Jeannot et Trim, le Chevalier errant

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 Ce jour-là, Jeannot et Trim partirent en forêt, comme ils aimaient à le faire, après avoir écouté leurs mamans leur faire la classe de latin et de grec, le matin. Ils partaient en promenade ou en chasse presque tous les après-midis.

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Donc, les voilà à courir les bois, à ramasser des champignons et à essayer d’attraper des oiseaux. A l'époque, il y avait beaucoup plus d'oiseaux qu'aujourd'hui, beaucoup plus ! Pour attraper les oiseaux, Jeannot et Trim se servaient de leur fronde, une lanière qu’il faisaient tournoyer au-dessus de leur tête et qui lançait des cailloux à grande distance. Ils étaient si précis qu’ils pouvait assommer un oiseau à 12 pas.

fronde Jeannot et Trim, le Chevalier errantMais un homme surgit de derrière un arbre et attrape Trim, il lui met la main sur la bouche. Un homme inquiétant, avec une lourde cape sur les épaules, une capuche lui tombant sur le visage, une cotte de maille un peu rouillée et une énorme épée au côté.
Jeannot brandit sa fronde et la fait tournoyer, sur le point de lancer une pierre au milieu du front de l’inconnu. L’homme lui dit :
— A ta place, je ne le ferais pas, car il en cuirait à ce garçon que je tiens !
— Messire, ne lui faites pas de mal, c'est mon ami ! crie Jeannot sans cesser de faire tournoyer sa fronde, menaçant.
L’homme regarde Trim et Jeannot. Ce ne sont que des enfants.
— Que faites-vous dans ces bois ?
Jeannot a du mal à répondre, l’homme l’a effrayé.
— Eh bien, vas-tu répondre ?
— Ce sont nos bois, on y vient quand on veut, répond Jeannot, fièrement.
Trim a peur, il parvient à dire :
— On vient ramasser des champignons et attraper les oiseaux. On fait rien de mal !
Alors, l’homme le lâche et grommèle :
— Des gosses…
Il s’assoit au pied de l’arbre, l’air rassuré et abattu en même temps. Il rejette sa capuche en arrière. Il a le visage sale et mal rasé. Il dit, sans les regarder :
— Vous portez de bien étranges vêtements. Vous n’êtes pas francs, n’est-ce pas ?
— Nous sommes des Normands.
Trim s’est écarté et rejoint Jeannot, ils ont bien envie de décamper, pour avertir le village.
Mais l’homme dit :
— Des Normands ? Des Normands, oui, bien sûr. Je me suis donc bien éloigné de chez moi. Avez-vous quelque chose à manger ?
Les deux garçons ne répondent rien. Mais Jeannot a soudain pitié. L’homme a l’air d’un vrai chevalier, mais d’un chevalier pauvre.
— Est-ce que vous êtes perdu ?
— Non. Je me cache.

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Gibecière

Jeannot sort alors deux gros champignons de sa gibecière et les lui tend sans dire un mot. Le chevalier lève le regard, prend les champignons et dit :
— Merci, mon garçon. Dieu te le rendra.
« Allons-nous en, maintenant », dit Trim à Jeannot. « Attends encore un peu » fait Jeannot. Puis, il dit à l’homme :
— Qu’est-ce que vous faites en ces lieux, à cette heure, messire ? N’avez-vous pas un chez-vous, un endroit où dormir et où manger ? N’avez-vous pas…
L’homme lui coupe la parole :
— Je suis un pauvre homme errant. Jadis, j’étais chevalier…
Jeannot pousse du coude son ami Trim. Ils sont drôlement contents. Les chevaliers, disait-on, sont des gens pieux, gentils, qui protègent les faibles, les vieillards, les enfants et les femmes, et ils protègent même les hommes quand ils partent en pèlerinage et sont attaqués par les bandits des chemins. Jamais ils ne font de mal aux enfants. Tout le monde aime les chevaliers. Pourtant, celui-là n’a pas l’air bien heureux ni fier. Jamais Jeannot n’avait imaginé qu’un chevalier pourrait être triste, ou pourrait se cacher.
— Vous avez l’air de bons garçons, tous les deux. Pardonnez-moi, si je vous ai fait peur. Mais vous avez surgi tout d’un coup, et je ne m’y attendais pas. J’ai appris à me méfier. Des gens me cherchent.

smdvuiyq Jeannot et Trim, le Chevalier errant— Pourquoi ils vous cherchent ?
— C'est une longue histoire, et je ne suis pas sûr que vos parents aimeraient vous savoir là, si tard. Vous feriez mieux de rentrer chez vous. Tout ce que je vous demande, c'est de ne rien dire à personne.
— Pourquoi ?
— Parce que les gens parlent et que ceux qui me cherchent pourraient l’entendre dire et me viendraient quérir. Ce que Dieu ne peut vouloir !
« Allons, partons », murmure Trim, encore inquiet. « Ah ! non. Tu te rends compte ? Un chevalier ! C'est la première fois qu’on en voit ! » « Et alors, qu’est-ce que ça fait ? » « ça fait que je n’en ai jamais vu et que je veux qu’il nous dise tout ce qu’il a vu, dans ses voyages. »
L’homme semble les ignorer. Il fait un tas de brindilles mortes et de bûchettes, puis place trois grosses bûches les unes contre les autres.
— Eh bien ! ne restez pas là ! Soit vous repartez chez vous, soit vous me donnez un coup de main.
— Et qu’est-ce qu’il faut faire, messire, qui vous agrée ?
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