Joliette conte pour enfants

Il était une fois un royaume où tout n’était que joie. Le roi joyeux et sa femme s’aimaient tendrement, et leur peuple vivait heureux et en paix.

Or, dans le royaume voisin qu’on appelait le Pays des larmes, tout était fort différent. Le roi qui le dirigeait avait un cœur de pierre et il ignorait la tristesse de son peuple. Plus que tout, il ne supportait pas d'entendre parler le bonheur de son voisin. Si un conseiller venait lui annoncer qu'une juste mesure avait apporté du bonheur au peuple joyeux, il se mettait en colère et envoyait en prison le conseiller qui lui avait annoncé la nouvelle.

Quand il apprit que la reine joyeuse venait de donner naissance à une ravissante petite fille et que tout le royaume de la joie était en fête, il se mit dans une terrible colère. Il jura de tuer le roi joyeux et lui déclara la guerre. Partout dans cette partie du monde, on se mit à trembler à cette nouvelle, surtout la reine du peuple joyeux.

– Sire, dit-elle à son mari, il faut nous enfuir ! Pensez à Joliette, notre petite fille !
– Ma douce amie, lui répondit le roi, je ne peux pas fuir devant l'ennemi, en abandonnant mon peuple. Que deviendrait-il si ses chefs le laissaient à la merci de la guerre ? Non, j'irai me battre avec notre petite armée.

Le roi qui, ce jour-là, avait perdu son magnifique sourire, dit tendrement adieu à la reine, monta sur destrier et partit combattre son cruel voisin.

La guerre fut longue. Tous les jours, la reine joyeuse recevait une lettre de son époux qui la rassurait et lui prouvait qu’il était toujours en vie. Mais un matin, alors qu'elle regardait par-dessus les murailles du château, elle aperçut un messager qui accourait.

– Mon brave, l'interpella-t-elle, tu sembles bien pressé. Quelles sont les nouvelles de notre armée ?
– Hélas, noble dame, allez dire à la reine que le roi joyeux est mort, dit-il tout essoufflé, la bataille est perdue, et le méchant roi arrive dans un moment avec son armée.

Catastrophe ! La pauvre reine tomba évanouie. On la porta au lit et tous ses gens, dames et valets, pleurèrent autour d’elle. Bientôt, l’armée ennemie envahit la contrée et investit le château. La reine, qui avait repris connaissance, eut juste le temps de cacher une bourse d’or sous son matelas avant que le cruel souverain ne vint la trouver.

– Madame, lui dit-il, vous voilà punie d’avoir été trop heureuse. Vous resterez désormais prisonnière de votre chambre, dans mon château, cousant, filant la laine et vous nourrissant de pain sec. Tous vos beaux habits et vos biens vous sont confisqués. Vous vivrez comme une pauvresse. Quant à votre fille qui vient de naître, elle m’épousera dans quelques années.

Le chagrin de la reine fut immense quand elle entendit ces mots. Joliette ne pouvait pas devenir l’épouse de cet affreux personnage ! Désespérée, elle se mit à prier pour qu’un miracle se produise…

Un soir qu'elle demeurait en sa chambre close dans le château du méchant roi, tandis qu'elle cousait tristement sur sa pauvre table, elle surprit du coin de l’œil une souris au sortir de son trou de plancher. Le petit animal, rond et dodu, se mit curieusement à gambader autour d’elle.

– Bonsoir ma mignonne, lui dit-elle, que viens-tu chercher ici ? Si tu veux manger, c'est raté, car je n'ai qu’un morceau de pain pour mon souper et celui de ma fille.

La souris continuait de trottiner sur le parquet. Amusée, la généreuse reine lui tendit sa part du quignon de pain.

– Après tout, prends donc ! Je n’ai rien d’autre, mais tu es si ravissante et tu fais de si jolis tours que je te le donne de bon cœur. Tu me rappelles ma vie d’avant, pleine de rires et de danses.

La souris se fit un plaisir de grignoter le morceau de pain sec, et ce avec une vitesse prodigieuse. Enfin, elle hala ce qui en restait, dès que ce fut possible, en direction de son trou. La souris avait disparu et la reine revint à son ouvrage sur la table mais qu'y trouva-t-elle ? Il y avait là un plat de poisson accompagné d’un pichet de cidre étincelant, et un broc fumant de lait de chèvre. Émerveillée d'un tel prodige, la reine dévora le plat d’un fort bon appétit, Joliette but tout le lait, et toutes deux s’endormirent rassasiées. Le méchant roi avait-il gagné un peu d'amour en son cœur ? Le mystère était complet.

Le soir suivant, la souris revint chercher son morceau de pain et le miracle se répéta. Personne n'était entré dans la cellule pour y déposer les plats, ils étaient apparus aussitôt après que la souris eut reçu son morceau de pain !Et ce prodige recommença de même chacun des soirs suivants.

