La Troisième Guerre Punique racontée aux enfants

incendie

« Delenda est Carthago », il faut détruire Carthage ! Depuis un an, le sénateur Caton l’Ancien conclue ainsi tous ses discours. Cela se passe en 150 avant Jésus Christ. Mais beaucoup de Romains ne sont pas d’accord avec Caton.

— Détruire, encore détruire ! Rome ne peut-elle plutôt chercher la paix ?

Carthage a été battue à la bataille de Zama lors de la deuxième guerre punique. Elle a dû accepter la paix avec des conditions très strictes.

—  C’est vrai, c’est excessif. Carthage n’a plus le droit de faire la guerre sans l’autorisation des Romains. Même en Afrique, elle ne peut se défendre contre les peuples voisins qu’en nous demandant l’autorisation.

Mais Caton n’était pas de cet avis.

— Je redoute toujours Carthage. Je suis allé en Afrique, et la prospérité renaissante de la ville m’a fortement impressionné. Je suis persuadé qu’un jour, Carthage disputera encore la Méditerranée aux Romains. On n’a rien à redouter d’un lionceau … sauf qu’un jour, il deviendra un lion !

Punic_war_264-fr Troisième Guerre punique

Le Sénat finit par écouter Caton. On détruira Carthage. Mais il faut un prétexte valable pour déclarer la guerre. Or, l’année même où le sénat prend cette décision secrète, une occasion se présente.

Massinissa est le roi de Numidie, un royaume d’Afrique proche de Carthage. C’est un ami de Rome. Massinissa voudrait bien agrandir son pays, en s’emparant de la côte qui appartient à Carthage. En 149 avant Jésus Christ, les Carthaginois en ont assez des attaques incessantes du roi numide et c’est la guerre. Carthage ne fait que se défendre, naturellement. Mais le sénat romain profite de l’occasion :

— Carthage a violé les traités de paix ! Elle fait la guerre sans notre permission. Elle mérite une punition exemplaire.  Cette fois, c’en est trop, nous allons la détruire.
— Rome veut la guerre ! Rome veut la guerre !

Quand ils apprennent la décision de Rome, la terreur s’empare des Carthaginois.

— Nous sommes perdus ! notre armée n’est pas assez forte pour résister…
— Demandons la paix, c’est notre seule solution.

On envoie donc à Rome trente ambassadeurs.

— Carthage veut la paix. Elle est prête à accepter toutes les conditions qui lui fera l’éternelle Rome.
— Très bien, voici nos conditions : vous nous donnerez tous vos navires de guerre et toutes vos armes : les glaives, les lances, 200.000 armures, 2.000 catapultes. Et 300 jeunes nobles carthaginois seront prisonniers à Rome, en otages.

carthage01 Troisième Guerre punique

Les Carthaginois, pour éviter la guerre, se plient à ces demandes. Ils livrent leurs navires de guerre. Une longue file de chariots s’éloigne de Carthage, emportant toutes les armes.

— Prions les dieux pour que les Romains respectent leur parole.

Mais les Romains ajoutent :

— Nous vous louons, Carthaginois, d’avoir remis si vite vos armes et vos otages. Il ne vous reste plus maintenant qu’à obéir au dernier commandement du sénat. Bâtissez une autre ville, loin de la mer, à quatre-vingts stades au moins des côtés (c'est-à-dire quinze kilomètres). Nous avons l’ordre de détruire Carthage !
— Comment ?

Les sénateurs carthaginois sont stupéfaits. Jamais Rome n’a été si fourbe. Sa haine envers la cité rivale l’a conduite à mépriser la loyauté.

Lorsqu’ils apprennent la nouvelle, les Carthaginois refusent d’obéir et préparent la défense de leur ville. Comme ils ont remis tout leur armement aux Romains, ils s’empressent de faire fabriquer, dans les ateliers militaires, le plus grand nombre d’armes possible. Chaque jour, les Carthaginois fabriquent 140 boucliers, 300 épées, 500 lances, 1.000 projectiles de catapultes et un grand nombre de machines de guerre. Quand les cordes servant à actionner les catapultes viennent à manquer, les femmes offrent leurs cheveux pour en fabriquer de nouvelles. Elles s’apprêtent elles-mêmes à se battre et apprennent des hommes à tenir le glaive.

— Tiens le glaive dans cette main, et le bouclier, suspends-le à l’autre bras.
— Mais, cette épée et ce bouclier sont trop lourds !
— Alors, nous en ferons pour vous de plus légers.

Les chefs élaborent une stratégie défensive. Un premier assaut romain est repoussé sans peine. La ville semble imprenable. Située sur une presqu’île, Carthage est protégée côté mer, par des falaises escarpées et, côté terre, par des marécages. À ces défenses naturelles s’ajoutent une enceinte longue de 32 km, avec trois lignes de défense : un fossé, une palissade et un haut mur flanqué de tours. Dans le rempart épais de 8,8 m, il y a des écuries pour 300 éléphants de guerre et pour 4.000 chevaux, avec des greniers et des logements pour 24.000 soldats.

cartaz10 Troisième Guerre puniqueAu printemps de l’an 149, les légions romaines se lancent à l’assaut des murailles de Carthage. Les habitants résistent avec furie. Ils repoussent toutes les attaques romaines et parviennent même à détruire un grand nombre de machines de guerre romaines.

Les Carthaginois rassemblent une importante armée de secours à une trentaine de km au sud-est de Carthage. De là, ils harcèlent les arrières des Romains. Dans la ville, un excellent général de cavalerie, Hamilcar, reçoit pour mission d’effectuer des sorties contre les assiégeants. Plusieurs groupes de légionnaires se font tuer dans des embuscades. Des tours d'assaut romaines sont incendiées lors d'opérations nocturnes. Avec l'été, les marécages deviennent putrides et beaucoup de légionnaires sont touchés par les fièvres.

