existait pas. Et nous n’avons pas même de livre ou de manuscrits qui en parle. Alors, comment le sait-on, le devines-tu ?

On le sait grâce à une femme, qui nous l’a raconté. Comment l’a-t-elle raconté ? En faisant une tapisserie, la célèbre tapisserie de Bayeux qui existe encore dans cette ville de Bayeux, tu pourras toi-même la voir de tes propres yeux ! C’est le plus grand ouvrage réalisé par une femme, le chef d’œuvre de la reine Mathilde, épouse de Guillaume. Elle a en effet, avec les dames de sa suite, fait une « tapisserie » en broderie, dont il nous reste 68 mètres de long, et qui raconte tout.

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La flotte normande traverse la mer de la Manche, Tapisserie de la reine Mathilde

Tapisserie de Bayeux - Scène 23 : Harold prête serment à Guillaume

Harold prête serment à Guillaume

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Scène de chasse et cavaliers en reconnaissance

Sur ces entrefaites, Edouard, le roi anglais, meurt. Et, malchance, Harold se fait proclamer roi, alors qu’il avait promis à Guillaume qu’il l’aiderait à devenir roi d’Angleterre !

— Le félon, le traître, le menteur ! s’emporte Guillaume. Il m’avait promis.
— Ne vous emportez point ainsi, monseigneur, lui glisse son conseiller.
— Et si je veux me mettre en colère, moi ? Est-ce que le titre de roi ne vaut pas que je sois en colère, tandis que j’étais l’héritier naturel ?

Guillaume est entré dans une rage qui ne le quittera plus. Il est décidé à se défendre. Il envoie des ambassadeurs à Harold pour lui rappeler sa promesse. Mais Harold n’en tient aucun compte.

— Ah ! c’est ainsi ? Eh bien, alors, que Dieu m’entende en cet instant : Harold sera le dernier roi anglo-saxon d’Angleterre. Car je vais le battre.
— Le battre, Sire ? Que voulez-vous dire, mon seigneur et maître ? demande le conseiller.
— Je vais envahir l’Angleterre !

Mathilde apprend la nouvelle dans la journée. Elle accourt auprès de son mari de roi et lui dit :

— Mon cher époux, je vous sais décidé et impétueux. Je ne sais si mon avis vous importe, mais je veux vous dire que j’ai confiance en vous, et que j’ai toujours cru que vous seriez l’homme de la Providence. Dieu a des projets pour vous. Ce que vous déciderez, je le défendrai de toute mon âme.
— Ma chère, ma très chère épouse, vous êtes merveilleuse. Que serais-je sans vous ? C’est vous qui me soutenez toujours et me donnez cette force que j’ai.
— Non, mon doux sire, c’est Dieu qui vous donne la force. Moi, je ne fais que la chanter.

Le duc de Normandie a commencé les préparatifs pour envahir l’Angleterre.

— Combien d’hommes sont prêts ? demande-t-il à ses capitaines.
—10.000 hommes d’infanterie et 50.000 cavaliers, qui vont monter dans 1.400 bateaux. Il y a vos troupes normandes, ainsi que d’autres de France et de Flandre, et beaucoup d’aventuriers qui rêvent de gloire.
— Ils rêvent de gloire et ils ont raison, répond Guillaume, car je vais leur en donner.
— Ils rêvent aussi des richesses anglaises, Monseigneur.
— C’est bien normal, je leur en donnerai aussi. Mais nous n’irons pas là-bas pour piller, nous irons pour faire de l’Angleterre un pays aussi riche et juste que notre Normandie.

Guillaume et son armée s’embarquent donc et touchent aux côtes anglaises le 28 septembre 1066, l’année qui changera l’Histoire de l’Angleterre et de la France.

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Lieu du débarquement des troupes normandes, à Pernvesey

Guillaume a débarqué de son bateau à Pernvesey le dernier de ses hommes. Il fait un faux pas et tombe par terre, sur la face. Un murmure s’élève parmi ses hommes : « Dieu nous garde ! C’est là un mauvais signe ! » Il répond, en se relevant aussitôt : « Que dites-vous ? Quelle chose vous étonne ? J’ai saisi cette terre de mes mains et, par la splendeur de Dieu, tant qu’il y en a, elle est à vous ! » Ces mots plaisent aux hommes. Il n'est pas tombé, il est allé embrasser cette terre. Comme on le voit, Guillaume est malin.

Voici que va se dérouler la bataille, celle que l’Histoire retiendra sous le nom de bataille d’Hastings.

14 octobre 1066. Les collines basses qui entourent le lieu dit Senlac sont couvertes de soldats. Il y en a partout. Les Normands ont construit trois châteaux avec des billes de bois, c'est-à-dire des troncs d’arbre, amenées pour l’occasion, pour se défendre d’une attaque possible.

Harold a envoyé des espions observer les Normands, et comme ceux-ci ont tous la barbe rasée et les cheveux courts à la mode romaine, alors que tous les soldats anglais portent encore les cheveux longs et la barbe à la manière des anciens Saxons, les espions anglais croient que le camp normand est plein de prêtres..

— Ce ne sont point des prêtres, répond Harold, mais des gens de guerre qui nous feront voir ce qu’ils valent. Je les ai vus, en Normandie : ils sont aussi braves que nous et plus disciplinés. Nous devons être prudents et courageux.

Durant la nuit, les soldats normands ont tous prié, chanté des litanies et se sont fait confesser pour mieux recevoir les sacrements. Ensuite, ils ont soigneusement préparé leurs armes. Dans l’autre camp, les Anglais ont fait tout autrement : ils ont ri et bu de la bière et du vin.

Sur une colline, les prêtres et les religieux normands se sont installés pour prier, observer la bataille et tout noter. En face, sur une autre crête, l’armée anglaise s’étire en plusieurs rangées dominant une longue pente douce. Leurs flancs sont protégés d’un côté par un cours d’eau, de l’autre par une falaise à pic. Impossible de les contourner. Guillaume n’a pas le choix, il doit affronter l’ennemi de front, en grimpant sur la colline.

Les soldats anglais se tiennent serrés côte à côte, si près que leurs boucliers forment une sorte de rempart. Parmi eux se trouve une troupe d’élite, la meilleure de l’armée de Harold, qui est sans doute la meilleure infanterie d’Europe. À côté d’elle cependant, il y a des troupes moins sûres, comme par exemple les hommes de la milice, des soldats recrutés en hâte dans les fermes de la région et sur la route que le roi Harold a empruntée en venant du nord. Ces hommes-là n’ont aucune expérience. Les Anglais disposent de javelines, c'est-à-dire des lances, ainsi que de piques et de haches, mais ils ne possèdent ni archers, ni cavaliers. Au contraire, les Normands ont une cavalerie lourde, les cavaliers portent l’armure, et sont munis de lances et d’épées. Et l’infanterie normande se compose principalement d’archers.

Voici justement que les archers et les arbalétriers normands reçoivent le signal, ils s’avancent, confiants dans leur force. Il est neuf heures du matin. La grande bataille va commencer. Tout ce qui va se passer, on le racontera à la reine Mathilde, qui a entamé son immense tapisserie.

(à suivre)

http://www.chateau-guillaume-leconquerant.fr/web/histoire.php

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