La reine était rassurée, car sa fille et elle avaient de quoi manger à leur faim. Mais elles restaient toujours prisonnières…

– N’y-a-t-il pas un moyen de nous sauver ? se lamentait-t-elle souvent.

thumb_3541_default_full_imageAlors qu’elle prononçait ces paroles, elle remarqua que la petite souris jouait avec des brins de paille et un bout de laine. Cela lui donna une idée.

– Si j'avais assez de paille, se dit la reine, je ferais un panier assez grand pour y mettre ma petite fille et je tresserais une longue corde pour descendre le panier par la fenêtre. Puis, je confierais Joliette à la première personne charitable qui accepterait de s’en occuper.

Enhardie, elle se mit au travail. La paille ne lui manquait point, car la souris en apportait tous les soirs. Le panier fut bientôt fini. La reine joyeuse tressa une corde avec les restes de laine qui lui servaient à filer. Une nuit qu’elle regardait  par la fenêtre quelle longueur elle devait encore tresser, elle aperçut une vieille femme au pied du château, à bas de son donjon. Celle-ci lui dit :

– Madame, je connais votre chagrin. Si vous voulez, je vous aiderai.
– Ah ça ! Vous le savez donc ! Merci, bonne dame, lui répondit la reine du haut de sa chambre. Dans ce cas, je vous descendrai ma petite fille dans un panier sitôt que je le pourrai. Vous la nourrirez et, en échange, je vous paierai d’or.
– Je ne suis pas intéressée par l’or, répondit la vieille femme. Ce que je veux, croyez-le ou non, ce sont des souris, si possible grasses et dodues, pour mon chat. Il les aime tant ! Si vous en trouvez là-haut, tuez-les et gardez-les moi. Mon chat en aura satisfaction et votre enfant sera à l'abri.

jacopo-d-andrea-penelope joliette http://lhistoiredusoir.comLa reine fut contristée de cette proposition. La vieille femme lui demanda pourquoi elle faisait si triste mine.

– Hélas ! expliqua la reine joyeuse, tous les soirs une souris vient dans ma chambre. Elle est grasse et dodue comme vous la souhaitez. Mais elle est si gentille et elle m’a tellement aidée, que je ne peux pas lui faire de mal.

– Comment, dit la vieille femme dépitée, vous préférez donc une souris à votre fille ? C'est, madame, que vous n'êtes pas tant à plaindre et je ne vous aiderai pas. Je trouverai des souris sans vous.

Et elle s'en alla en maugréant.

Les soirs suivants, que la souris venait quérir son morceau de pain, la reine le lui donnait tristement.

Cependant, le panier et la corde furent terminés. Une nuit, après avoir longuement embrassé et serré contre elle sa chère Joliette, la reine la posa tout endormie dans le panier. Quel immense chagrin elle avait de se séparer de sa petite fille ! Mais il fallait qu’elle la sauve du méchant roi. Alors que la reine joyeuse allait descendre le panier en s’aidant de la corde, elle entendit des chicotements à côté d’elle. C’était la petite souris. Elle sautait sur le plancher et virevoltait sans qu'on puisse comprendre pourquoi. La ramassant dans le creux de la main, la reine lui demanda :

– Que veux-tu, mignonne ? Tu vois, je dois dire adieu à notre Joliette. Il n’y a pas d’autre solution.

Mais damoiselle souris ne semblait pas prêter attention à ces mots et sauta dans le panier.

– Malheureuse, lui dit la reine en l’extirpant par la queue, tu risquerais d'être prise par la vieille femme et son chat.

À ce moment-là, un autre prodige se produisit.

La souris sauta hors du panier et, tombant sur le plancher, elle se transfigura. Devant la reine se dressait maintenant une fée.

index jacopo-d-andrea-penelope joliette http://lhistoiredusoir.com– Chère reine joyeuse, dit la fée, tu as eu bon cœur avec moi. J'ai voulu éprouver ton cœur en me transformant en souris. Quand tu m’as donné ton seul morceau de pain, j’ai vu que tu étais généreuse. J’ai ensuite pris l’apparence d’une vieille femme. Là encore, tu as été bonne. J'ai connu tes malheurs et, sache-le, ils ne resteront pas plus longtemps dans ta vie. Je veux que tu t'enfuies d’ici.
– Et comment le pourrais-je, bonne fée !
– Tu feras comme je le commande, car je commande aux reines comme aux princesses. Vois ! la corde que tu as tressée avec des brins de laine, je l'ai faite solide et capable de te porter, accroche-la aux barreaux de la fenêtre. Descends ensuite avec ta fille Joliette, puisque sur mon ordre, quelqu’un vous attend en bas. Aie confiance.

Sans plus hésiter, la reine prit le panier où sa petite fille dormait, descendit avec grâce l’échelle de corde suspendue aux barreaux de sa fenêtre, et fut bientôt à bas du donjon. Un cocher l’attendait et la fit monter dans son carrosse. Mystérieusement, sans réveiller les gardes et les soldats du méchant roi, l’équipage s'éloigna du sinistre château et ramena la reine et sa fille au royaume de la joie. La maladie frappa le méchant roi avant que trois lunes aient passé. Plus tard, Joliette devint reine à son tour et le royaume du méchant roi fut donné au sien.

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