À Rome, la nouvelle est prise au sérieux.

— Carthage résiste, ô sénateurs.
— Eh bien, que l’on envoie d’autres troupes en Afrique !

Deux ans plus tard, le siège continue toujours et les Romains n’ont encore remporté aucun vrai succès.

— Ce siège va-t-il durer dix ans,  comme la guerre de Troie ? se rappellent certains.

Le sénat romain, décidé à en finir, cherche qui pourra les conduire à la victoire. Le nom de Scipion revint. Scipion Émilien était le neveu adoptif de Scipion l’Africain, le vainqueur de Zama, et qui lui-même était le neveu des deux grands Scipion, morts jadis en Espagne dans la bataille contre Hasdrubal.

— Eh bien ! Caton, que dis-tu de ce nouveau Scipion ?
— Lui seul est inspiré, parmi les ombres vivantes ! acclame le sénateur.

Scipion Émilien reçoit le commandement de toute l’armée romaine. Dès son arrivée, le nouveau commandant voit que la situation des Romains est très grave. A ce moment-là, 3.500 légionnaires, qui ont tenté d’escalader les remparts de la ville du côté de la mer, sont cernés de tous côtés par les Carthaginois. Scipion les sauve grâce à une manœuvre habile. Cela lui permet d’obtenir le respect et l’estime de toute l’armée.

Un vieux précepte romain enseigne qu’une guerre se gagne avec la pioche plutôt qu’avec l’épée. En vingt jours et vingt nuits, Scipion Emilien fait construire des fortifications. Un grand fossé, garni de pieux pointus, renforcé d’une haute muraille, est creusé. Ainsi, Carthage est isolée, elle ne peut plus recevoir des renforts par la terre.

image003 Troisième Guerre puniqueLa route terrestre coupée, il ne reste plus aux Carthaginois que la route par mer. Les navires romains encerclent le port. Pourtant, les marins Carthaginois réussissent à faire entrer dans le port des navires chargés de nourriture. Leurs bateaux à voiles sont poussés par un vent fort, et sont plus maniables que les lourds vaisseaux romains manœuvrés à la rame.

Alors Scipion fait construire une digue de 28 m de large qui barre l’accès au port. Carthage se retrouve coupée du monde. Impossible d’y faire entrer de la nourriture. La famine s’installe.

Avec l’énergie du désespoir, les Carthaginois tentent de rompre le blocus.

— Il nous faut des bateaux !
— Mais, général, il n’y a plus de bois…
— Fouillez toute la ville, récupérez tout ce qui peut être utilisé. Sans ces bateaux, c’est la mort, comprenez-vous ? Allez, maintenant !

Avec le peu de bois trouvé, les charpentiers de Carthage construisent une flotte en très peu de temps. Puisque la sortie normale des ports est fermée, ils percent une autre issue pour leur flotte à l’est.

Pour les Romains, la surprise est complète. Ils ignoraient totalement la présence de ce port de guerre construit en secret peu de temps avant le conflit. Mais les Carthaginois ne parviennent pas à exploiter l’effet de surprise. Le premier combat est indécis. Une deuxième rencontre aboutit à une défaite, durant l’été. Mêmes surpris, les Romains conservent leur supériorité navale.

Scipion fait cerner la nouvelle sortie par sa flotte. Il installe des machines de guerre à l’entrée du port de commerce, pour détruire les ports. Avec beaucoup de courage, les soldats carthaginois lancent une contre-attaque désespérée. Indifférents aux coups qui leur sont portés, ils nagent jusqu’au terre-plein et réussissent à incendier les béliers. Les Romains doivent cesser leurs assauts pour un temps.

carthage3 Troisième Guerre punique

Une nuit, Scipion donne l’ordre à ses troupes de contourner la ville par l’intérieur des terres et de se lancer à l’attaque.

Cette stratégie est couronnée de succès : plus de 4.000 hommes pénètrent dans la ville et en occupent la partie neuve.

Scipion décide alors de tenter l’assaut décisif de la ville. L’attaque est acharnée près du port, où Carthage est mal défendue. Cela dure tout l’été. Enfin, les Romains se rendent maîtres du port.

TRCARTHp40 Troisième Guerre punique

Mais la population se terre encore dans la citadelle. Au printemps suivant, Scipion doit lancer un nouvel assaut de grande envergure. Contraints de reculer, les habitants de Carthage et les soldats se massent dans l’acropole, un quartier dont les maisons sont été transformées en autant de fortins et de redoutes. Une bataille épouvantable se livre alors pendant six jours. Même les femmes y prennent part. Sur les murailles, elles repoussent les échelles des Romains, jettent des cailloux et des lances, et quand les soldats romains réussissent à se hisser devant elles, elles les frappent vaillamment à coups d’épées ou les poussent dans le vide, tombant parfois avec eux.

Les Romains prennent les maisons les unes après les autres. Le septième jour, la résistance héroïque des Carthaginois se termine enfin. Scipion laisse la vie sauve aux survivants, mais il ordonne de faire raser la ville. Des milliers de Carthaginois sont réduits en esclavage. La ville brûle durant dix-sept jours. Ensuite, les Romains recouvrent tout de sel, afin que plus rien ne repousse.

Carthage actuelle

Carthage actuelle

C’est ainsi que finit l’histoire de Carthage, la ville qui, « pendant 700 ans, avait dominé la mer et la terre. Carthage, la ville au grand courage qui, privée de sa flotte de ses armes, put résister trois ans à l’écrasante puissance de Rome… » (Appien).

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