Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie II

Egypte racontée aux enfants - Héria- Partie II

Le bateau vogue sur le large fleuve du Nil, poussé par le vent du nord. Mikêt et Héria sont installées à l’avant sur des coussins.

– Regarde, ma petite fille, le fleuve généreux. Si les cultures peuvent pousser, si tu vois les champs verdoyants, c’est bien grâce à lui. Chaque année, lors de la crue, il déborde de son lit et pendant plusieurs semaines, inonde les terres. Tout est recouvert du limon, cette terre légère si riche. Sur ce sol fertile, lorsque le fleuve rentre dans son lit, les hommes peuvent semer les graines qui poussent facilement, malgré le soleil brûlant. Après les labours et les semailles, vient le temps des moissons. Les hommes coupent les épis de blé, qui sont battus et vannés pour récupérer le bon grain. Puis la récolte est comptée et rentrée dans les greniers.
– Sans le Nil et le travail de ses paysans, l’Egypte ne serait rien ! ajouta le capitaine Obed qui écoutait la conversation. Tiens, petite, veux-tu cette grenade bien mûre ? Ou préfères-tu ce melon ? cela te rafraichira.

Héria accepte le fruit avec plaisir, remerciant vivement le capitaine.

– Dans mon village, raconte-t-elle, nous élevons des chèvres et des moutons. Je les emmène souvent paître dans les prés.
– Tout au nord du royaume, dans le delta du Nil, là où le fleuve rejoint la mer, ce ne sont que des vastes marécages, dit le marin qui a beaucoup voyagé. On y capture les oies et les canards sauvages !

Obed interrompt soudain son récit, se lève et crie vers les marins :

– Ohé, attention, les gars ! Ralentissez !

Histoire pour enfant - Héria

Alertée par le cri du capitaine, Héria se penche par-dessus bord. Elle voit des hippopotames qui leur barrent la route.

– S’ils ne se poussent pas, nous allons devoir attendre ici, sous le soleil, se plaint un marin.
– Attends avant de râler ! répond le capitaine. Regarde ce qui approche…

Du bord du fleuve, un grand crocodile vient de glisser dans l’eau verte. Les hippopotames, peu enclins à lui disputer le passage, se regroupent rapidement près de l’autre rive et le bateau peut terminer son voyage sans encombre.

Arrivées au palais, Mikêt et Héria sont conduites auprès de la reine. Elle git, immobile, sur son lit. En les entendant arriver, Néfertari ouvre les yeux et dit d’une voix presque inaudible :

– Vous êtes là… merci. Je m’en remets à vous. Les potions données par le médecin du palais ne m’ont pas guérie, vous êtes mon dernier espoir.
– Que vous a-t-il prescrit ? demanda la guérisseuse.
– Ceci, répondit une servante en lui tendant un pot de terre.

Histoire pour enfant - Héria

Les Égyptiens maîtrisaient déjà le verre et la céramique. Ils étaient de talentueux artisans.

Mikêt saisit le pot, flaire la préparation, trempe le doigt dedans.

– Ce sont des graines de pavot. Je ne suis pas étonnée que vous vous sentiez toute endormie, ô reine ! C’est un somnifère très puissant. Le médecin est un âne !

La vieille femme pose sa main sur le front de la reine : il est brûlant. Elle palpe délicatement son estomac. La reine gémit de douleur.

– Je pense que vous  avez une infection, peut-être avez-vous mangé de la nourriture mal préparée.
– C’est possible… souffle la reine. Dans les villages, on me propose souvent des fruits et des gâteaux.
– Je vais vous préparer une décoction d’écorce de saule, contre la fièvre ; ainsi qu’une purée d’ail mêlée à quelques autres ingrédients, qui purifiera votre estomac. Ensuite, jeûne complet, vous ne mangerez rien, jusqu'à nouvel ordre, à part une tisane au miel. Et plus de pavot !

