Histoire pour enfants Egypte antique Egypte, Assouan, temple de Philae

Histoire pour enfants Egypte antique – Héria, Partie I

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Histoire pour enfants Egypte antique

Héria s’était levée tôt, ce matin-là. Elle avait quitté son village alors que le soleil commençait à peine à s’élever au-dessus des montagnes, réveillant la vallée du Nil et la ville de Thèbes. De l’autre côté du fleuve majestueux, les temples sortaient doucement de la pénombre. Dans les collines silencieuses se dissimulaient les tombeaux des pharaons et des reines du temps passé.

Malgré sa marche rapide, Héria frissonnait, car l’air était frais en ce matin de janvier. Et puis, elle allait au-devant d’une épreuve. Son rêve allait-il enfin pouvoir se réaliser ? Car la jeune fille portait dans son cœur un grand désir : devenir médecin, soigner ceux qui souffrent. Déjà, elle avait appris avec sa grand-mère, la vénérable Mikêt, les secrets des plantes qui guérissent. Aujourd’hui, elle voulait étudier à l’école de médecine, au temple de Karnak. Mais elles étaient bien rares, les femmes qui étaient admises à étudier dans ce lieu. Comment Nebka, le grand-prêtre, allait-il accueillir sa demande ?

Héria arrivait, un peu essoufflée, devant l’entrée monumentale du temple. Elle leva les yeux vers les statues gigantesques du pharaon Ramsès II, que les sculpteurs venaient juste d’achever. Ces colosses semblaient contempler l’obélisque qui se dressait au centre de la cour, ornée de hiéroglyphes, l'écriture égyptienne. Son sommet recouvert d’électrum

étincelait au soleil. La jeune fille passa sous le portique, secouant la poussière du chemin de sa tunique neuve en lin blanc. Il lui fallait faire bonne impression. Ses cheveux noirs, soigneusement nattés, encadrait son visage à la peau dorée.

Un scribe passait par là d’un air affairé. Héria l’interpella d’une voix douce mais assurée.

– S’il vous plaît, je voudrais voir le grand-prêtre.
– Le grand-prêtre ? fit le scribe. Tu… La suite dans votre abonnement (cliquez ici). Abonnés, connectez-vous dans le menu. n’y penses pas, il ne va pas recevoir tous les paysans qui se présentent ici, même s'il les respecte beaucoup.
– Mais c’est très important, insista la villageoise.
– A cette heure-ci, il célèbre le culte de Râ, le dieu-soleil, ça aussi, c’est important. Tu n’as aucune chance, dit-il encore en s’éloignant.

Histoire pour enfants Egypte antique
Les Scribes sont les érudits de l’Égypte Antique. Ils sont des lettrés qui aident Pharaon à diriger le Royaume.

Héria soupira et puis reprit courage. Non, elle n’allait pas se laisser rebuter ainsi ! Puisque personne ne l’arrêtait, elle entra dans le sanctuaire. Sur le seuil de l’hypogée, elle s’arrêta, bouche bée.

Hypogée Histoire pour enfants Egypte antique
Une hypogée, accès vers un lieu souterrain

Cette salle immense était une forêt de colonnes, toutes sculptées et décorées de couleurs vives. Le plafond, à peine visible dans l’obscurité de la salle, était peint d’étoiles dorées.

– Petite, que fais-tu là ? demanda soudain une voix grave.

Héria sursauta et se retourna. C’était bien lui, Nebka, le grand-prêtre, un des personnages les plus importants du royaume après Pharaon. Son front plissé et son crâne rasé lui donnaient un air sévère, mais une belle lumière dans son regard annonçait un homme juste. Vite, la jeune fille retrouva ses esprits. Prenant une grande inspiration, elle lui demanda d’un ton rapide :

