Le Chevalier du Guesclin raconté aux enfants

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Bertrand du Guesclin est l'un des deux plus célèbres chevaliers de France, avec Bayard. Je vais ce soir vous raconter comment il est devenu ce héros.

Quand il était enfant, du Guesclin n’était vraiment pas sage. Il n'était pas vraiment beau non plus, non, pas du tout !

Mais il était très fort. Ses jambes étaient courtes, ses épaules larges, et ses bras longs et musclés. Il a une grosse tête ronde. Sa peau est noire comme celle d'un sanglier, dit-on; c'est exagéré. Les gens disent qu'il est l'enfant le plus laid de la région.

Son papa et sa maman ont bien du mal à aimer cet enfant. Il est très souvent puni, plus que ses frères et sœurs. Le petit Bertrand est triste et colérique.

Un jour, alors que son père est absent, il explose de colère et bouscule ses frères pour prendre sa place d'aîné sur le banc. Sa mère s'apprête à le punir quand il renverse la lourde table. Une femme qui est là prédit que cet enfant bagarreur se couvrira de gloire, un jour. A partir de ce moment, Bertrand est traité avec davantage d'égards et de crainte.

Il aime se battre avec ses amis, des petits paysans. C’est pour cette raison qu’une fois de plus, son père l’a enfermé.

— Tu resteras enfermé dans la tourelle, ordonne son père, furieux. Se battre encore avec des paysans ! cela n’est pas digne de toi.

Cette fois-ci, c’en est trop, Bertrand est bien décidé à s’échapper coûte que coûte. Lorsqu’une servante lui apporte son maigre repas, le jeune homme bouscule la pauvre femme et s’enfuit en courant. Sitôt dehors, il enfourche un cheval et part au galop. Mais que faire ? il n’a pas d’argent et n’a rien à manger. Il s’en va jusqu'à Rennes, chez son oncle.

Durant plusieurs mois, Bertrand semble s’assagir. Mais il a bientôt dix-sept ans et l’esprit aventureux, si bien qu'il s’ennuie, dans cette ville paisible. Il apprend un jour qu’une grande joute doit avoir lieu. Pendant ce tournoi, les chevaliers vont s’affronter à cheval, et essayer de désarçonner, de faire tomber leurs adversaires.

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Le jour venu, Bertrand se rend à l’endroit où doit avoir lieu la joute. L’un de ses cousins, battu à une joute précédente, veut bien lui prêter son armement. Bertrand grimpe à cheval, abaisse son heaume et entre en lice. Le voilà lancé contre son adversaire ! le choc est rude mais il l'a fait tomber ! Il n’a aucune expérience des joutes, et pourtant il déploie tant de force et d’adresse, qu’il triomphe de tous les autres chevaliers.

Voici qu’un nouvel adversaire lui fait face. Bertrand le reconnaît à son blason : c’est son père ! Il jette alors sa lance à terre, montrant qu’il refuse de combattre. Le sire du Guesclin se demande qui est ce mystérieux combattant, si adroit. Mais Bertrand refuse de faire connaître son nom. Un dernier chevalier enfin défie Bertrand et parvient à faire sauter la visière de son heaume. Son père, stupéfait, le reconnait et le félicite.

— Bertrand, mon fils, je suis fier de toi. Tu t’es battu vaillamment. Je te pardonne de t’être enfui de la maison.  Voici des armes et un cheval.

Bertrand a conquis l’estime de son père et le droit de porter des armes. Désormais, il sera au service de la France.

Voilà qu'en 1341, Jean le duc de Bretagne meurt. Deux hommes veulent lui succéder : Jean de Montfort, soutenu par les Anglais, et Charles de Blois, vassal du roi de France. Aussitôt, la Bretagne se divise en deux camps ennemis. Pendant cette guerre, du Guesclin combat pour le « camp des lys », le camp français.

Il établit son quartier général dans la forêt de Brocéliande. C’est un refuge impénétrable, idéal pour se cacher. Du Guesclin et ses compagnons surveillent les routes. Dès qu’un convoi anglais s’approche, ils surgissent des bois.

