Pourquoi je ne dis pas tout aux enfants

Pourquoi est-ce que je ne dis pas tout aux enfants ?

L'Histoire est évidemment bien plus complexe et parfois même plus affreuse que ce que vous lisez sur mon blog, destiné aux enfants. Evidemment.

On ne compte pas les horreurs, les massacres, les viols de tous les temps.

Certains pensent qu'il faut tout dire aux enfants, ou du moins ne serait-ce qu'une large partie.

Je ne le crois pas. Car si l'on pense lui rendre service, on se trompe.

Pourquoi est-ce qu'on ne leur dirait pas la vérité toute crue, parfois horrible ?

L’Histoire est une matière qui peut faire découvrir ces choses abominables.

C'est souvent en termes chastes que les historiens antiques nous exposaient les pillages, les sacs, les razzias. La Bible aussi a des mots brefs qui avaient un sens alors, bien plus fort qu'aujourd'hui. Quand on lit "La famille du roi fut dépossédée de ses biens et ses serviteurs dispersés", il faut comprendre que l'on a fait irruption dans le domaine, on a tout volé, mis le feu, et massacré plusieurs serviteurs.

C'est un peu comme aujourd'hui quand le gouvernement dit qu'il faut agir "avec la plus grande fermeté contre l'extrême-droite", cela veut dire que des gens, innocents pour la plupart ou coupables seulement de pensées, verront leurs comptes bancaires saisis, leur maison vendue, ils seront dans l'impossibilité de retrouver du travail, on les privera de leurs droits sociaux, leurs comptes sur les réseaux sociaux seront fermés, il y aura des condamnations au tribunal (injustes naturellement mais c'est la règle) et les policiers auront pour consigne de les arrêter sur la route trois fois par semaine.

Une maman me signale que Christophe Colomb, ce fut une affaire parfois horrible. Elle a raison.

Mais devons-nous tout raconter aux enfants ?

Oui, c'est vrai, il y a bien des choses assez dramatiques dans le parcours de Christophe Colomb. Et dans le parcours d'autres explorateurs.

Ces explorateurs, dont certains que l'Eglise a formellement récusés, disaient le contraire des évidences affirmées par les religieux (sur la distance entre l'Europe et l'Asie, sur les routes à prendre, etc.) (déjà !). On  en a vu qui employaient leurs chiens pour traquer et dévorer les Indiens. Colomb en fut.

Sur cette question des Conquistadors, il y a beaucoup d'hypocrisie mais là n'est pas la question*.

On prétend souvent, à Gauche, que c'était "les Espagnols", méchants catholiques. Or, c'était justement des bandits qui fuyaient l'Eglise et s'en défiaient. Pizzare, bouvier de son état, devint un vrai grand gangster criminel que l'Eglise n'a jamais encensé, au contraire !

Dire tout cela aux enfants ?

Mais je n'ai pas voulu raconter ces horreurs aux enfants.

Mettre en accusation l'Humanité toute entière pour quelques-uns, coupables, auprès d'un enfant, est catastrophique.

Le Christ disait qu'il ne dirait pas tout à ses disciples, parce qu'ils n'étaient pas prêts à tout entendre.

A fortiori, un enfant ne peut pas et NE DOIT PAS tout entendre.

D'abord parce qu'il faut le protéger, lui.

Ensuite parce qu'il faut protéger son prochain contre une vision qu'il pourrait avoir, radicale et dangereuse, en grandissant: car l'enfant qui entend des horreurs racontées par sa mère développe un sentiment qui dit: "Le monde est peuplé de monstres, sauf maman", qui devient plus tard, au cours du retournement psychologique de l'adolescence: "Le monde est peuplé de supers copains géniaux mais il y a quand même un monstre: ma mère, qui est possessive et qui n'arrête pas de m'embêter et me surveiller."

L'enfant entend différemment de vous, il se crée des schémas facilement: bons et gentils.