Nebka

– Je veux devenir médecin. S’il vous plaît, permettez-moi d’étudier à la Maison de Vie.
– Tu veux devenir médecin… répéta le prêtre d’un ton songeur. Tu as de l’ambition, jeune fille. Ce sont des études longues et difficiles. Ne serais-tu pas plus heureuse chez toi, à tisser la laine ou à t’occuper de ta maison ?
– Non, ce n’est pas de ce bonheur tranquille que je souhaite. Je veux apprendre à soigner les blessés, réconforter les malades. Je ne suis pas ignorante, vous savez. J’ai appris à cueillir les herbes et je lis même quelques hiéroglyphes. Mon frère est à l’école de scribe, c’est lui qui m’a appris.
– Qui es-tu ? demanda Nebka, et qui est ton père ?
– Je suis Héria, fille de Khany. Mon père cultive dix arpents de terre. Nos champs sont fertiles et bien entretenus, s’exclama fièrement la jeune fille, mon père est un homme respecté.
– Eh ! bien, Héria, fille de Khany, tu m’as l’air d’être décidée ! Mais tu ferais mieux de renoncer. Ce que tu sais te servira à soigner les gens de ton village, les ouvriers de ton père et de ton mari, plus tard. Tu feras du bien autour de toi. Mais médecin…. Allons, rentre chez toi.

Histoire pour enfant Egypte antique
Histoire pour enfant Egypte antique

Nebka s’éloigna d’un pas pressé. Déjà, des prêtres accouraient vers lui, attendant ses ordres pour la journée. La cour du temple s’emplissait d’une foule nombreuse. Des ouvriers portant leurs outils s’interpellaient gaiement. Les paysans, guidant leurs charrettes traînées par des bœufs, apportaient leurs offrandes au temple : des jarres de bière, des pièces de laine ou de lin tissées, des poteries de toutes tailles, les premiers légumes de leurs récoltes.

Passant au milieu de ce joyeux vacarme sans y prêter attention, Héria ressortit du temple. Elle était désolée. Traînant les pieds dans la poussière du chemin, elle reprit le chemin du village. Elle traversa les champs sans leur accorder un regard. D’ordinaire, elle aimait à contempler ce paysage calme, le sol brun fertilisé par l’inondation, où perçaient déjà les premières pousses vertes du blé et de l’orge. La récolte serait bonne cette année, si les insectes ne la dévoraient pas. Elle croisa un âne qui trottinait, portant du fourrage. L’homme qui le menait l’apostropha joyeusement. Perdue dans sa tristesse, elle ne l’entendit même pas.

Le Nil - Histoire pour enfants Egypte antique
Ombres et lumières des rives en Egypte antique

Elle parvint au village. Ce matin, comme tous les matins, les garçons riaient aux éclats en se renvoyant adroitement une balle en tissu. Les fillettes, accroupies devant le seuil des maisons blanchies à la chaux, jouaient avec leurs poupées. Les femmes préparaient des galettes d’orge pour le repas ou filaient la laine. Les hommes étaient aux champs, réparant les canaux, arrachant les mauvaises herbes, ou redressant les bornes renversées par l’inondation.

Héria se réfugia chez Mikêt, sa grand-mère. Sa maison sentait bon les herbes séchées. Sur un brasero fumait de l’encens, qui purifiait l’air et chassait les insectes. Des lentilles mijotaient dans la marmite. C’était une odeur familière, apaisante. Voyant le visage bouleversé de sa petite-fille, Mikêt se leva de son tabouret et la serra dans ses bras.

– Oh ! grand-mère, il a refusé ! pleura amèrement Héria.

Histoire pour enfants Egypte antique

Pendant ce temps, dans leur palais d’Abydos, le pharaon Ramsès II et la reine Néfertari s’apprêtent à prendre leur repas de midi. Ils sont installés dans les jardins du palais, près d’un petit lac. Des palmiers, des tamaris et un grand saule les abritent de leur ombre. Vêtu d’un pagne blanc et or, chaussé de sandales blanches, Ramsès a vraiment fière allure. Sa haute taille ajoute encore à sa majesté. Il a pris place aux côtés de son épouse bien-aimée, la majestueuse Néfertari. Sans les faire attendre, une servante leur apporte un délicieux repas : des canards rôtis, des concombres et des oignons, des galettes bien chaudes ; puis un dessert composé de raisins frais, de figues et de gâteaux au miel.

