Marco Polo

Marco Polo Tableau Canaletto, vue de l'entrée de l'arsenal

Dans un palais de Venise, il y a de cela fort longtemps, un petit garçon interrogeait sa maman :

— Maman, quand est-ce que papa va revenir ? Raconte-moi encore les voyages qu’il fait.

Ce garçon s’appelait Marco Polo. En français, on pourrait dire Marc, Marc Paul.

— Quand Baudouin était empereur de Constantinople, répondait sa maman, deux gentilshommes de la très illustre famille des Polo…


— Vous parlez de papa et oncle Matteo ? demanda le garçon.
— Oui, Marco. Donc, deux gentilshommes s’embarquent sur un bateau chargé de marchandises. Poussés par le vent qui gonfle la voile, ils traversent la mer Méditerranée puis, avec le secours de Dieu, ils arrivent à Constantinople….
— Moi aussi, quand je serais grand, je partirai avec eux !

Voilà les histoires que sa maman racontait à Marco. Hélas, quand  son père Niccolo Polo rentra enfin, Marco avait déjà 15 ans et sa mère était morte.

Portrait de l'empereur Koubilaï khan

Mais voici ce que sa maman avait eu le temps de raconter à Marco. Son père et son oncle Mattéo, autrefois, avaient dû quitter Constantinople à cause de la guerre. Les deux riches marchands étaient partis s’installer sur les bords de la mer Noire, puis s’étaient aventurés jusqu’en Chine, au prix de mille embûches, traquenards, maladies et pertes d'affaires. Ce pays était dirigé par l’empereur Koubilaï Khan, petit fils du grand Gengis khan qui avait fondé le puissant empire mongol.

Un ami de Koubilaï khan leur dit un jour :

— Seigneurs marchands, vous qui êtes de l’Europe lointaine, je vous dis que le Grand Empereur n'a jamais vu aucun Européen et qu'il a grand désir et volonté d'en voir, et d’apprendre comment sont ces pays lointains. Si vous voulez venir avec moi, il vous recevra avec plaisir, puisque vous êtes des hommes sages.
— Nous irons volontiers voir le Grand khan, répondirent les frères Polo.

Kubilai_recevant_les_cadeaux_du_pape Marco Polo et le Livre des Merveilles

Koubilaï recevant les cadeaux du pape

Ils furent présentés à l’Empereur, qui leur posa beaucoup de questions sur leur pays. Le khan fut si content qu’il les invita souvent.

— Voici une lettre pour votre Pape, leur dit-il un jour. J’invite à ma cour ses savants, ses artistes, tous ceux qui pourront nous montrer ce que c'est que l’Europe et la Chrétienté.

Les Vénitiens lui promirent de transmettre le message. Et c’est ainsi que Niccolo et Matteo revinrent à Venise en l’an 1269.

Polo_quittant_Venise Marco Polo et le Livre des Merveilles

Ils transmettent au pape l’invitation du khan et se préparent à repartir en Chine. Mais ce long voyage ne s’improvise pas ! Il leur faut deux ans de préparatifs, si bien que le jeune Marco, maintenant âgé de dix-sept ans, est en âge de s’embarquer avec son père et son oncle. Les voilà qui partent part pour la Chine ! Deux prêtres les accompagnent.

Après avoir débarqué de leur navire, les voilà en Irak, puis en Syrie, puis se mettent en route vers l’Arménie. Là, les deux prêtres missionnaires renoncent, effrayés par la longueur du voyage. Courageusement, les trois hommes de la famille Polo continue.  Au début de l'an 1272, ils sont sur le chemin de la montagne dénommée Ararat, où Marco voit jaillir les sources d'une huile ardente. Ils passent en Perse et franchissent les hauts plateaux d’Afghanistan. Ils traversent le désert salé. Marco tombe malade, et ils y restent un an. Marco en profite pour apprendre plusieurs langues.