— A l'attaque ! crie-t-il et il se lance sans la moindre peur. Ses compagnons sont sidérés de son audace.

Invisibles avant les attaques, ils sont aussi insaisissables après car ils retournent aussitôt se cacher dans les taillis.

Restes du Chateau de Fougeray que du Guesclin attaqua

Rapidement, les Anglais craignent cet homme qu’ils appellent « le Dogue noir de Brocéliande » (le dogue est un chien redouté à l'époque, avec des mâchoires puissantes). Les Anglais constituent des troupes nombreuses et mieux armées. Bertrand du Guesclin ne se laisse pas impressionner. Avec un courage incroyable, il attaque quand même.

En 1350, un capitaine anglais occupe le château de Fougeray, près de la forêt de Brocéliande. Voici qu’on amène à Bertrand un prisonnier.

— Capitaine ! s’écrie un soldat, voici un domestique que nous avons capturé dans les bois. Le maraud ramassait du bois.
— Combien d’hommes logent dans le château ? demande du Guesclin à l’homme.
— Seigneur du Guesclin, répond l’homme, tremblant, le capitaine anglais est parti hier, avec ses soldats.
— Il est parti, dis-tu ?
— Oui, messire, dit l’homme.
— Connais-tu un moyen de pénétrer dans le château ?
— La chose est très difficile, messire. Les portes sont ouvertes bien peu souvent…
— Et quand sont-elles ouvertes ?
— Eh ! bien, quand on y apporte de la nourriture, ou du bois. Tenez, par exemple, on doit livrer du bois au château, prochainement.
— Du bois au château, dis-tu ? et Bertrand se met à réfléchir.

Il imagine une ruse. Le lendemain, au petit jour, Bertrand et ses hommes se déguisent en bûcherons. Chargés de lourds fagots, ils se présentent devant le pont-levis de Fougeray. Les gardent l’abaissent sans méfiance. Aussitôt, Bertrand et ses hommes jettent leurs fagots en travers de la porte pour bloquer le pont, et brandissent des haches tirées de sous leurs manteaux. Les Anglais sont bien plus nombreux, mais surpris de cette attaque, ils reculent dans la cour du château.

Bertrand et ses hommes se battent avec courage, dans les escaliers, les couloirs et les tours. Enfin, ils ont conquis toute la forteresse. A ce moment, le capitaine anglais revient avec ses soldats. Le combat s’engage contre Bertrand et ses hommes. Par chance, un grand nombre de chevaliers français suivaient les Anglais. Ils arrivent au secours de du Guesclin. Le combat fait rage dans les grandes pièces, dans les escaliers, dans les coursives ! Les Anglais sont enfin battus !

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Bertrand est armé chevalier. Il prend alors pour devise « Le courage donne ce que la beauté refuse. » Il sait qu'il est laid mais il a du courage et il veut qu'on le sache.

En 1356, du Guesclin va défendre Rennes assiégé par les Anglais. Il se bat tant et si bien que le dauphin Charles, futur roi de France, reconnaît sa valeur.

— Messire du Guesclin, vous avez défendu la France avec grand courage. Je vous nomme capitaine de Pontorson. Continuez à vous battre vaillamment.

A la bataille de Cocherel, les Français sont à nouveau vainqueurs. Bertrand s’est encore une fois illustré par sa bravoure. Il est alors nommé lieutenant général de Normandie et comte de Longueville.

Après cette victoire, il vole au secours de Charles de Blois en Bretagne. Mais en septembre 1364, il est fait prisonnier par les Anglais, à la bataille d'Auray. Le roi de France paie la rançon de 100.000 livres, une grosse somme d’argent.

— C’est une fort grande dépense, sire… lui fait remarquer son trésorier
— Certes, mais c’est une dépense bien utile au royaume. Le chevalier du Guesclin est l’un de mes plus braves chevaliers.

L’année suivante, le roi de France le convoque.

