La guerre des Bretons et des Anglo-Saxons

27-Angles-Saxons-Jutes-&-Frisians La guerre des Bretons et des Anglo-Saxons

Il y a plus de deux mille ans, en l’an 55 avant Jésus-Christ, Jules César achevait la conquête de la Gaule (la France d'avant les rois). Victorieux, il voulut s’emparer aussi de l'Angleterre. Tu sais peut-être que l'Angleterre s'appelle aussi Grande-Bretagne; eh ! bien, en ce temps-là, on l'appelait alors seulement la Bretagne, carnotre Bretagne n'existait pas encore sous ce nom, la nôtre, on l'appelait l'Armorique. Bref.

Les légions romaines débarquèrent en Bretagne, donc, et elles firent facilement la conquête de cette île. Les rois bretons vaincus durent promettre de payer un tribut, c’est-à-dire de donner de l’argent aux Romains, pour pouvoir garder leurs royaumes. Certains rois ne tinrent pas leur promesse. Alors, l’année suivante, Jules César revint avec ses soldats et les soumit tous.

TVEU021 Viking Museum, Norway La guerre des Bretons et des Anglo-SaxonsQuelques dizaines d’année plus tard, sous le règne de l’empereur Néron, les Romains continuèrent leur conquête de la Bretagne. La reine Boadicée protesta, et fut alors affreusement maltraitée par les soldats romains.

— Ils ont maltraité notre reine ! cria le peuple.
— Révoltons-nous contre ces Romains, qui prétendent nous gouverner !
— Aux armes !

Boadicée, à la tête d’une armée très imposante de 230.000 hommes, s’empara de plusieurs forteresses romaines. Les Bretons parvinrent ainsi jusqu’à Londres, une place forte importante tenue par les Romains. Paulus, un général romain, accourut pour défendre Londres avec 20.000 hommes. Mais, voyant cette armée si considérable, il n’osa pas engager la lutte.

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Statue de Boadicée

— Victoire ! s’écrièrent les Bretons. Les romains s’enfuient !
— Brûlons la ville et nous serons vengés.

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Boadicée, la guerrière

Londres fut brûlée, et tous les Romains qui s’y trouvaient furent tués. Enivrée de ses premiers succès, Boadicée entraîna son armée à la suite de Paulus.

Les Bretons étaient dix fois plus nombreux, très courageux, mais indisciplinés, c'est-à-dire qu'ils n'obéissaient pas beaucoup et ne suivaient pas de règles en bataille. Les légions romaines avaient une meilleure stratégie et obéissaient bien à leurs chefs. Les Bretons furent donc vaincus, la moitié d'entre eux moururent lors de la confrontation. La reine Boadicée et ses filles qui s’empoisonnèrent pour ne pas tomber entre les mains du vainqueur.

boadicea3s La guerre des Bretons et des Anglo-SaxonsMalgré ce désastre, il y eut encore de nouvelles révoltes et Rome dut envoyer plusieurs généraux contre les rebelles ; finalement, presque toute l’île fut pacifiée, sauf le Nord.

Jusqu’au début du cinquième siècle, la Bretagne vécut en paix sous le règne de Rome. Le christianisme était la religion officielle. Le pays était parsemé de grandes villes, de garnisons militaires et de fermes. L’Angleterre était paisible et prospère, c’est-à-dire riche.

Mais la puissance romaine faiblissait bientôt, les Romains durent quitter l’Angleterre pour affronter les envahisseurs de l'Empire, venant surtout de Germanie. Les Bretons se retrouvèrent seuls, indépendants. Leurs envahisseurs étaient partis tout seuls. C'était bien la peine d'avoir fait ces guerres !

Cependant, leur tranquillité ne devait pas durer. Venus du nord de l’île, qui est maintenant l’Ecosse, des tribus des Pictes et des Scots se mirent à piller l’ouest du pays. Ils emmenaient en esclavage des milliers de personnes, parmi lesquelles se trouva saint Patrick, le saint le plus vénéré d’Irlande.

monastery_raid La guerre des Bretons et des Anglo-SaxonsC’est à ce moment-là, au cinquième siècle après Jésus-Christ, que des envahisseurs débarquèrent à leur tour sur les cotes de Bretagne, venant vette fois de la mer, et plus précisément du Danemark et d’Allemagne. C'était les redoutables Angles et Saxons, peuples simples et brutaux, tout au contraire des Romains et des Bretons. Ils avaient traversé la mer dans des bateaux longs et étroits, munis de quatorze rames de chaque côté. Quarante personnes pouvaient monter dans chacun de leurs nombreuses embarcations.

C'était une catastrophe. Car si, au début, ils venaient peu nombreux et se tenaient assez tranquilles, il en arriva un grand nombre, et beaucoup plus brutaux, ne se retenant plus du tout quand ils constataient que les Bretons n'étaient pas très bagareurs. Ils attaquaient les maisons des braves gens, sans se gêner. Il semblait impossible de les calmer. La dure traversée de la mer n'avait fait qu'aggraver leur rudesse et leur désir de vol, de pillages, leurs rêves de butin facile. Mais en voilà d'autres ! la mer semble pleine de leurs navires. Ont-ils entendu dire que la Bretagne est pleine de trésors ? Ou leur pays sont-ils pauvres ? Nul ne sait pourquoi ils viennent en quantité. Que va-t-on pouvoir faire ? Pendant leur voyage, les vagues glacées les ont trempés de la tête aux pieds, les courants marins en ont déporté certains parfois bien plus au nord, impossible de dire combien ils sont exactement et où ils vont créer des problèmes. Ces tribus germaniques montrent rapidement qu'elles se débrouillent sans la moindre autorisation ni le moindre traité de paix, ce sont des peuples courageux, n'ayant pour ainsi dire aucun sentiment de pitié et rien ne peut les détourner de leur but.