Pendant trois longues années, ils voyageront ainsi sur les routes de la soie, ces chemins empruntés par les caravanes transportant des épices, de l’or, des pierres précieuses, entre l’Europe et la lointaine Asie. Voyage extraordinaire, plein d’aventures, d’attaques, de maladies !

Blason des Polo

Blason des Polo

Enfin, après la traversée du désert de Gobi, les voilà arrivés en Chine, chez l’empereur Koubilaï.

Ils découvrent un superbe palais, dont les pièces sont décorées de magnifiques peintures d'oiseaux, d'arbres et de fleurs. Les vêtements des courtisans sont faits de soie et d’or, doublés de fourrures.

Devant le khan, les voyageurs se prosternent le visage contre terre, suivant la coutume du pays. Ils sont très impressionnés par la splendeur du palais, et la puissance de l’empereur. Nuit et jour, il est gardé par trois mille cavaliers !

Pendant plus de seize ans, tandis que son père et son oncle continuent leur commerce et gagnent beaucoup d’argent, Marco Polo voyage dans toute la Chine, de la Russie au Tibet, de la Corée au Cambodge, envoyé en missions par le khan. Il découvre ainsi la grande civilisation chinoise, inconnue des Européens.

Marco Polo décrira ensuite dans un livre ce monde merveilleux, où abondent les pierres précieuses, les épices et les étoffes de soie, où les belles dames vivent dans des palais, où des bêtes monstrueuses hantent les campagnes. Mais au-delà des légendes, il établira des cartes géographiques et racontera les coutumes locales. Il expliquera comment est organisé le pays, comment le khan gouverne, et ses conquêtes militaires.

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Tente à auvent chinoise

Il raconte aussi des inventions inconnues en Europe. Saviez-vous qu’en ce temps-là, les Chinois utilisaient déjà des billets de banque, au lieu d’échanger des pièces d’or ou d’argent ? Ils connaissaient également le charbon, tiré des sous-sol, qui brûle plus longtemps que le bois. Les Chinois connaissaient aussi la poudre explosive. Ils faisaient de grandes fêtes avec des cerfs-volants, qu'on ne connaissait pas en France.

Montage de la tente mongole

Marco Polo décrit également les Tartares qui ont envahi la Chine (on appelait Tartares le peuple mongol). Ce sont des nomades qui élèvent de grands troupeaux de moutons. Ils les conduisent de pâturage en pâturage à travers le pays ; en été, ils vont sur les montagnes, pour y chercher la fraîcheur des bois et des alpages. En hiver, ils se retirent dans les vallées.

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Chariot mongol ancien

Ils habitent dans des tentes, qu’ils installent en campements parfois immenses, les yourtes[1]. Ils ont des chariots couverts, traînés par des chameaux, dans lesquels ils transportent les femmes, leurs enfants et tous leurs biens. Les Tartares ne font pas de pain mais font bouillir du riz avec du lait et de la viande, ou fabriquent des fromages.

L’empire chinois est très vaste, et l’administration très bien organisée. Ainsi, pour acheminer rapidement les messages jusque dans les provinces éloignées, des relais ont été construits partout. Les messages sont parfois aussi apportés par des coureurs à pieds. Ces hommes portent une ceinture garnie de grelots. Lorsque le khan remet une lettre à un coureur, il parcourt trois milles en courant. Au relais, on l'entend arriver de loin grâce à ses grelots. Immédiatement, un autre coureur se prépare, de jour comme de nuit. Il y a aussi des postiers à cheval, naturellement. Ainsi le khan obtient en peu de temps des nouvelles d'événements qui se sont passés loin de son palais. Ces messagers peuvent aussi apporter des objets. Il arrive qu'on cueille des fruits à Pékin et que, le soir même, ils soient parvenus au Grand khan à Xendu !

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Enfin, après vingt ans de voyage, les Polo souhaitent revenir dans leur pays.