— Chevalier du Guesclin, un grand malheur frappe le royaume. Des brigands, les Grandes Compagnies, pillent nos provinces, tuant les pauvres gens et détroussant les voyageurs. Ces gens rentrent dans les fermes et obligent les gens à dire où se trouve leur argent, en les brutalisant.
— Ah ! les mauvaises gens ! les bandits ! les damnés ! les...
— Reprenez-vous, du Guesclin, lui dit un conseiller.
— Mais quoi, notre cher Bertrand est en colère et j'en suis heureux ! Irez-vous les combattre ?
— Vous avez raison Sire roi, dit en se calmant du Guesclin, vous pouvez compter sur moi. Nous allons débarrasser le royaume de ces... enfin de ces gens, quoi.

chevalier du Guesclin, Bertrand du Guesclin, connétable de France

Du Guesclin, homme petit, laid, mais terriblement efficace

Bertrand réussit l’exploit de vaincre presque tous ces bandits, en les traquant dans les taillis, les sous-bois, les chemins, les collines escarpées où ils se réfugient et vendent chèrement leur peau. Ce sont des gens qui savent se servir du couteau ou de la hache. Mais il y arrive enfin. En même temps, il conduit une guerre acharnée contre les Anglais. Il les chasse de Normandie, de Guyenne, de la Saintonge et du Poitou. Il invente la guerre d'embuscade que l’on appelle guérilla. D’habitude, les chevaliers français menaient de grandes campagnes, avec tout l’ost, c’est-à-dire toute l’armée rassemblée. Mais Bertrand a seulement un petit nombre de soldats. Cela lui convient, car il préfère la surprise aux grandes batailles. Il assiège château après château. Bien souvent, l’assaut est rapide et victorieux. De vrais commandos ! Souvent, il ruse. Ainsi, à Niort, il fait revêtir ses soldats de l'uniforme anglais. L'ennemi, confiant, ouvre les portes de la ville et l'armée française s'en empare.

Avec sa petite troupe de quelques centaines d'hommes, il obtient des résultats plus importants qu'avec une armée nombreuse, coûteuse et lente. Son petit groupe d’élite, bien uni, attaque à l'improviste, en restant insaisissable. L’ennemi se sent toujours menacé, et, peu à peu, est découragé.

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Maintenant, du Guesclin est vraiment célèbre.

— Sire du Guesclin, lui dit le roi, j’ai besoin de vous en Espagne, pour conquérir la région de Castille. Et cela va nous permettre de nous débarrasser des brigands qui restent dans les Grandes Compagnies aux abords des Pyrénées. Proposez-leur de mourir ou de combattre dans notre armée !

Du Guesclin part combattre en Espagne. Mais il est si hardi qu’il est fait prisonnier, et Charles V doit encore payer sa rançon. Il entreprend une seconde campagne et, en 1370, c’est la victoire. Un allié du roi de France monte sur le trône de Castille.

Le nouveau roi espagnol estime tant du Guesclin qu’il lui donne de l’or et le fait connétable de Castille, duc de Molinà, duc de Soria et roi de Grenade !

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Cependant, de graves messages parviennent de France, il lui faut revenir. Les Anglais se préparent à attaquer Paris. À son retour, il est nommé connétable de France, c’est-à-dire l’un des titres les plus importants de France. Quel grand honneur pour ce petit Breton, qui ne sait ni lire ni écrire, et qui était le plus vilain garçon de son pays natal !

Bertrand n’a qu’un seul but : chasser les Anglais de son pays. À la tête de ses troupes, il traque l’ennemi sans relâche. Et partout, il triomphe. Entre 1370 et 1373, il gagne toutes ses batailles. Il est vraiment le libérateur de la France.

Hélas, en 1380, pendant le siège d’un château, après avoir combattu en plein soleil, il boit de l’eau glacée. Il est pris de fièvre et meurt en quelques jours. Tout le pays est consterné.

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Le roi craint que la foule ne soit très nombreuse à vouloir lui rendre hommage. Il décide de faire transporter son corps en secret, la nuit, à la basilique de Saint-Denis. Le connétable du Guesclin a le grand honneur d’y être enseveli auprès des rois de France.

C’est une triste nouvelle pour le royaume de France. Bertrand était fort et vaillant, mais surtout il était simple. On dit que jamais homme ne fut de sa vie plus aimé du peuple de France avant sa mort, qui fut tant pleurée.

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