Léonard de Vinci

0  comments

Écoute bien : voici l’histoire d’un homme extraordinaire, un admirable touche-à-tout, un artiste génial : Léonard de Vinci. Peut-être as-tu déjà pu admirer au musée du Louvre sa peinture de la « Joconde », cette dame au sourire mystérieux ?

La_gioconda Léonard de Vinci

Léonard de Vinci est l'un des grands personnages de la Renaissance, une période où l’on appréciait beaucoup les arts, les lettres et les inventions.

A cette époque, on voit apparaître en Italie de nombreux artistes, des peintres, des musiciens, des sculpteurs, et c’est dans ce pays que naît Leonardo en 1452, près de la riche cité de Florence. C’est une ville si belle, qu’on raconte que certains, patatras ! se sont évanouis devant tant de beauté.

Firenze-bynight Florence près de Vinci, Léonard de Vinci

Ses premières années se passent au village de Vinci. Quel chançard : il a cinq parrains et cinq marraines, et tous habitent le village.

Vinci village Léonard de Vinci
Vinci, le village du jeune Léonard

Son grand-père, Antonio, l’encourage à observer attentivement la nature : « Ouvre l’œil, mon garçon ! Regarde comme les choses qui nous entourent sont belles et bien faites ». La nature, assurément, il l’observera et l’aimera toute sa vie. Certains disent qu’il lui arrivait souvent d’acheter des oiseaux en cage pour leur rendre la liberté.

Léonard a aussi beaucoup d’affection pour sa grand-mère Lucia. Elle est céramiste (elle fait des objets en céramique comme des coupes ou des cruches) et c’est elle qui lui transmet l’amour des arts.

Avec les autres enfants du village, il apprend un peu de lecture, d’écriture et de mathématiques. Il n’a pas une très bonne orthographe…

Il s’amuse souvent à dessiner sa famille, ses amis, les animaux, tout ce qu’il voit. Il dessine si bien, que son père décide de montrer ses œuvres à un ami, le grand peintre Andrea del Verrochio.

1024px-Andrea_del_Verrocchio,_Leonardo_da_Vinci_-_Baptism_of_Christ_-_Uffizi
Le baptême du Christ par Andrea del Verrocchio. On voit nettement que les peintres de l'époque s'inspiraient de modèles.

— Signor del Verrochio, voici les croquis de mon fils Leonardo. Pensez-vous qu’il pourrait apprendre l’art du dessin ? Serait-il doué dans ce domaine ?
— Doué ? Mon ami, ses dessins sont remarquables !
— Le prendriez-vous dans votre atelier ?
— S’il est d’accord de suivre la règle des apprentis et travailler sans jamais se plaindre, je l’accepterai.

C’est ainsi qu’à 17 ans, Léonard débarque à Florence. Être élève dans cet atelier prestigieux est une grande chance pour lui. Andrea del Verrochio qui pratique la peinture, la sculpture et beaucoup d’autres arts lui transmettra une grande partie de son savoir.

Ses compagnons d’apprentissage, de jeunes garçons comme lui,  deviendront aussi de grands peintres : Botticelli, Ghirlandaio, Le Pérugin.

Au début, on lui confie de menues tâches.

— Mon garçon, lui déclare son maître, avant de devenir un grand peintre, il te faut apprendre à préparer les couleurs et nettoyer les pinceaux. Et tous les soirs, tu balayeras l’atelier.

Pendant un an, Léonard exécute ses corvées à l’atelier. Puis, on lui permet de dessiner ici un ange, là un berger.  Après quelques années, Verrocchio lui fait un grand honneur :

— Léonard, vois-tu ce tableau que j’ai peint moi-même ? Tu pourras finir d’en peindre les détails.

Le jeune homme révèle un talent exceptionnel pour tous les arts. Il peint des tableaux ou des fresques, sculpte le marbre, mais il apprend aussi la chimie et les mathématiques. Curieux de tout, il expérimente dans toutes les disciplines artistiques et scientifiques.

