Jean de la Fontaine

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Maison de Jean de la Fontaine
Maison de Jean de la Fontaine

Voilà l’histoire d’un poète dont tu as certainement entendu parler : Jean de La Fontaine. Tu sais, celui qui a écrit La Cigale et la Fourmi ou Le Corbeau et le Renard.

Le petit Jean est un enfant curieux, heureux de vivre. Il grandit dans la campagne de la belle Picardie, et c’est là qu’il veut vivre sa vie. Il en sera pourtant autrement.

Tout comme toi, il aime la lecture. Il passe le plus clair de son temps à lire les livres de la bibliothèque de son père. Parfois aussi, il suit ce dernier, qui travaille dans les bois en tant que capitaine des chasses. Il en profite pour scruter les poissons dans les ruisseaux, guetter les animaux des bois, contempler les oiseaux qui volent haut dans le ciel. Il s’agenouille et observe les fourmis. Il est enchanté de tout ce qui l’entoure, dans les prés, dans la forêt. Toute sa vie, il gardera ce côté bohème, rêveur. Il disait volontiers : « Je suis paresseux, je n’aime pas le travail. Je préfère flâner et admirer les merveilles de la nature ».

JEAN_DE_LA_FONTAINEEn 1658, alors qu'il a trente-sept ans:

— Jean, lui demande son père. Je me fais vieux, je suis fatigué des tracas du monde. Je voudrais que tu me remplaces dans ma charge de maître des eaux et forêts.

Jean accepte avec plaisir, c’est exactement ce qu’il veut : être dans la nature.

Sa vie se déroule ainsi, loin de Paris et du monde des écrivains. A ce moment-là il ne sait pas encore qu’un jour il deviendra le poète le plus célèbre de France. Lui qui, dès son plus jeune âge, passait des heures à lire dans l’imposante bibliothèque de son père, est en réalité trop paresseux pour écrire lui-même des poèmes. Il n’a même jamais essayé ! Et pourtant, un beau jour, Jean se décide: il sera poète.

Il se rend alors à Paris. Là, il fait la rencontre d'écrivains et de poètes. Il plaît aux artistes : toujours enclin à la rêverie, la tête dans les nuages ; cette posture est très à la mode. Une chance pour lui, car il ne le fait même pas exprès !

Déjà, quand il était plus jeune, il oubliait souvent ce que son père lui avait demandé quelques minutes auparavant ! Un jour, chargé de faire une course, il sort de sa maison. A peine dans la rue, voici qu’il rencontre des amis.

— Ohé, Jean ! l’apostrophe l’un d’eux.
— Tu n’as rien à faire aujourd’hui ? lui demande un autre.
— Ma foi, non, répond Jean distraitement.
— Alors c’est décidé, allons tous ensemble à la comédie.

Et lorsque Jean rentre à la maison, bien sûr, il se fait gronder. Est-il possible d’être aussi distrait ? Un autre jour, en venant à Paris, il attache à la selle de son cheval un gros sac rempli de papiers importants. Le sac, qu’il a mal attaché, tombe sans qu’il s’en aperçoive. Quelqu’un passe et, ramassant le sac, s’adresse à La Fontaine :

— Monsieur, n’avez-vous rien perdu ?
— Non, répond Jean, placide.
— Voilà pourtant ce que j’ai trouvé, dit l’inconnu en montrant le sac.
— Mais dites donc, vous ! C’est mon sac, s’écrie La Fontaine. Tout ce que je possède est dedans ! Rendez-le moi.
— Vous aviez donc bien perdu quelque chose.
— Moi ? Non, pourquoi ?
— Mais, Monsieur, je viens de vous rendre le sac que vous aviez perdu.
— Croyez-vous ? C’est possible, ma Foi.

Oui,  Jean de La Fontaine est un véritable rêveur. Dans la société, c’est un grave défaut, mais pour les artistes c’est une vraie qualité. Jean compose des vers avec énormément de facilité. Il lui suffit de laisser parler son cœur. Dans ses fables, il met en scène des animaux, qu’il fait parler avec beaucoup d’intelligence et de mesquinerie. Comme beaucoup de paresseux, c’est un grand travailleur…. quand il fait ce qu’il aime !

Marie-Thérèse et le Grand Dauphin quand il était enfant
Marie-Thérèse et le Grand Dauphin quand il était enfant

À 40 ans il n’a encore écrit que quelques poèmes. Le premier livre de ses fables sera publié en 1668. Le poète dédie son ouvrage au fils du roi Louis XIV, le Dauphin, qui a alors six ans. Le roi apprécie ce geste, et parce qu'il trouve La Fontaine bien sympathique, il lui accorde une pension de 1.000 francs par an. C’est une belle somme pour l'époque. Au fond de lui, Jean se dit qu’il ne la mérite pas.