Héria sort du panier de sa grand-mère l’écorce de saule séchée, la brise en petits fragments et la met à bouillir dans l’eau chaude d'un brasero. Pendant que la tisane se réchauffe, elle écrase des gousses d’ail dans un mortier en pierre, ce qui lui fait pleurer les yeux, naturellement. Mais ce n'est pas grave. Si elle veut être médecin un jour, elle ne doit pas s'arrêter à ces petits tracas du métier. Elle  ajoute de l’huile d’olive et l’apporte enfin à la reine.

– Pouah, quelle odeur ! s’exclama Néfertari… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. .

Mikêt sourit :

– Oui, c’est fort, mais c’est aussi extrêmement efficace pour tuer les mauvais microbes.

Puis, Héria tend à la reine la tisane sucrée au miel.

– Prenez-en une gorgée toutes les heures, lui dit-elle.
– Comment, jeune fille, tu sais toi aussi soigner ?
– Oh ! oui, majesté, répond fièrement Héria, j’aide ma grand-mère depuis très longtemps. A force de l’observer et de l’écouter, je connais moi aussi quelques secrets de la nature.

Mikêt et Héria sont ensuite conduites aux appartements des servantes, pour se restaurer. Le repas est simple : fromage de chèvre, galettes d’orge et dattes séchées. Le soir venu, les deux villageoises retournent voir la reine. Elle est assise dans son lit et leur sourit.

– Je me sens déjà mieux.
– Continuez à bien prendre la décoction, dit Mikêt, je reviendrai demain.

Le lendemain, au lever du soleil, la reine est presque guérie. Lorsque Héria et sa grand-mère entrent dans sa chambre, le pharaon se trouve au chevet de son épouse.

– Sois remerciée mille fois, vieille femme, dit Ramsès en l'accueillant. Et toi aussi, jeune fille, dit-il à Héria. Tu as guéri ma chère épouse, ma reine bien-aimée. En remerciement, reçois ce collier d’or et cette tunique de lin fin.
– Merci Majesté, mais je ne veux rien, je n’ai fait que mon devoir.
– Tu m’as rendu un bien très précieux, insista le pharaon, je veux te remercier.
– Eh ! bien, si vous le voulez, permettez à ma chère Héria d’étudier dans l'école de médecine, suggère Mikêt.
– C’est accordé, dit pharaon… Tothmès, dit-il à un scribe, tu écriras une lettre pour le grand-prêtre Nebka.

Folle de joie, Héria se mit à danser dans la chambre.

– Grand-mère, comme je suis heureuse ! c’est mon rêve qui va se réaliser !
– Oh ! doucement, ma petite fille, rit Mikêt. Pardonnez son enthousiasme, dit-elle en s’adressant au pharaon.
– J’aime la gaieté des enfants ! sourit Ramsès. A présent, le vizir m’attend, mais Tothmès vous apportera la lettre tout à l’heure.

Caché dans une salle haute, Daktair, le médecin de pharaon, avait tout entendu. Rentrant chez lui, il frappa un coffre d'un coup de pied, de colère.

– Vite, apporte-moi un grand verre de vin ! aboya-t-il à un serviteur.

Il se jeta dans un fauteuil en marmonnant : « Quand je pense que je vais être remplacé par cette vieille femme décrépite, venue d’un village bouseux ! Non, cela ne se passera pas comme ça…. »

Il ruminait encore sa vexation lorsque Ounas, son intendant, entra. C’était un homme perfide, malin comme un serpent.

– Maître, commença-t-il, j’ai une idée.
– Quoi ?
– Cette vieille, il faudrait montrer qu’elle n’est pas si bon médecin que ça…
– Pour ça, j’y aurais pensé tout seul, triple idiot ! si tu n’as rien de mieux à me proposer, tu peux t’en aller !
– La vieille est venue avec ses paniers de remèdes. Si j’allais les saupoudrer de crin de cheval coupé, ils deviendraient des poisons violents.
– Bonne idée ! rit méchamment le médecin. Vas-y immédiatement. A ton retour, je ferai dire que je suis malade et alors, elle viendra. Elle empoisonnera l'un de mes serviteurs et alors, nous la ferons accuser !