C'est ce qu'il faut éviter.

De plus, de manière générale, on comprend bien mieux l'Histoire quand on en a eu une version simple, et même édulcorée. Nécessairement édulcorée puisque vous ne raconterez pas à l'enfant l'horreur du massacre de Carthage par Rome. Vous ne direz que quelques mots qui en diront assez.

Autant on se doit de dire toute la vérité à l'étudiant qui est assez grand pour entendre, autant vous êtes prudent avec l'enfant.

L'intérêt, outre celui de protéger la pudeur de l'enfant, c'est aussi que cela permet à l'enfant arrivé à l'âge adulte de conquérir un vrai savoir et de se positionner en adulte. Un jeune adulte qui apprend que les choses se sont passées un peu différemment, s'établit en lui-même, prend confiance en lui et en une recherche plus poussée.

Voilà pourquoi il ne faut PAS tout dire à l'enfant.

Il y a aussi ce phénomène bien connu que le jeune adulte va prendre le contrepied de ce qu'il a appris et donc, si vous lui dites que l'Histoire fut telle, il ira vers la position contraire.

Il faut donc éviter de trop prendre position. Raconter les grandes et belles choses, et non les faits sordides ou la vérité trop comptable.


*: Sur les Conquistadors, je dis ailleurs:

Je suis de plus en plus frappé par la candeur avec laquelle on peut aborder des questions de ce genre. Depuis 20 ans, j’ai croisé mille fois, deux mille fois ces discours. A chaque fois j’ai répondu, d’un message original, sans copier-coller. Je voudrais vous poser une question : pourquoi vous parle-t-on chaque année du Tour de France, du Grand Prix de Monaco ou du Paris-Dakar ? Vous pensez que c’est parce que VOUS aimez ça ? Non. On en parle parce qu’il y a derrière de l’argent, des intérêts. Alors voyez-vous, si une idée est très répandue, vous pouvez être certains que c’est la même chose : elle est voulue par des gens qui ont des intérêts. Des gens, des institutions. S’il y a des troupes en Afghanistan, c’est qu’il y a un enjeu sur les gazoducs chinois. Il n’y a pas de « hasard ». Est-ce que jusqu’ici nous sommes entre gens d’accord ? Bien. On doit donc, à partir d’une certaine maturité, se méfier des idées reçues. Je lis par exemple qu'au moyen-âge, on brûlait des herboristes ? C’est pour faire plaisir à son public qu'on dit ça. Mais c’est faux. L'usage des plantes était fort répandu à l'époque des… supposés bûchers, d'abord. On soignait par les plantes, on buvait, on mangeait les plantes beaucoup plus qu’aujourd’hui, à l’époque de vos « bûchers », disons à l’époque que vous supposez, entre 900 et 1300. C'est à la Révolution, puis durant la guerre et dans les années 1950 et enfin aujourd'hui que la lutte contre les plantes s'est déclenchée, institutionnalisée, puis sanctuarisée au profit des labos. Dire que les médiévaux se faisaient brûler à cause des plantes est un fameux contresens qui montre à quel point la propagande révolutionnaire a fait son travail. En effet, les plantes c'était les religieux (je ne vais pas vous lister les abbayes qui ont produit des élixirs, des aromates, des boissons de jouvence, des alcools etc. ; ni vous rappeler que les 9/10ème des plantes auraient disparu si les religieux ne les avaient collectées). Les plantes, c’était donc la religion, et donc à supprimer le plus vite possible... voilà que nous retombons sur nos pieds.