Les Fables de La Fontaine présentent les animaux comme s’ils étaient des hommes. Mais en réalité, Jean parle des hommes en utilisant des animaux. Ainsi, il peut les critiquer, décrire leurs coutumes, leurs ruses, leurs chamailleries et les dures lois du monde. Par exemple : la raison du plus fort est celle qui gagne presque toujours, on admire plus facilement les gens riches, on respecte davantage les gens qui sont puissants. Ou alors : on fait payer aux innocents les fautes des plus grands coupables. La Fontaine déteste l’injustice. Dans ses fables, il la dénonce sans relâche. On reproche à un âne d’avoir brouté quelques brins d’herbe dans un pré alors que le lion, lui, dévore d’autres animaux, mais comme il est le roi des animaux, presque tout le monde trouve ça normal. Les choses n'ont pas tellement changé depuis, je crois même que c'est plus grave qu'au temps de La Fontaine. Les gens importants peuvent faire plein de choses que les autres n'ont pas le droit de faire. La Fontaine critique ainsi habilement les grands chefs qui punissent les petites gens pour de petites fautes et oublient leurs propres fautes bien plus graves. Je sais que tu vas penser à ce qui t’arrive parfois : quand papa ou maman casse un verre, personne ne les gronde, mais quand c’est toi qui casses, c’est une autre histoire… enfin, passons, tu sais ce que c’est. La Fontaine, lui, racontait ça dans ses contes.

Mais pas seulement ! Il raconte l'histoire du lion qui est battu par un moustique qui l'épuise, et le moustique très fier s'en va triomphalement, puis se retrouve pris à son tour, dans une toile d'araignée. Cette histoire veut dire qu'il ne faut pas trop parader quand on a la victoire, car les choses peuvent tourner rapidement.

En écrivant des fables, La Fontaine prend pour modèle des anciens poètes : le latin Phèdre et d’anciens fabulistes français du moyen-âge (le fabuliste compose des fables). Il s’est aussi beaucoup inspiré du fameux poète grec Esope. Il a copié certaines de ses fables, en les traduisant et les écrivant de manière moderne.

Chacun de ses animaux a son caractère, sa personnalité, son raisonnement propre. On comprend qu’il les connaît bien et qu’il les aime, qu’il a vécu avec eux dans les bois, dans les étables, sur la mousse des arbres abattus, dans les sentiers, autour des terriers, près des marais, des étangs ou dans les poulaillers.

Le corbeau et le renardMais, dans ses histoires, La Fontaine ne fait pas seulement parler les animaux. Tous ont des qualités et des défauts humains. Ils sont orgueilleux, vantards, rusés, ou bien sages, bons et prudents. Alors, à la fin de chaque fable, on trouve une morale. La Fontaine défend les faibles contre les forts, la sagesse contre la folie, le travail contre la fainéantise.

Dans Le Corbeau et le Renard, La Fontaine raconte comment un rusé renard parvient à récupérer le fromage qu’un corbeau tient dans son bec. Le renard fait des compliments au corbeau : « Que vous êtes joli, que vous me semblez beau ! Sûrement, vous chantez fort bien ». Flatté, le corbeau ouvre le bec pour chanter… et laisse tomber le fromage ! Le renard l’emporte, en disant : « Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute », c’est-à-dire à l’avenir faites attention aux gens qui vous complimentent alors qu’ils ont quelque chose à vous demander. « Oh ! comme tu es intelligent et si gentil ! Dis, tu ne pourrais pas me prêter un peu d’argent ? » Et alors, comme on est content de ces compliments, on prête. Voilà ce qui peut arriver.

Le lièvre et la tortueLe Loup et le Chien est l’une des fables les plus belles sur la liberté. Un jour, un loup rencontre un chien égaré, gros et gras, qui semble redoutable. Le loup aimerait être aussi bien nourri que ce chien.

« Pour être aussi gras que moi, lui repartit le Chien,
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Dont la condition est de mourir de faim. »
« Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin.
Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
— Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux mendiants ;
Flatter les gens de la maison. »
Moyennant quoi le loup recevra de bonnes nourritures,
« Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. »

552px-Grandville_leLoup_Et_Le_ChienLe Loup se dit qu’une telle vie serait merveilleuse et cette idée seule le fait « pleurer de tendresse».

Il décide donc de l’accompagner. Mais chemin faisant, il voit que le Chien a le cou tout pelé, plus un seul poil dans la nuque ! Il lui demande pourquoi. Le Chien finit par lui expliquer que c’est la trace du collier par lequel il est attaché.

« — Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ?
— Pas toujours, dit le Chien, mais qu'importe ?
— Il importe si bien, répond le Loup, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. »

S’il faut être attaché pour être bien nourri, dans ce cas, le Loup refuse cette vie. Il préfère la liberté, même si cela le condamne à ne pas manger à sa faim tous les jours.

512px-La_Fontaine_LouvreCes fables et de nombreuses autres que papa ou maman te liront si tu veux bien le leur demander, sont pleines de sagesse. Elles sont parfois un peu difficiles à comprendre parce qu’elles ont été écrites il y a longtemps, mais on peut te les expliquer.

Après le succès de son premier livre, La Fontaine publie, en 1679, cinq autres recueils de fables. Mais, fidèle à sa nonchalance, il ne terminera son douzième livre qu’une quinzaine d’années plus tard. S’il avait eu plus de goût pour le travail, probablement aurait-il écrit bien davantage !

Malgré les nombreuses belles fables qu’il a écrites, il continue à penser qu’il n’a pas suffisamment travaillé dans sa vie. Alors qu’il sent ses forces décliner peu à peu, il fait mettre une inscription sur sa tombe, indiquant qu’il a passé la moitié de son temps à dormir et l’autre… à ne rien faire !

About the author 

Max Montgomery

Max Montgomery, auteur du roman "Reinhardt Tarkand", a écrit des milliers de pages pour les enfants. Collectionneur de parcours, c'est un éducateur, un aventurier polyglotte. Père de 10 enfants, il se lance dans l'aventure de l'écriture en ligne et construit plusieurs sites populaires.

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