Ounas partit sur le champ. Arrivé au palais, il se glissa dans la chambre de Mikêt. Personne en vue ? Prestement, il sortit de ses vêtements une qui contenait du crin de cheval, qu'il dispersa rapidement sur les ingrédients de Mikêt, la guérisseuse.

– Avec ça, elle fera plus de morts que de vivants ! ricana-t-il en sortant de la pièce.

Sorti hors du palais, il se mit en quête des villageoises. Elles étaient parties se promener au marché. Comme il était grand et animé, à côté de celui de leur petit village ! On pouvait y trouver de la viande ou du poisson, des épices colorées et parfumées, des légumes ou des fruits, du pain ou des gâteaux, sans oublier les vêtements ni les sandales ! Héria fut bousculée par un paysan qui voulait acheter une pièce de tissu.

– Que m’en proposes-tu en échange? s’enquerrait de son côté le vendeur.
– Ce sac de blé, bien rempli ! fit le paysan.
– Ce n’est pas assez, regarde comme le tissu est fin et délicat. Ta femme n’en aura jamais vu de pareil ! Ajoutes-y trois poignées d’oignons et le marché est conclu.
– Une poignée, et c'est tout, bougonna le paysan en lui tendant le blé et les légumes. Et l'accord fut conclu.

Continuant leur chemin,  Héria et sa grand-mère s’arrêtèrent pour admirer un étal de poteries. On voyait des jarres et des pots de toutes tailles et de toutes formes, pansues ou avec un long col, des amphores ou des coupes, certaines toutes simples, d’autres ornées de dessins géométriques rouges, verts, bleus, noirs. Une jeune maman, tenant son bébé potelé contre elle, voulait échanger une petite cruche contre une botte de poireaux.

Se faufilant dans la foule, Ounas parvint à approcher les deux paysannes.

– C’est bien toi, Mikêt ? demanda-t-il d’un ton mielleux à la vieille femme. Mon maître, le médecin Daktair, est tombé malade. Il souffre affreusement et demande ton aide.
– Que lui arrive-t-il ? demanda Mikêt.
– Euh… eh ! bien… il a mal au ventre ! mentit le mauvais serviteur. Vas-tu le soigner, oui ou non ?
– Je dois retourner auprès de la reine, répondit la vieille femme, qui n’aimait pas le ton de cet homme. Je verrai ce que je peux faire plus tard.

Egypte racontée aux enfants

Ounas dut se contenter de cette réponse et rentra auprès de son maître.

– Cet homme ne me plaît pas ! dit Mikêt à sa petite-fille. Enfin, je vais quand même lui donner quelque chose. Viens Héria, allons chercher nos remèdes. Une tisane de fenouil lui fera sûrement le plus grand bien.

Chez Daktair, elles furent conduites auprès du médecin, qui fit aussitôt semblant d’avoir mal au ventre.