– La matinée a été bien chargée, s’exclame le pharaon en saisissant une galette dorée. Mais ce sont des bonnes nouvelles. Le vizir, le premier ministre, m’annonce que les greniers du royaume sont pleins : grains de blé, d’orge, de millet, lentilles, dattes, rien ne manquera en attendant la prochaine récolte.
– Pour ma part, dit la reine, j'ai à te dire que la supérieure du temple d’Hathor s'est plainte de ne pas recevoir du lin de bonne qualité pour tisser leurs tuniques. J’ai rencontré le scribe responsable de l’approvisionnement et il arrangera cette question demain.
– Merci, ma reine chérie, ton aide m'est toujours précieuse. Je ne veux pas fâcher les prêtresses.

La reine sourit doucement, s’apprêtant à se resservir de canard.

Mais voilà que soudain, elle cesse de bouger, elle porte la main à son cœur, pâlit et perd connaissance.

– Vite ! ordonne Ramsès. Portez la reine dans sa chambre et convoquez le médecin du palais !

En milieu d'après-midi, allongée sur un lit de bois à la tête sculptée, soutenue par des coussins moelleux, la reine semble dormir. Près d’elle, une servante lui rafraichit le visage avec un linge mouillé.

Daktair, le médecin-chef du palais, termine sa consultation. C’est un homme de taille moyenne. Ses yeux cernés trahissent un homme qui travaille et se couche tard. Ses sourcils broussailleux qui se touchent semblent dire qu'il aime aussi s'amuser. Il rajuste sa cape de lin avec un air important.

– La reine est simplement fatiguée, annonce-t-il. Qu’elle prenne de la bouillie d’orge, cuite avec du lait fermenté d’ânesse et des graines de pavot broyées. Après une bonne nuit de sommeil, elle sera remise.

L’ordre est donné aux cuisines du palais de préparer cette soupe, que l’on apporte à la reine. Mais le lendemain, Néfertari se sent toujours aussi fatiguée.

– Je ne peux pas même me lever, soupire-elle. Que je n'aime pas être ainsi, inutile.
– Courage, mon aimée, la rassure Ramsès. Tu as encore besoin de repos, sûrement.

Mais il en alla de même le lendemain et les jours suivants. Pharaon devenait inquiet. Marchant de long en large dans la chambre de son épouse, il lança au médecin d’un ton emporté :

– Mais enfin, Daktair, vous voyez que son état ne s’améliore pas ?!
– Patience, Majesté, répondait le médecin. Bientôt, elle ira mieux, s'il plaît au dieu Râ… La reine sera sur pieds dans quelques jours.

Le médecin sortit et pharaon s'emporta:

– Ce médecin est un incapable ! demain, il sera renvoyé.

C’est alors qu’une jeune servante, qui se trouvait là tête basse, fit un pas timide en avant.

– Si Pharaon veut bien me permettre… commença-t-elle d’une petite voix.

Pharaon était ailleurs, dans ses pensées, mais il revint à lui et dit avec bonté :

– Parle, jeune fille.
– Dans mon village, près de Thèbes, vit une vieille femme qui connaît les secrets de certaines plantes pour guérir. Elle n’est pas médecin, elle n’a pas appris dans les livres les remèdes savants, mais ceux qui vont la voir sont souvent guéris de leurs maux.
– En ce cas, je l'enverrai quérir, on ira la chercher... tu iras avec le chef de ma garde.
– Je suis votre servante.
– Tiens, vous partirez sur l'heure. Va chercher le garde et partez sans ménager ni votre peine, ni la monture.

Comme les Romains, les Égyptiens utilisaient beaucoup les chars pour se déplacer

Après une chevauchée harassante, le garde et la servante parvinrent fourbus et poussiéreux au village. Les enfants se précipitèrent : on ne voyait pas tous les jours un soldat et une servante de pharaon dans ce hameau paisible ! D’un pas tranquille, Kaour, le chef du village arriva.

– Que puis-je pour les nobles gens du palais ?
– Sur ordre de notre pharaon Ramsès, je viens quérir la femme qui sait guérir, pour soigner la reine Néfertari.
– C'est donc que sa renommée est allée jusqu'à vos oreilles, s'étonna Kaour. Pour moi, je ne me sers pas de ses services, mais des étrangers vont à elle. Et vous, à présent. J'ignorais que la vieille Mikêt eut si bonne réputation ! L'honneur tombe sur notre humble communauté, puisque vous daignez lui demander un service. Venez, je vais vous conduire chez la dame.