Quant aux bûchers, pour la plupart imaginés, fruit d'une littérature fiévreuse qui nous ferait croire que les Balkans étaient peuplés de vampire ou que la Saint-Barthélémy a fait 50.000 morts, je vous recommande Jacques Heers qui vous remettra la culture à l'endroit. Ça va vous faire bizarre…

Les bûchers, c'est surtout an Angleterre protestante, et aux USA, où a eu lieu l'affaire des sorcières de Salem. Pas en France catholique, en Italie ou en Espagne. Les procès en sorcellerie, ce n'est pas l'Inquisition, qui n'a jamais tué pour les idées des personnes mais pour des délits de droit commun (rackets, viols, attaques etc.). Elle n'a d'ailleurs jamais tué directement !

Je dis aussi, encore ailleurs:

Quant à l'Inquisition: L'Inquisition fut un extraordinaire instrument de civilisation. Elle n'a, d'abord, tué personne : c'est le pouvoir séculier qui exécutait les décrets. Plus de 99% des gens sont graciés et, notons-le, TOUS LES CONDAMNES le sont pour des faits de droit commun: viol, meurtres, vols etc.

Ensuite, la Révolution française a tué plus de gens en deux semaines que l'Inquisition durant tout son temps.

L'inquisition en fait n'est qu'assez peu de chose, surexploitée par des modernes qui croient pouvoir trouver là l'exemple parfait pour éliminer le sentiment religieux et éradiquer le catholicisme. On l'a sans scrupule confondu avec les sorcières brûlées vives dans les pays protestants. C'est aux USA qu'a eu lieu l'affaire dites des "sorcières de Salem", et non en terre catholique.

Et il faut ajouter que les sentences de mort ne sont arrivées que tard, bien après la création de la vénérable institution. Saint-Dominique n'a jamais condamné personne et n'a fait que défendre l'Eglise attaquée par sa seule parole, subissant mille affronts et mille attaques.

Combien de prêtres tués lors de cette reconquête pacifique des terres versant dans l'aryanisme ou le bogomilisme par exemple ?

C'est bien plus tard que le pouvoir séculier a imposé cette manière de justice en instrumentant la Sainte Inquisition, qui de ce fait a perdu son statut.

Si bien que, durant les procès, les prêtres ont essentiellement passé leur temps à innocenter des accusés. Nul n'est mort pour ses idées. Il est vrai qu'on ignore tout de cette question et qu'on n'apprend plus rien à l'école et qu'on trouve des quantités de gens du commun à gloser sur cette Inquisition...

L'idée générale étant que la religion, surtout catholique en fait, c’est pas bien. Beurk. Vous ne trouvez pas bizarre que tout le monde pense comme ça ? A telle enseigne que les cathos eux-mêmes ne la ramènent pas beaucoup ? Il n’y a pas d’idée répandue par hasard. Alors les gens ne savent pas trop. Ils rejettent le catholicisme parce que c’est dans l’air ambiant, et puis si on gratte un peu on s’aperçoit qu’il existe un réflexe enfantin de rejeter son propre patrimoine, qui est universel, on voit la même chose au Japon ou chez les Aïnus. Tous les gamins de 16 ans rejettent la culture familiale, tous les jeunes adultes rejettent leur civilisation. Si on va un peu plus loin, ma foi, c'est si chic de penser zen et bouddhiste surtout quand, contrairement à moi, on ne connaît pas l'Asie, ni ne parle aucune langue asiatique ni fait aucune étude prolongée sur ces sujets. Il y a un boboïsme populaire de l’hétérogénéité. Montesquieu s’en amusait déjà : comment peut-on être persan, ma chère ? Grattons encore un peu et c’est la boîte de Pandore : la religion, ça tue (même si ça tue bien mois que l'athéisme ou le laïcardisme).

Et puis ça conditionne. Et puis ce n’est pas scientifique. Mais surtout le christianisme et dans les christianismes, surtout le catholicisme latin car le protestantisme américain est bien mois malmené, curieusement. Bref, beaucoup d’idées reçues. Le catholicisme, l'Eglise, c'est pas bien, voilà l'idée tellement répandue, croyance si forte dans le peuple.