— Ô Grand khan, permettez-nous de retourner dans notre Venise natale. Les années passées loin des nôtres attristent notre cœur.
— Vous avez été de fidèles amis et vous m’avez rendu bien des services. Je regretterai votre départ, mais je vous accorde cette autorisation. Je vous confie une dernière mission : accompagner ma fille, la princesse, qui va épouser le roi de Perse.

Marco Polo, son père et son oncle à la cour du Grand khan

Ainsi, en 1291, la famille Polo s’embarque pour l’Europe. Mais le voyage du retour est long et dangereux. Les navires passent par les îles de Sumatra, en Indonésie, puis Ceylan en Inde.

La princesse est remise saine et sauve en Perse à son royal époux. Les vénitiens continuent leur voyage par la terre, jusqu’à Constantinople.

Sumatra

Sumatra

Ceylan

Enfin, les voilà de retour à Venise, en 1295, après vingt-quatre ans d’exil.

En ce temps là, Venise était en guerre contre Gênes, une autre puissante cité d’Italie.

Au cours d’une terrible bataille navale, en septembre 1298, les Génois capturent sept mille Vénitiens. Marco Polo se trouve là et se retrouve enfermé, comme les autres, dans les prisons de Gênes.

C'est grâce à cela qu'il va devenir célèbre !

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— J’étouffe dans cette prison ! se plaint l’explorateur. J’ai connu les vastes espaces de Chine, chevauché dans les steppes immenses de l’Asie, navigué sur toutes les mers du globe, et me voilà enfermé dans cette geôle !
— L’ami ! lui dit un compagnon d’infortune, n’espère point être libéré avant de longs mois. Mais à nous deux, nous allons transformer cette captivité en bonne fortune. Je me nomme Rustichello, de Pise.
bucentaure— Qu'est-ce que cela me fait ?! J’enrage entre ces quatre murs !
— Dieu m’a donné le talent de conteur et j’écris des romans. Raconte-moi tes aventures merveilleuses et je vais écrire ces précieux souvenirs dans un livre. Je devine qu’il sera lu dans le monde entier !
— Le crois-tu ?
— Je le gage.

En effet, l’ouvrage sera publié quelques temps après : c’est « le Livre des Merveilles du Monde ». Il est écrit en français : c’est la langue que parlent les gens instruits de cette époque, partout en Europe. Tout le parcours incroyable de Marco Polo y figure.

Certains ne croient pas à tout ce que raconte Marco Polo et le soupçonnent d’avoir inventé ces voyages.

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— Avez-vous lu ces fables ? Comment des choses aussi extraordinaires pourraient-elles exister ?
— Ce Marco Polo, on l'appelle "Monsieur Million". C'est l’homme qui raconte un million de merveilles et qui voudrait nous faire croire qu’il est allé non pas seulement au Liban, non pas seulement en Judée, non pas seulement en Perse, non pas seulement aux Indes comme Alexandre le Grand, mais jusqu’en Chine comme personne avant lui !

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Marco Polo à Boukara

Pourtant, c'est vrai, il y est allé. Ses récits sont assez justes et les cartes qu’il a tracées ont été utilisées par de nombreux voyageurs. Il a ainsi inspiré Christophe Colomb, Vasco de Gama, et bien d’autres explorateurs.

Marco Polo est libéré l’année suivante. Il épouse Donata Badoer, la fille d’un riche marchand vénitien. Ils auront trois filles. Renonçant à ses voyages, il reste à Venise auprès de sa famille, se consacrant au commerce, s’impliquant dans la vie de la cité.

Au début de l’année 1324, Marco Polo, après une vie bien remplie, meurt à l’âge de soixante-dix ans.

Son Livre des Merveilles a été écrit avant l’invention de l’imprimerie ; c’est l’un des rares ouvrages manuscrits qui a connu un succès très important. Chacun de ces livres a donc été recopié à la main !

A sa mort, le voyageur vénitien est célèbre dans toute l’Europe.

[1] : la yourte n’est pas la tente mais le camp qui les regroupe.

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