Le plus célèbre tableau de Boticelli : Naissance de Venus
Le plus célèbre tableau de Boticelli : Naissance de Venus

A vingt ans, il peint sa première œuvre, « L’annonciation ». Il est remarqué par le gouverneur de Florence, le duc Laurent de Médicis, qui est connu pour le soutien qu’il apporte aux artistes. Il est très jeune, mais déjà on apprécie son talent, et on lui commande beaucoup de tableaux. Le moment tant attendu est arrivé : il devient maître-peintre à son tour.

Laurent de Medicis dit le Magnifique, protecteur de Léonard de Vinci
Laurent de Medicis, dit le Magnifique

— Seriez-vous capable de me peindre une Vierge à l’enfant, en prenant comme modèle ma femme et mon fils nouveau-né ?
— Volontiers.
— Combien cela me coûtera-t-il ?
— Je travaille à l’heure. Si les modèles se tiennent sagement, cela coûtera moins cher.

Léonard est vraiment très doué, mais il n’a pas bon caractère. Parfois, il se fâche avec ceux qui lui ont commandé des peintures.

— Avez-vous bientôt fini mon tableau, maître ? lui demande le client inquiet.
— Ai-je dit qu’il serait fini avant aujourd’hui ?
— Non, mais j’estime que deux semaines sont assez pour le finir, en travaillant correctement.
— Signor, est-ce vous le peintre, ou moi?
— Certes, je ne le suis pas. Mais…
— Pour ce tableau, il vous faudra attendre encore un mois.
— Un mois ? Mais enfin, comment pouvez-vous peindre aussi lentement ?
— Eh ! monsieur, c’est que votre femme n’est pas aussi belle que la Très Sainte Madone. Je dois corriger certains défauts de sa physionomie. Regardez ce nez, on dirait une patate au milieu du visage. Ses joues sont creuses ; lui donnez-vous assez à manger ? Et ses dents… on dirait un tas de cruches brisées ! Quant au bébé…
— Quoi, le bébé ?
— Il vous ressemble.
— Et alors ?
— Et alors, vous n’êtes pas aussi beau que le petit Jésus…

Le marchand sort, furieux, claquant la porte de l’atelier. Léonard grommelle :

— Ce marchand m’ennuie ! Je finirai ce tableau quand bon me semblera !

800px-Dama_z_gronostajem
La dame à l'hermine

La vérité, c’est que Léonard a beaucoup de mal à se mettre au travail et encore plus de mal à terminer ses œuvres. Il commence, plein d’enthousiasme, puis une nouvelle idée lui vient en tête et voilà qu’il passe à autre chose !  Toujours insatisfait, il remet les tracasseries au lendemain. Il gardera ce défaut toute sa vie, si bien qu’au final, il peindra très peu de tableaux, une vingtaine seulement. Il faut dire aussi que, malgré son immense talent, la peinture ne l’intéresse pas vraiment. Ce qui le passionne surtout, c’est de réfléchir, d’élaborer des machines, d’inventer de nouveaux objets, de dessiner des plans de canaux pour acheminer l'eau dans les villes. Il a tant et tant d’idées !

A trente ans, il est lassé de Florence :

— Personne ici n’apprécie mon talent, je pars pour Milan ! Le duc Ludovic Sforza sera sûrement intéressé par mes travaux.

Il part en laissant derrière lui (une fois encore…) une peinture inachevée : « L’adoration des Mages », ce qui laisse embarrassés les moines de San Donato qui lui avaient commandé cette œuvre.

Arrivé à Milan, Léonard propose donc ses services au duc, non pas comme peintre, mais comme ingénieur. Il a déjà réfléchi à plusieurs inventions ou cogité sur l'amélioration de techniques existantes: une horloge, un métier à tisser, une grue… Sa science progresse dans tous les domaines. Pourtant, il sait qu’il lui reste tant de choses à découvrir.

leonard-de-vinci-engrenage

— Signor da Vinci, lui demande le duc, les dominicains de Santa-Maria-delle-Grazie souhaiteraient une fresque (une peinture murale) pour le réfectoire de leur couvent.
— Que pensez-vous d’une représentation de la Sainte Cène ? suggère le peintre.
— Ce sera parfait.