Au début, ce sont des pillages, ce qui n'est pas très heureux, mais bientôt, les Saxons mènent des raids beaucoup plus sérieux, méthodiques. Ils ont l'air d'organiser... l'invasion de l'île toute entière !

Les chrétiens bretons surveillent la cote et aperçoivent les envahisseurs

Les chrétiens bretons surveillent la cote et aperçoivent les envahisseurs

Il faut dire que les Bretons avaient eu une très mauvaise idée :

– Aidez-nous à lutter contre les Pictes, avaient-ils demandé aux Saxons. En échange, nous vous donnerons des terres verdoyantes et des champs fertiles.

En peu de temps, les Saxons se trouvèrent tellement bien installés, qu’ils en profitèrent pour créer une forte colonie, puis un royaume saxon, en chassant les Bretons de chez eux.

Les habitants de l’île durent reculer, et beaucoup se réfugièrent en Gaule, sur les rivages voisins de l’Armorique, que les Gaulois appelèrent donc rapidement la "petite Bretagne" ou plus simplement Bretagne.

Six autres royaumes anglo-saxons se formèrent encore. Les Bretons essayèrent plusieurs fois de reconquérir leur indépendance.

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C’est à cette époque que se déroule l’histoire du grand roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde. C'est face aux Anglo-Saxons qu'il fit sa célébrité. Ses exploits réels sont en effet devenus des histoires merveilleuses, pleines de magie ancestrale mêlée à la Foi chrétienne, des légendes racontées durant des siècles.

Or, le roi Arthur qu'on représente souvent en roi barbare, barbu et vêtu de peau de bête comme un guerrier germain, ainsi:

 

ou encore ainsi, dans une comédie récente:

était plus certainement ainsi, en roi plus antique :

En effet, il avait été très proche des Romains, il avait été un soldat dans leurs troupes.

Il combattit donc les Angles et les Saxons et, défendant l’héritage celte de Bretagne, il rétablit le christianisme partout où il le put. On dit qu’il remporta douze victoires sur les envahisseurs anglais ; la dernière eut lieu au mont Badon, vers 500. Le roi Arthur, dit la légende, réunit ses meilleurs chevaliers au sein d’une assemblée : la Table ronde. Leur quête suprême fut de partir en voyage à la recgherche du Graal, un vase sacré qui aurait recueilli le sang de Jésus quand Il fut crucifié.

Mais revenons à l'invasion. Les Anglo-Saxons étaient trop puissants. Dans leurs longs bateaux, ils arrivaient toujours plus nombreux et débarquaient dans les criques et les estuaires de l’est de l’Angleterre. Ils remontaient les rivières et les fleuves et s’installaient sur leurs rives.

vile_peopleHélas pour les Bretons, à la fin du sixième siècle, les Anglais contrôlaient presque toute l’île. Ils repoussaient de plus en plus les Bretons vers l’Ouest. Ceux qui ne voulaient pas s’en aller étaient réduits en esclavage.

Les Anglais étaient des païens, qui adoraient de nombreuses divinités. D’ailleurs, ils donnèrent leurs noms aux jours de la semaine : "Wednesday" (mercredi) vient de Wotan (ou Odin); "Thursday" (jeudi) vient de Thor, et "Friday" (vendredi), de Frigg. Pendant leurs rites, les Anglais sacrifiaient des bœufs, des chevaux ou des porcs, et les assistants s’aspergeaient de leur sang.

battle_sketchAinsi, dans les régions occupées par les Anglais, le christianisme disparut presque complètement. Les papes envoyèrent des moines pour évangéliser les Saxons, parmi lesquels le célèbre saint Augustin de Cantorbéry. Leur mission était très difficile, car les Saxons étaient sans pitié, tuant facilement et détruisant tout.

Mais les moines ne reculaient devant rien, et proclamaient avec force leur religion d’amour. Ils firent tant et si bien que, peu à peu, les Saxons se convertirent.

Pendant ce temps, les derniers Bretons s’étaient réfugiés dans de pauvres villages accrochés à des collines. Les Saxons les détruisirent presque tous pour ne laisser que de pauvres vestiges.

On a retrouvé des cimetières de Saxons.

Qui étaient-ils vraiment, ces envahisseurs barbares ? Dans les tombes, on voit des hommes enterrés avec les têtes de leurs ennemis ! Les hommes portent des habits qui ressemblent un peu à des kilts, et des sortes de capes attachées sur l’épaule par une broche ; les femmes sont vêtues de longues tuniques tombant jusqu’à la cheville et de mantes munies d’un capuchon. Les grands guerriers quant à eux sont ensevelis dans des vêtements brodés d’or et garnis de boucles dorées ; dans leur tombe, on a aussi retrouvé des coupes. Les petites gens se font plus simplement enterrer avec des boîtes à outils, des couteaux ou des objets d’usage courant.

A des siècles de là, les Bretons seraient vengés par un Normand venant de France. Le dernier roi anglo-saxon, Harold, serait vaincu par un Normand. Sais-tu qui il fut ? Guillaume le Conquérant.

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