Il y a une culture anticatholique très forte, très répandue dans les classes populaires et les classes moyennes. Cela vient d'opérations de manipulations très bien orchestrées, j'en conviens, essentiellement sur des massacres supposés ; car la manipulation fait que dès qu'on parle religion, le réflexe pavlovien fait qu'on parle Inquisition, massacres d'Indiens, guerres de religions. Je l’ai entendu ou lu au moins mille fois. C’est répété, ressassé, c’est convenu. C’est comme la désocialisation de l’école à la maison. C’est établi. Eh bien, mieux vaudrait suppléer, à l’opinion dangereuse, l’examen des faits.

Je rappelle toujours en passant que les sociétés sans dieu ont tué et tuent infiniment plus. C’est indiscutable, net, sans bavure. Le XXème siècle le prouve. Les trois plus grandes idéologies criminelles que sont dans l’ordre le communisme, le nazisme et le capitalisme proclament l’homme sans Dieu. Le grief le plus célèbre étant le sort réservé aux Indiens d'Amérique: au sud, des Espagnols baptisés et catholiques mais n'ayant plus, aux XVIII et XIX siècles, d'historiens d'envergure mondiale, de l'autre, au nord, les Anglais ou Anglo-Saxons, appuyés par l'argent et ayant conquis de leur point de vue toutes les universités mondiales. Résultat: les Espagnols catholiques sont de vilains massacreurs. Réalité: ils ont tué environ 5 à 10% d'Indiens. Peut-être. Grand maximum. Au nord, les Anglais et les WASP ont tué… plus de 95% des Indiens. La religion catholique et les rois très chrétiens ont quelque peu freiné le meurtre, absolument systématique au nord, au profit du dieu argent. Mais tout le monde cite les Conquistadors. Saint-Barthélémy, Inquisition… tout ce que nous croyons est faux ou presque. La Saint-Barthélémy, c'est une vengeance à cause de la Michelade, un massacre de catholiques commis auparavant par des Protestants ! Et un massacre ridicule si on le compare à ce qu'on a vu depuis à la Révolution ou à la "Libération".

Tout a été réécrit. Mais l’interprète de l’Histoire, celui qui a le pouvoir, dit ce qu’il veut être la vérité. L’interprète aujourd’hui, c’est la révolution mondiale, matérialistes, qui dit : les religions tuent. Vous voudriez que je répète cette antienne. J’ai, je le confesse, un penchant plus affirmé pour la vérité. Elle seule m’intéresse. Bref, en ces matières, la raison du plus fort est toujours la meilleure. On peut dire sans se tromper que le catholicisme et le christianisme sont surtout connus pour ne pas se défendre ; ce qui favorise une culture du mépris. Car la société est en fait éprise du rapport de force : le gagnant, le plus fort, « quelque part a raison ». Vous direz « non, pas moi » et je vous dirai « vous avant les autres » ! Car tout en croyant ne pas céder à la culture du rapport de force, vous contestez que les contribuables français payent pour recevoir le pape en France mais vous ne direz rien à votre banquier qui vous ponctionne 100 fois ça chaque mois ! Nous sommes tous un peu comme ça : on dénonce ce qu’il est plus facile de dénoncer. On conteste 3 euros de trop perçu chez un commerçant mais on « la ferme » devant le fisc. Et tout est ainsi : on grossit des riens, on écrase des masses. C’est dans l’ordre des lois séculières, cela remonte à la nuit des temps : mort aux vaincus ! s’exclamait Brennus, le chef gaulois conquérant Rome. Déjà, le réflexe d’un homme sain, devrait être de se dire que tant d’unanimité pour lyncher rend le coupable sympathique. Demain on aura à comparer les mérites de l’athéisme et du dieu argent, pratiquant les manipulations génétiques ; la religion rappelant le droit naturel ; et l’ignorance, se satisfaisant de barbarie. Mais passons. Je m'arrête maintenant à ces phrases très intéressantes: "Quoiqu'il en soit, je pense pas personnellement qu'il faille "apprendre" ni même sensibiliser les enfants a la "spiritualité" parce que j'espère que notre éducation ne devrait pas créer de vide existentiel qui a besoin d'être comblé et que les parents peuvent juste dérouler l'histoire de l’humanité." C'est très intéressant. On pourrait dire de la même manière "Je ne pense pas qu'il faille faire le plein de la voiture parce j'espère que le carburant que j'y ai mis suffira à faire le tour du monde." C’est très répandu aussi, je ne veux viser personne. On peut dire aussi: "je ne donnerai pas à manger à mon enfant, je ne veux pas conditionner ses goûts, il choisira lui-même dans le frigo."