Cette fois, hourra ! Léonard finit son ouvrage. La fresque est magnifique. Seulement voilà, quelques années plus tard, on réalisera que les couleurs ne tiennent pas au mur. Quelle déconfiture !

— Que se passe-t-il ?
— Quoi donc, monsieur l’abbé ?
— Regardez par vous-même, mon Fils, il y a des cloques dans cette fresque et ici, la peinture se détache. Une vraie calamité !

Hélas, emporté par son esprit inventif, Léonard de Vinci avait employé une nouvelle technique de peinture très personnelle, mais qu’il ne maîtrisait pas. Il faudra restaurer le chef-d’œuvre à plusieurs reprises pour ne rien perdre de sa beauté.

Peu de temps après, un nouveau défi l’attend. Un défi d’architecture cette fois, très technique: il participe à la construction du dôme de la cathédrale de Milan.

En 1499, branle-bas de combat au duché de Milan ; le roi de France Louis XII donne l’assaut et Ludovic Sforza, vaincu, s’enfuit en Allemagne. A cette époque, Léonard de Vinci est déjà très connu en France et le roi lui commande à son tour une peinture.

— Monsieur de Vinci, je voudrais offrir à mon épouse, la reine Anne de Bretagne, un portrait de sa sainte patronne. Voulez-vous exécuter cette œuvre ?
— Je le ferai, Sire.

Mais (tu le connais un peu maintenant, tu peux deviner ce qui s’est passé…), Léonard n’a pas précisé le délai et ni Louis XII ni Anne de Bretagne ne verront cette œuvre terminée ! L’artiste va y travailler sans cesse, pendant plus de vingt ans, la perfectionnant jusqu’à sa mort.

Quelques années plus tard, quand le duc Sforza revient à Milan, Léonard de Vinci s’enfuit à Venise, une autre grande cité italienne construite sur l’eau, avec des canaux à la place des rues. Pour défendre la ville contre une éventuelle invasion des Turcs, il conçoit un projet de rempart flottant. Il imagine également un sous-marin, qui permettrait de percer la coque des navires ennemis. Mais les Turcs n’attaquent pas et l'invention ne sera jamais utilisée. Léonard retourne à Florence, là où tout avait commencé. Il a alors cinquante ans.

Cette fois, c’est le gouvernement de Florence, le Grand Conseil, qui lui commande une fresque.

hydrolics1— Signor da Vinci, la république de Florence doit être mise à l’honneur dans le palais municipal. Vous allez représenter la bataille d'Anghiari, notre victoire sur Milan, sur un mur de la salle du Conseil. Sur l’autre mur, Michelangelo peindra la victoire de Cascina contre Pise.

— Comment ? Me faire travailler en même temps que ce peintre-apprenti ?

— C’est notre volonté, da Vinci ! Les fournitures vous seront livrées bientôt, et vous pourrez nous présenter vos dessins préparatoires.

Mais là aussi, Léonard expérimente une nouvelle technique de peinture, et c’est l’échec : les couleurs ne sèchent pas sur le mur, et il finit par abandonner son ouvrage. Les deux peintures seront détruites quelques années après, lors du changement de gouvernement et du retour au pouvoir des Médicis.

1920px-Última_Cena_-_Da_Vinci_5
La Cène

Un beau jour, un marchand nommé Francisco del Giocondo, vient le voir dans son atelier.

— Maître, je voudrais vous commander un portrait de ma femme, Mona Lisa.

Léonard n’a pas très envie de le faire, mais il a besoin d’argent. Alors il accepte un peu à contrecœur, sans se douter que ce tableau deviendra l’un des plus célèbres au monde, connu sous le nom de la « Joconde ». La jeune femme est représentée à sa fenêtre, ébauchant un doux sourire. Mais là encore, voyez-vous ça … l’histoire se répète : notre artiste effronté refuse de livrer sa peinture, voulant la retoucher sans cesse, ce qu’il fera d’ailleurs jusqu’à sa mort. Del Giocondo ne pourra jamais admirer le portrait de sa femme.