– Tenez, buvez-cela, dit Héria en lui tendant un pot où elle a mêlé deux ingrédients.
– Halte là ! Crois-tu pouvoir me faire avaler tout ce qui te chante ? Et si tu étais l'une de ces empoisonneuses ?
– Moi ?
– Oui, toi, à qui crois-tu que je m'adresse ? fait Daktair, bizarrement bien agressif. Voici l'un de mes serviteurs, fais-lui boire ton breuvage, on verra s'il s'en porte mieux.
Un serviteur s'approche et avale la potion. Aussitôt, il pousse des cris. Le crin de cheval lui perce l'estomac de manière affreuse.
– Empoisonneuse ! s'exclame Daktair.
Mais Mikêt s'est approchée vivement du serviteur et lui dit:
– Quel est ton mal, dis-moi ?
– Le ventre me brûle, comme percé de mille flèches !
Mikêt revient précipitamment à ses ingrédients en se mettant deux doigts dans la bouche, puis elle passe les doigts humides sur ses ingrédients, elle en retire de grosses poussières.
– Hélas ! du crin de cheval ! Héria, fuis avertir la reine ! C'est un piège.
Héria qu'un serviteur tenait par les bras réussit à s'échapper et sors dans la rue, affolée.
– Empoisonneuses ! qu'on appelle la garde ! qu'on les fasse arrêter ! crie Daktair.
– Quant à toi, mauvais médecin, je ne trouve pas tes cris bien sincères. Si tu avais redouté de mourir, tu te serais tu au moins quelques instants, épouvanté. Mais tu as aussitôt crié. Tu t'es trahi. Tu as voulu tout cela ! de quelle manière, je l'ignore, mais seul un médecin peut savoir que le crin de cheval tue en perçant l'estomac.
– On verra ce qu'en dira la justice de pharaon. Ses gardes seront bientôt là.

En effet, les soldats du palais accourent, épées au poing. Ils amènent avec eux Héria, qui les a alertés. Ils sont accompagnés de Tothmès, le scribe de Pharaon.

– Est-ce ici ? demande l'important personnage.
– Oui, fait Héria.
Au sol, le serviteur est entre les soins de Mikêt, qui le fait vomir autant qu'elle le peut, et boire une potion acide.
– Tothmès, mon ami ! s'exclame Daktair qui se moque de ce qui arrive au serviteur. Ces deux femmes sont deux misérables ! Elle pensaient m'empoisonner, pour empoisonner ensuite pharaon. Arrête-les avant qu'elles ne commettent un nouveau crime.

– Un nouveau crime Daktair?, fait Tothmès. Qui est mort ? Tu vois mort un homme qui est encore vivant.
Mikêt dit:
– Hélas, je ne pourrai probablement pas le sauver. Le jus d'aloès que je lui donne à présent refermera peut-être les plaies qu'il a dans le ventre, si le dieu Râ le veut bien.
– Je vois que tu fais ton possible, femme. Cela ne ressemble pas à l'intention de tuer. Qu'en dis-tu, Ounas ?

A ces mots, Ounas, le félon, pâlit et s’enfuit en courant.

Daktair veut le rappeler:
– Où va-t-il, l'imbécile ? le traître !
– Sans doute a-t-il quelque chose à se reprocher ?
– Il va me le dire !
Et ce disant, Daktair se lève. Mais Tothmès le retient par le bras.
– Un instant ! Gardes !
Les soldats s'approchent.
– Emmenez cet homme afin qu'il soit jugé. Et mandez à la police qu'on recherche un homme, son complice, Ounas.
– Je n'ai rien à dire au juge.
– Un serviteur a été empoisonné dans ta maison. Tu sera donc jugé et l'on saura la vérité. Du reste, Ounas a été vu ce matin au palais.
– C'est lui qui a tout fait !
– Qui a tout fait quoi ? interroge Tothmès, feignant la surprise.
– Le... la... le poison.
– Ainsi donc, tu savais. Bien, tu seras interrogé.

Et les gardes emmènent le médecin empoisonneur.

Pharaon fut très mécontent d'apprendre ce que Daktair et son homme de main avaient fait. Il les fit jeter en prison.

Mikêt et Héria rentrèrent au village. A leur retour, tout le village s’était rassemblé pour les accueillir. La jeune fille se précipita vers ses parents.

– Papa ! Maman ! s’exclama-t-elle. Je vais aller pouvoir étudier à l’école de médecine, c’est Pharaon qui l’a autorisé !
– Bravo, ma fille, nous sommes fiers de toi ! félicita sa maman. Mais n’oublie jamais de mettre au service des autres tout ce que tu apprendras là-bas.

Histoire pour enfant - Héria

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