C'est absurde, vous en conviendrez. Il faut donner, et donner de tout. Si on le peut. Mais bien des familles, d'un bout à l'autre de la Terre, n'ont donné qu'un tout petit bout d'une seule culture locale, et ça a parfaitement bien marché. Les Aïnus ne racontent pas Christophe Colomb ou ne valorisent pas le culte de Mithra. Et ça marche pourtant très bien.

En donnant seulement un morceau de tout, on pense qu’on donne assez. On pense qu’on est assez fort. Qu'on éclaire assez l'enfant. On est dans la quantité, en fait. On donne un peu de tout par esprit de syncrétisme (même sans le savoir), de "diversité". Mais ça ne marche absolument pas mieux que l'ancienne manière. On a des enfants ou des adultes maintenant qui savent un peu de tout mais rien à fond.

Au vrai, on se contente de ce qu’on donne. On n'a que ce dont on se contente. Mais en terme de spiritualité, on peut toujours avoir plus. Il n'y a pas de limite, ce qui est le propre de la Foi. C'est la différence entre la Foi et l'opinion. Si on pense être autosuffisants ou capables de donner tout ce dont l'enfant a besoin, alors on est dans l'opinion que nous en sommes capables. Bien fragile. Pour notre part, nous sommes convaincus — en fait nous SAVONS — que nous sommes très insuffisants, très en-dessous des besoins de nos enfants. Vous voyez ? Et nous savons aussi que ni nous ni la science n’expliquons tout. Il y a donc un mystère. Ce mystère n’est pas neutre, ce n’est pas le chaos, il y a un sens dans la vie, sinon je n’aurais pas un goût plus prononcé pour le beau que pour le laid, pour la joie que pour le malheur, pour le vrai que pour le faux. C’est la première manifestation en l’homme de Dieu. Tout cela — qui dépasse de loin le culturel — est ancré en l’homme pour une raison que nous ignorons. Première chose. Seconde chose, nous voulons que l’enfant ait plutôt du beau, du vrai, de la paix, de la joie etc. Donc nous mettons en œuvre ce que nous pouvons. Et plus il demande, plus nous essayons de lui donner. Plus nous sommes exigeants aussi, plus nous lui composons une vie qualitative ; plutôt que de le laisser devant la télé ou s’en fiche. Vous comprenez ? Eh bien, cette exigence que personne ne nous demande et surtout pas la société médiatique ou l’argent, qui préféreraient que nous soyons des consommateurs dociles, cette exigence, cette soif, ce désir d’un « mieux » et d’un « bien » sont déjà religieux. Etymologiquement, nous sommes reliés à quelque chose que nous n’expliquons pas. Il n’y a pas de raison objective pour que je veuille ce qu’il y a de mieux pour mon enfant, puisque la culture moderne est plutôt de le démolir. Religion, c’est relation à quelque chose de non quantifiable et mystérieux. C’est ce qui fait que les croyants sont statistiquement plus libres intellectuellement que les autres, et je mets les pieds dans le plat : les stats qu’on ne sort jamais, c’est celles-là qui disent que plus un homme pense, plus il est libre et plus il se dit lui-même religieux.