Suivant le sentier ombragé par des tamaris, le messager que suit la servante, que suit le chef, que suivent 12 enfants et quelques adultes curieux, atteignent à la modeste maison.

– Ho ! là, fit Kaour. Tu as de la visite, sage Mikêt.
– Salut à toi, vieille femme, dit le garde royal en entrant.
– Un garde de pharaon ? s'exclame Mikêt et se relevant, s'appuyant sur ses vieux genoux. Et par ma foi, une servante du palais ! Que puis-je pour mon roi, si vraiment je puis quoi que ce soit?
– Je l'ignore et ne connais l'étendue de ta science, femme. Mais ce que je sais, c'est que la reine Néfertari est très malade, et les médecins sont incapables de la guérir. On prétend que tu as de la science. Acceptes-tu de venir avec moi, puisque mon roi te le demande ? Car enfin, on a dit à Pharaon que tu savais soigner et il te réclame à cette heure.
Mikêt était restée tout étourdie par cette nouvelle, mais en femme habituée à ne pas perdre du temps, elle ne fit aucun autre discours et dit simplement, d'une manière décidée:
– Je veux bien essayer, mais voici mes conditions: je ne peux pas promettre à Pharaon que la reine va guérir et vous me ramènerez ici, que je réussisse ou non. Je n'ai pas l'argent pour revenir d'aussi loin.
– C'est entendu, et tu n'auras jamais à te plaindre du haut-palais. Tu seras bien traitée et honorée. Partons, à présent ! finit le soldat.
– Attends donc que je prenne avec moi plantes et potions, et que j'interroge ma petite-fille, marmotta la vieille femme.
– Je t'attends à l'ombre, dehors.

Assise sur un petit tabouret près de la fenêtre, Héria était en train de moudre des graines de caroube. Elle avait retenu son souffle en écoutant parler les adultes.

– Eh ! bien, ma petite Héria. Tu vas venir avec moi.
– Ah ! ça, mais...
– C'est sans doute pour toi la seule occasion que tu auras de toute ta vie d'entrer au palais et d'approcher les appartements royaux. Mais surtout, j'ai besoin de toi et mes aides ne me désobéissent jamais !
A ces mots, le cœur d’Héria bondit de joie et un large sourire illumina son visage. Elle sauta au cou de sa grand-mère pour la remercier.

Tout le village afflua pour accompagner Mikêt et Héria jusqu’au char, qui ne pouvait plus se mouvoir, les deux chevaux eurent à piaffer pour se faire un chemin et l'attelage bondit sur la route, emportant ses trois personnages. Quelle aventure extraordinaire pour Héria !

Il n'y eut aucun incident de parcours, à ceci près que la paire de chevaux fatigua trop vite. Pour alléger leur charge, il fallut débarquer les deux femmes au débarcadère, elle iraient à la ville par bateau.

–Hâtez-vous, amies ! je vais prévenir le palais de votre venue imminente, lança le garde menant son char. Et il s'en fut aussitôt.

barques égyptienne Histoire pour enfant Egypte antique
L'Egypte regorgeait de richesses qu'il fallait transporter dans tout le pays. Les barques, sur le Nil, permettaient de déplacer de lourdes charges sans fatigue.

Obed, le capitaine du bateau, un homme fort à l’air jovial, aida les femmes à monter à bord.

– Hissez la voile ! ordonna-t-il.

Les marins déployèrent la toile rouge. Poussée par le vent, aidé par les efforts de quatre rameurs, l’embarcation se mit à glisser sur le Nil. Un ibis déploya ses larges ailes et s’envola vers l’Est.

– Voici un présage, jeune fille, et sais-tu ce qu'il signifie, lorsqu'on navigue sur le grand fleuve ? dit Obed à Héria, tout émerveillée.
– Non, monsieur, je l'ignore.
– Je vais te le dire. Mais laisse-moi d'abord manœuvrer.

(à suivre…)

Histoire pour enfants Egypte antique - Héria - Partie I

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  1. J’ai éteint la télé et j’ai lu cette histoire à ma fille : tellement mieux. Nous avons été transportées en Egypre Ancienne. Je me réjouis de lire la suite demain.

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