Leonardo_self
Autoportrait de Léonard

Avec son ami l’écrivain Machiavel, Léonard conçoit un projet de canalisation du fleuve Arno. Il imagine une grue qui permettrait de creuser un canal de Florence vers la mer et ainsi d’éviter les inondations de la cité. Il travaille également comme ingénieur militaire, dessinant des armes comme l’arquebuse, ou des engins de siège, catapultes ou balistes (ancêtres du trébuchet).

En 1513, à soixante ans, il part à Rome, invité par Julien de Médicis, frère du pape Léon X. Il fait la rencontre de peintres comme Raphaël ou le Titien et y retrouve son rival : Michel-Ange. Hélas, on le trouve trop vieux et on ne lui commande plus aucune peinture.

— Les Médicis m’ont fait connaître à Florence, mais ils m’abandonnent à Rome, se lamente le maître. On préfère maintenant les nouveaux artistes, comme ce Michel-Ange !

Peut-être aussi que les mécènes sont tout simplement découragés par sa mauvaise habitude de ne pas terminer ses œuvres ?

Quatre ans après, sur l’invitation du roi François Ier, il entreprend un long et difficile voyage vers la France. Les guerres d’Italie ont fait connaître aux Français l’art italien : peinture, sculpture, musique, et François Ier veut faire de son royaume la seconde patrie des arts.

A dos d’âne, le peintre-ingénieur traverse les Alpes et arrive à la ville d’Amboise, sur la Loire. Il apporte trois peintures, dont la Joconde et la Sainte Anne commandée des années auparavant par Louis XII (souviens-toi, cet autre roi de France).

.

water2

Le roi le nomme « premier peintre, premier ingénieur, et premier architecte du Roi », lui accorde une généreuse pension, (c’est-à-dire de l’argent), et lui donne le château du Clos-Lucé :

— Ici, Maître, vous serez libre de rêver, de penser et de travailler.

Il considère Léonard de Vinci comme un des grands esprits de son siècle et apprécie leurs longues conversations.

280px-Da_Vinci_Vitruve_Luc_Viatour

Malgré son âge, Léonard de Vinci n’est pas à court d’idées. Il organise des fêtes magnifiques pour la cour du roi, dessine un palais, ébauche le plan d’un canal entre la Loire et la Saône.

Ce sera son dernier projet.

Il meurt le 2 mai 1519.

On le connaît surtout comme peintre, pourtant il n’aura produit qu’une petite vingtaine de tableaux. Peu de peintures, oui mais de nombreux carnets de notes qui fourmillent de dessins, de croquis, d’ébauches, de pensées témoignant de sa curiosité sans fin pour les sciences. C’était un grand visionnaire, un homme très en avance sur son temps qui imaginait des choses auxquelles personne ne pensait. À utiliser sur terre (un char ou même une automobile), sous l’eau (un scaphandre) ou dans les airs (des machines volantes comme un hélicoptère), on ne compte plus le nombre d’inventions fascinantes qu’il a tirées de son chapeau. Il a également beaucoup travaillé sur l’anatomie, la science du corps humain.

Peu de ses idées ont été réalisées de son vivant mais aujourd’hui, sans le savoir, on utilise beaucoup d’instruments qui avaient été pensés par son génie créatif il y a plus de 500 ans.

0803fulton03
Projet de sous-marin avec hélice

About the author 

Max Montgomery

Max Montgomery, auteur du roman "Reinhardt Tarkand", a écrit des milliers de pages pour les enfants. Collectionneur de parcours, c'est un éducateur, un aventurier polyglotte. Père de 10 enfants, il se lance dans l'aventure de l'écriture en ligne et construit plusieurs sites populaires.

You may also like

La chanson de Roland : Partie 2

L’invention de la mongolfière

La chanson de Roland : Partie 1

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked

{"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}

Subscribe to our newsletter now!

>
error: Alert: Contenu protégé