La liberté des gens sans intelligence est une liberté de choix : je fais ce que je veux. La liberté des gens intelligents est tendue vers l’horizon du dépassement et de l’inconnu. L’imbécile choisit entre deux modèles de voiture, l’intelligent se demande d’abord pourquoi une voiture. Croire que nous suffisons à satisfaire le besoin d’un enfant est une croyance : vous n’y arriverez jamais. Jamais seule, jamais en couple, jamais avec les psys ou les spécialistes. L’homme ne suffit pas à la tâche de l’homme. Prenons la suite de votre propos : « J'expliquerais a mes enfants que la religion c'est du darwinisme, de l’Histoire : un jour les humains étaient suffisament intelligents pour se poser la question sur la maitrise de leur environnement et on inventés des réponses (les dieux grecs par ex) et n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie et controler les peuples, jusqu'a que le fait religieux soit pour certains l’orde sociétal principal. »

Que de banalités ! Et fausses. C’est l’inverse en fait. La révélation première est religieuse. L’intelligence est première. L’intelligence, c’est ‘ce qui est relié’ aussi. On n’est pas « devenus intelligents », ça c’est le crédo évolutionniste qui ne repose sur aucune preuve. On est plutôt devenus idiots, la preuve est qu’on pense qu’on a « inventé les dieux »: les gens qui croient cela sont infiniment plus idiots que leurs ancêtres qui méditaient sur le mystère de l’Incarnation ou l'ordre de précession stellaire. Ces gens modernes disent: "On en a fait un bout de chemin pour arriver jusqu'à moi !" On a là une belle huile essentielle d'imbécillité.

Dès le départ, l’homme a connaissance de quelque chose, et ce qu’il sait dépasse de loin ce que nous croyons savoir. L’Egypte est infiniment plus intelligente que nous.

Mais regardez les enfants. Ils sont d’abord religieux. Puis, ils rationalisent et se laissent convaincre que dieu est une fadaise, parce que voyez-vous la guerre prouve que dieu n’existe pas etc., ce que vous voudrez. Puis, vieillissant, après avoir vécu, il retrouve le sens religieux : la question, le non-expliqué. La science en ce moment opère une énorme conversion en « cherchant le visage de Dieu ». Les mathématiciens, les neuroscientifiques, les physiciens sont en pleine révolution.

J’abrège. Les dieux grecs ici semblent des pantins. C’est dire qu’on a perdu le sens de la mythologie. Les dieux grecs manifestent, par des figures que le petit peuple croit figées et incarnées, des symboles. Cela vient d’Egypte. Qu’est-ce qu’un symbole ? un « principe principiant », un « concept agissant » auquel on donne une figure pour permettre au peuple de comprendre. Le taureau de l’Egypte symbolise entre autres l’emprise sur la terre, le labeur etc. Les Egyptiens ne croyaient pas en un dieu taureau. Ce sont les instits de la République ignorante qui le croient et qui anônent, encore aujourd’hui : les Egyptiens sont polythéistes, allez hop, ça c’est fait, maintenant on passe à Robespierre. Ignorance, quand tu nous tiens… Il n’y a que symboles.

Les anciens saisissent dès le départ — parce qu’ils sont confrontés au vivant, source intarissable de vérité, qui est succession d’expériences et questionnement perpétuel — qu’il y a des principes mystérieux mais ordonnés, ils leur donnent figures, chacun comprend. De même que le vitrail donne figure à une lumière, un fait, une histoire, une révélation, et tout cela à divers degrés de compréhension : chacun comprend ce qu’il peut. Il faut tomber bien bas pour n’y voir qu’une apparence. Quand le scientifique vous explique la théorie du Big bang, que fait-il ? Il vous donne un exemple, il symbolise. C’est ce que font les anciens. Pour dire que la terre tourne, il dessinent le panthéon. Les révolutionnaires prétendront que les anciens croyaient que la terre était plate : ils mentent. Cicéron parle d’une terre ronde et l’Egypte le sait : elle calcule les équinoxes parfaitement, situe chaque astre dans le ciel. Elle établit même les correspondances entre longueurs d’onde, couleurs, planètes et signes astraux ! Elle a la science. Aujourd’hui on refsue ces ponts parce qu’on est dans l’hyperspécilalisation, qui est une forme se bêtise. On sait tout sur peu de choses, alors qu’il faudrait savoir peu de tout. Mais le niveau est tel que les modernes ne peuvent pas comprendre. Ils expliquent à leur manière. Et disent que l’Egypte est plurithéiste ou polythéiste. Ce qui est inexact. Mais la nature de l’ignorance, c’est d’attribuer aux autres l’ignorance. A quoi reconnaît-on l’ignorant ? A sa certitude de savoir et son affirmation qu’avant lui rien n’était, hors les superstitions. Or, voilà que l’Eglise catholique est l’héritière de l’Egypte en passant par le legs romain et je pourrais vous donner beaucoup d’exemples. Il y a une filiation, un empilement, une succession, bref une culture de l’ajout. On ajoute au prédécesseur. Ainsi, les cathédrales sont l’application de découvertes mathématiques égyptiennes jamais mises en œuvre jusqu’alors. Quelle est la différence avec aujourd’hui ? Aujourd’hui on sait tout, on réinvente tout, on fait chaque jour table rase, on croit qu’en changeant l’organe sexuel d’un garçon et en lui greffant des ovaires il va devenir une fille, on n’a besoin de rien, on est à l’égal des dieux, nous sommes les dieux qui disent « il n’y a pas de dieu ! » Avant nous c’était la barbarie, je cite (dans le texte et en gardant l’orthographe): les humains « on inventés des réponses (les dieux grecs par ex) et n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie et controler les peuples, jusqu'a que le fait religieux soit pour certains l’orde sociétal principal » Que lidiotie est sûre d'elle-même ! On est tellement sûr... Ils étaient dans le contrôle des peuples et l’abrutissement, alors que nous, nous sommes si intelligents, d’ailleurs nous sommes la société la plus heureuse de tous les temps. C’est beau comme l’antique, et même mieux encore !

Avec une telle merveilleuse illusion, de telles certitudes, pourquoi devrais-je vous convaincre du contraire ? Pourquoi libérer celui qui ne le veut pas ? Payez vos impôts et tout va bien. Pour moi, les choses sont bien ainsi. Je lis n’importe quelle lettre de n’importe quel poilu et je vois 100 fois votre niveau intellectuel, votre niveau de culture, mais qu’importe ? J’ai toujours pensé qu’il y avait un esclavage consenti.

« n'avoir pas a se poser la question du sens de la vie » ? Nul autant que le religieux ne s’est posé, dans l’histoire, la question du sens, de la vie, et de tout ce qui est visible et invisible. C'est vous qui ne vous posez aucunement la question, en réalité. Car si vous vous posiez la question de la nature de la vie et de la mort, vous verriez assez vite que la mort est une entité qui n'existe pas, et qu'il n'y a en fait de "mort" qu'une absence de vie. Vous voyez: vous ne le savez pas et un religieux vous l'apprend.

Quelle prétention on peut avoir en imaginant que nos ancêtres étaient des imbéciles qui ne s’interrogeaient pas pareillement, alors qu’ils étaient confrontés à des réalités plus crues, et moins de confort que nous. Quelle vanité mon Dieu… On est aujourd’hui dans l’interrogation fondamentale parce qu’on a perdu le fondamental. On a perdu la relation au mystère en perdant la relation qui nous rattachait à la révélation, oui, cette religion qui nous donnait la clé, cette clé qui est chemin, vie et vérité vers toujours plus d’accomplissement. Celui qui n’en veut pas, qu’importe ? On a rejeté la Révélation. Elle nous a pourtant été donnée.

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